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I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]

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Moon Engineer
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Surnoms honteux: Bestiole; La Démence; Le Truc; La Mante Religieuse...
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Dementia
MessageSujet: I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]   Sam 31 Aoû - 14:10














 ❝ Souvenirs ❞
"Allez les oiseaux de mon corps, fermez vos belles gueules à passion."






Quand toute la crasse et les ordures d'HellishDale se réveillent au crépuscule, les braves gens s'éteignent dans un sommeil lourd de réminiscences et de relents brumeux. Mais les sommeils de Silver, eux, étaient sans rêves et sans substance, plus encore depuis qu'il avait acquis Dementia. La période de repos s'apparentait plutôt à un mise en veille, un moyen efficace d'éteindre partiellement le système. Juste une veille oui. Près à s'éveiller au moindre ressentiment étrange, les pupilles devenues fentes menaçantes. C'est dans cet état de perdition partielle dans lequel se trouvait actuellement la sirène, somnolant dans l'étendue visqueuse et putride d'une cadavre. La chaire morte retournée à l'état de pourriture avait perdu sa chaleur et n'avait même plus de quoi le contenter. Comme toujours. Le même schéma se répétait encore et encore, à chaque repas. Il ne demandait qu'une peu de sang, quelque chose qui soit en mesure de briser le cheminement glaciale de son corps. Il ne pouvait jamais les garder bien longtemps. Premièrement à cause de l'odeur qui devenait insupportable pour ses sinus délicats, ensuite parce qu'ils ne lui étaient plus d'aucune utilité. Silver l'avait compris très tôt. Le corps humain cesse de se réchauffer une fois mort. Et qui va t'apporter cette chaleur que tu aime tant alors... ? Plus personne. Il avait commencé à se faire une raison. Cette ville n'était qu'un immense labyrinthe de saleté et d'atrocités qui ne cessait de s'étendre. Comment pouvait-il espérer retrouver qui que ce soit là-dedans ? Encore plus si le visage même de ce qui recherchait lui échappait. Ce n'était d'ailleurs pas l'unique chose qui faisait défaut à son esprit...

Le passé semblait couler entre ses doigts comme du pétrole liquide et boueux. Il croyait se souvenir  quand la pensée fugace le fuyait aussitôt. L'incendie, le vieux Roi... Tout lui paraissait bien loin à présent, presque comme un mauvais rêve. Il ne comptait aucunement s'en plaindre, bien au contraire. Cependant... Comment retrouver une trace de vérité dans un océan d'oubli ? La question se faisait de plus en plus insistante chaque jour. Parfois, il en avait assez d'être un écorché vif aux pulsions de destruction inavouable. Personne ne pouvait accepter cela, après-tout... Personne. Oh, il avait déjà essayé, bien entendu. Il avait même promis de ne pas les éviscérer immédiatement. Mais dès qu'ils passaient la porte et se retrouvaient nez à nez avec le corps éventré d'un paire alors... Alors ils hurlaient, paniquaient. Trop vite, trop fort... Ils ne pouvaient pas l'aimer, lui et son Monstre. Ils étaient incapables d'accepter sans ciller ce qu'il était. Alors il les étranglait avec rage et les balançait aux poubelles le lendemain. On ne l'y reprendrait plus. A force de déceptions, il avait cessé de se chercher un nouveau mâle digne de ce nom, un de ces amants qui ne l'accuserait pas haut et fort d'être inhumain dans ses actes, féminin dans son apparence et enfantin dans son esprit. Aucun homme sur cette Terre ne possédait les qualités requises par le petit monstre. Il ne demandait pourtant pas grand chose, non. Juste un amour inconditionnel et un peu de compréhension... Tournés à sa nature. Comprendre un tueur de sang froid était impossible pour le commun des mortels. Lui en aurait été capable. Le Monstre murmurait plus souvent à son oreille ces derniers temps, maintenant qu'il y songeait. L'Oublié restait encore l'unique garçon que cette autre part de lui avait accepté sans trop faire d'histoires. L'Enfant devait bien y trouver son compte au final. Peut-être sur la question de ses impulsions meurtrières ? L'Adulte, de son côté, y trouvait tout à fait son avantage sur le plan émotionnel, relationnel et sexuel. Car il fallait bien le dire, l'Adulte avait besoin d'évoluer.

Mais ce soir, la noiraude n'était ni Adulte ni même Enfant, il était les deux et rien à la fois. Juste Silver, une petite chose meurtrie et somnolant entrelacée aux viscères de ce qui fut quelques heures auparavant un homme. C'était sa faute à lui. Il l'avait laissé l'approcher de près et même le déshabiller, mais trop, c'est trop. Et quand c'est trop, c'est douloureux. Alors il avait mordu, avait laissé la peau fragile se déchirer sous ses dents avant de la voir céder dans un mélange de fascination et d'habitude. Qui avait décréter que la force de la routine rendait les chose moins intéressantes ? Pas la Démence. Au contraire, la désignée s'étonnait à chaque nouvelle fois des formes toutes aussi diverses que variées qu'avait un humain de rendre son dernier soupire, de hurler, de la façon à chaque fois différente qu'avait le sang de gicler et d’entacher sa joue pâle. Les humains étaient véritablement... Fascinants. Tous, sans exceptions. Même cet énergumène de Bartel. Rien qu'à y penser il cilla dans son demi sommeil. Quelle raclure. S'il avait été un sain, il aurait débarrassé HellishDale de ce cafard et plutôt deux fois qu'une. Oui. Voir l'hémoglobine s'écouler de la carotide de celui-là pourrait être une expérience diablement intéressante ! Mais n'allons pas trop vite... Il y songerait un autre jour, quand il reviendrait poser ses bottes dégueulasses sur le plancher du Pink Palace. Dans une autre vie peut-être ? Il l'avait possiblement halluciné, ce chien galeux. Non... Son horripilante présence avait été bien trop agaçante pour n'être que le fruit de son imagination dérangée. Son petit corps se recroquevilla davantage dans la tripaille tintée de rosé, comme dans une énorme confiserie à ventre ouvert. L'extérieur si blanc et imparfait contrastait d'une façon si harmonieuse avec l'intérieur, tout d'écarlate vêtu et si doux, si lisse... Il finissait par y trouver une certaine forme de beauté, en fin de compte. De la beauté dans la mort, il était tombé bien bas.

Pourtant il était bien là, niché dans son petit cocon de chair, frais mais agréable. Tout le flanc gauche de son corps s'était entaché de carmin, le tissu noir de sa robe absorbant tant bien que mal le surplus. Il aurait besoin d'une bonne petite toilette en rentrant à Dementia. Ou peut-être même tout de suite. Il entendait la pluie battante, là au dehors, dans le monde des pariât auquel il se refusait. Ces ombres boitillantes aux allures d’épouvantail se dirigeant vers un dédale de perdition. Elle était apaisante cette pluie, doux éclats contre le toit qui fuyait, fuyait sans s'arrêter. Plic Ploc Plic... Les paupières de la sirène s'ouvrirent instantanément, laissant transparaître deux orbes d'un mauve peu naturel. Un sirop dégoulinant de romantisme. Cette fois, le sirop semblait tourné et bouillonnant d'une rage folle à faire pâlir de peur le videur de l'Underground. On dérangeait son petit havre de paix. Oh non. Personne ne pouvait entrer ici impunément sans s'en mordre les doigts par là suite. Il n'avait aucunement l'intention de parlementer ce soir. Il avait élu domicile dans ce squat en pensait qu'aucun imbécile serait assez fou pour y mettre les pieds, et pourtant... Il y avait toujours des exceptions hein ? Des idiots pour montrer l'exemple. Soit. Cette nuit, la Démence s'assurerait qu'il soit le premier et dernier. Tel un pantin névrosé, il se redressa d'un bond sur le corps, le regard lourd  de sombres promesses derrière l'ébène de ses cheveux. Un peu moins impressionnant que sa période cheveux longs, peut-être. Mais ils lui avaient coupé, ces salauds. Ils l'avaient empêcher de tenir sa promesse. « Tes cheveux... Ne les coupe jamais. » Et il l'aurait tenue, cette foutue parole si on ne l'en avait pas empêché ! Comme toujours, le sirène trouvait un moyen d'exacerber sa crise de colère. Celui-là, ce petit impudent en bas... Celui-ci serait pour October. C'était son nom. October...

Il empoigna le hachoir d'une bonne taille qui reposait tranquillement près du carnage. Il s'en servait rarement. Uniquement pour les cas trop grands et trop forts, en réalité. Son immortalité ne le dispensait pas de ressentir la douleur ou de finir pris sans son consentement s'il n'arrivait pas à se débattre entre des bras trop fort. Il ne le permettrait pas. Aussi, il gardait toujours cette arme à portée de main et avait eu à plusieurs reprises le loisir d'un tester l'efficacité. C'était toujours moins jouissif et  moins salissant sur le début... La lame était brillante, reflétant les faibles lueurs de la lumière défaillante qu'il laissait perpétuellement allumées. La porte était fermée mais la fenêtre grande ouverte. Même après toutes ces années, sa claustrophobie et sa violente peur du noir ne l'avaient pas quitté.

La lumière, source de toute chose. Source vacillante qui finissait toujours par embrumer son regard lorsqu'à chaque fois, il avait arqué sa tête en arrière, les yeux mi-clos et la gorge offerte. Il avait tremblé sous la lumière, avait rit, avait sourit. La noir ne lui apportait que terreur et larmes amer. Pas de place pour l'obscurité ici. Fini d'être malheureux. Tandis qu'il ouvrait doucement la porte du pied, le tranchoir en main, il glissa sur la pièce un regard observateur. En haut, là où il avait élu domicile,  il y avait deux pièces, dont ce qui lui semblait être la chaufferie. En bas, au bout d'escaliers en ruine, un taudis innommable de ferraille et de meubles inutilisable encastré les uns dans les autres. Une vrai décharge. Il n'y avait pas de lumière ici mais la lune éclairait suffisamment le bas pour qu'il puisse y discerner une silhouette sans se faire voir et surtout sans prendre peur. L'individu lui paraissait plutôt grand, il avait bien fait de s'équiper au cas où. A moins que la hauteur et sa propre petitesse fausse son jugement... ? Il n'y voyait pas bien mais il semblait porter une sorte de manteau, ou en tout cas quelque chose pour se protéger des pluies battantes qui s'écrasaient régulièrement sur HellishDale ces derniers temps. Il n'aurait pas dû venir s'abriter ici.

Filant sur la rambarde, la créature se déplaçant accroupie sur le mince rebord se positionna juste au-dessus du visiteur, soufflant sur ses cheveux courts en essayant d'obtenir une meilleure vision. Il savait se faire silencieux et discret, même dans ce genre de lieux où tout grinçait, mourrait lentement. On n'en voyait pas le bout. Puis, toujours sans troubler le calme de la nuit, il bondit, écrasant l'inconnu de son faible poids, face contre terre. Qu'il aille se faire foutre et au diable les présentations. C'était triste de mourir sans avoir pu au moins entrevoir le visage de son assassin, certes, mais l'Architecte n'était décidément pas d'humeur. Maintenant l'imbécile au sol comme il le pouvait, il laissa échapper un grognement de mécontentement tout en levant le hachoir au-dessus de sa tête. Ça allait être salissant, il avait bien fait de mettre du noir. L'histoire aurait aussi bien pu se finir là, un petit incident de plus dans les bas-fonds de la ville. Personne ne recherchait jamais les responsable d'un meurtre ici bas... Et pourtant... Pourtant l'arme n’eut pas le temps d'atteindre sa cible, tombant des doigts de son propriétaire pour heurter le sol dans un bruit sourd. En prenant une inspiration pour mieux appréhender son geste, l'adolescent s'était sentit envahit d'une effluve qu'il connaissait. Un froncement de sourcil barra son front pâle et son premier réflexe fut de se pencher, humant les odeurs qui se rappelaient à lui comme dans un rêve. Sa truffe fini d'elle-même par aller fouiller dans la nuque hérissée de cheveux fins et d'un brun presque noir.

C'est ce parfum qu'il chassait inconsciemment dans les boîtes insalubres des bas-fonds, trop défoncé pour suivre une piste mais bien conscient de sa présence. C'est cet arôme qui hantait parfois ses brumes de souvenirs sans qu'il ne parvienne à mettre le doigt dessus. Toutes ces senteurs éclataient dans sa tête comme des bourgeons colorés, battant ses tempes d'un mal soudain tandis qu'il se redressait, envoyant valser l'arme plus loin d'un coup de pied. Bien entendu. Ce n'était qu'un rêve n'est-ce pas... ? Il ne venait tout de même pas de l'agresser Lui, avec un hachoir de boucher... ? Il n'était pas certain. Il ne sentait au final qu'une vague odeur de souffre et d'encre séchée, un relent de passé qu'il pensait pourtant enterré. S’éloignant de sa proie, il s’enfonça légèrement dans l'obscurité, une main posée sur l'avant de son crâne endolori. Seule les rayons lunaires permettaient d’entrapercevoir sa silhouette malingre, jetée là comme une tâche blanche et noir sur un tableau de détritus.

« Tu as son odeur... Pourquoi tu as pris son odeur... Pourquoi tu sent comme Lui ?! »

Sa voix rendue plus rauque que d'ordinaire par la surprise et la douleur s'éleva dans le taudis comme un éclat qui n'aurait pas dû être dit. Il plissa les yeux derrière ses mèches, tentant de comprendre, de chercher un sens logique à ce délire grotesque. A force d'halluciner cet instant, il commençait à ne plus y croire. Encore un peu de distance entre l'individu se redressant et lui-même avant qu'il ne se morde la lèvre inférieur. Et s'il ne se trompait pas... ? C'est ainsi que la question hasardeuse passa la barrière de sa bouche, voix tremblante et mal assurée dans les ténèbres avec l'espoir d'une réponse positive.

« … October... ? »



© FICHE D'APOLLINA POUR LIBRE GRAPH


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MessageSujet: Re: I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]   Mar 11 Fév - 19:10





Tisse, tisse, détissera.



Les pavés étaient humides de la nuit. L’activité d’Hellishdale changeait de couleur depuis quelques heures déjà. Rires et éclats clairs avaient fait place à des odeurs plus rances, des regards en coin, des interpellations noires. October tourna au bout de la rue, tranquille.
- Hé là mon bichon! Longtemps qu’on n’s’est pas croisés tous les deux, tu m’emmènes faire un tour?
Le Guide changea de trottoir en fronçant les sourcils.
- Tu n’me réponds pas? Dis-moi, tu n’veux pas jouer un peu?
Jour de repos.
- Te rappelles-tu nos envolées au moins? C’que tu m’as fait découvrir? Tu n’m’aimes plus c’est ça?
Les talons claquaient dans son dos. Il serra les poings dans les poches de sa gabardine usée et accéléra le pas.
- Parle-moi mon amour, tu sais que j’n’aime que toi!
La voix se faisait insistante. Elle fusait dans des étranglements superficiels.
- Réponds-moi, je sais que j’te manque!
October serra les mâchoires. Un éclair s’exprima dans le ciel, l’orage gronda en suivant.
- Dis-moi quand je peux te revoir au moins…
La lourde porte en fonte noire lui faisait enfin face. Il en tira le battant qui grinça de tout son poids. La silhouette sombre s’engouffra dans les ténèbres avant que le métal ne l’emprisonne dans un claquement puissant. Pourquoi avait-il donc décidé de se “balader” en ce soir sacré d’inactivité? Groupies, harpies. Elles le poursuivaient inlassablement, vaniteuses, insidieuses. S’il pouvait toutes les enfermer dans le Gouffre, quel bonheur ce serait… Et cette averse maintenant. Il avait au moins évité la pluie dont le chant suintait déjà au dehors.

Le brun soupira profondément et attendit que ses yeux s’habituent à la pénombre moite avant de s’engager dans les escaliers mousseux. Il posa sa main sur la rampe dont les écailles de rouille l’agrippèrent. Douce usure du temps qui voulait s’accrocher à la vie d’autrui pour mieux l’écorcher. Arrivé en bas, il inspira lentement. Cet air lourd, vieux, sale, lui colla au visage en quelques secondes. Les Bas Fonds lui ressemblaient tellement… Ils attiraient autant qu’ils pouvaient repousser. On y était mal, et pourtant on y revenait. Insaisissables moments où le corps commandait à l’esprit. October avança dans l’obscurité, au travers d’un nuage de grincements lointains.

Entendre. Les bruits feutrés de la pluie gouttaient quelque part au loin, dans les égouts. October allait tout droit, devant. Écouter. Ses propres pas échouaient dans les flaques huileuses. October continua, au plus profond. Absorber. Peut-être arriverait-il ainsi à se fondre dans ce décor fétide... October évita un filet de lumière fade. S’embrumer. Tout ça était inutile. Autant retourner à Ténébris. Ne pas rester plus longtemps là où il sentait la froideur s’emparer de sa peau. October tourna dans un bâtiment désaffecté. Trouver le chemin le plus court pour rentrer, aller au plus direct, remonter à la surface le plus tard possible. Ne pas se mouiller. S’enfoncer, à l’odeur, à l’instinct, à l’aveugle. Le Guide se rapprochait. Il s’accrochait à une effluve qu’il venait de capter. Un mélange d’acidité, de poussière, de ferraille, de cendres. Ténébris, en plus lointain. Il suivit le parfum doucereux. Du sang. Oui, du sang. Ce liquide de vie, qui sentait si bon la mort. Quelque chose dérangeait le brun pourtant. Il y avait trop de sucre dans ce chemin tout tracé. Trop de crasse. Beaucoup trop de… proximité. Un cul de sac. Subir. Une masse noire s’effondra sur le dos d’October sans qu’il ne put s’y préparer. Il s’écroula au sol, déséquilibré par la vitesse du choc. Face contre gravats, l’homme encaissa un lourd contrecoup tandis que son agresseur se résignait. Son nom résonna, là où on l’avait déjà appelé. L’aîné ne tint plus compte de la réalité alors que les mémoires grondaient dans la toile d’araignée.

Il grimpait à mains nues, sur la pierre friable rendue glissante par l’eau de pluie. Bondissant dans la nuit. Une fenêtre laissée ouverte, la pénombre de la pièce, le sol moelleux. Des odeurs d’encre, de souffre, de pourriture, de sang. Une masse incrustée dans les draps sombres. Un bond sur le lit, un coup dans le ventre. L’angle de vue se rétractant dans le coin de la pièce. La silhouette s’avançant. Une voix si connue dans la tête du Guide. Sa voix. Sa propre voix, de l’extérieur. “T'as bien du courage pour une bestiole aussi ridicule, de venir fouiner dans mes draps la nuit. Déguerpis avant que j'me réveille.” … “Moi je suis Silver. Et toi ?”... Les ongles entaillèrent la joue pâle du propriétaire de la chambre... Il revint... Les livres de la bibliothèque s’empilaient dans la pièce... “October.”... Il entra en pleine nuit, vint s’accroupir sur la tête de lit, se pencha et le fixa longuement, le regardant dormir. October... “Arrête de lire, Bestiole.” La main glissa en bas de son dos... Son sourire en coin. Le museau enfoui dans le cou. October... Il n’était pas là ce soir. La créature attendit longtemps... L’endroit était devenu calme, presque vide... “Je veux me souvenir...

Bloquer. Le Guide gémit entre ses dents. Il tenta de se redresser sur ses coudes, la tête encore plombée au sol. Réagir. Plus jamais. Ne plus oublier, ne plus effacer. Tout était noir. Les bribes empruntées aux souvenirs s’étiolaient déjà dans sa propre tête. Le vide se créait entre les deux esprits de la pièce, l’un aspirant l’autre. October hurla silencieusement dans cet espace creux. Il gratta la terre de ses ongles. Son souffle coupé appela l’araignée. La toile se raccommoda de lumière et de sons. Mémoires intactes, mémoires remontées. Mémoires fraîches de rosée. La porte s’ouvrit à nouveau sur le monde.

Se noyer. Une larme naquit, s'étira et se fraya un chemin sur la joue blême. En bout de course, au bout du nez, elle perla. Émotion fatiguée, polie de toute sa retenue. La faible lumière nocturne filtra au travers, la faisant scintiller fébrilement avant sa chute. Ploc. Elle tomba, lourde et sans grâce, sur la poussière de souvenirs qu’October pensait ensevelis. Les secondes qui suivirent se déformèrent, se multiplièrent à l'infini et offrirent la place à des sueurs froides. L'amertume et l'absence avaient la peau dure, surtout après être passés au travers de l'alambic du temps. Avait-on d'autre choix que de vivre avec eux? Il n’y avait pas de secret. October pouvait effacer, mais il ne pouvait plus sourire non plus. Tout se payait, il le savait déjà. Et il ne voulait plus payer pour ça. Fallait-il avoir la mémoire courte, et même avec l’espoir de la naïveté, l’esprit s’empoisonnait toujours. De toutes manières, le Guide n’était ni oublieux, ni ingénu. Malgré qu’il avait enfoui ces instants aussi profondément, ils avaient réussi à revenir au galop. De quelle matière fallait-il donc constituer cette indispensable carapace si ce n'était de la cristallisation des larmes asséchées de son corps? Son système lacrymal sonnait bien trop creux pour cela, depuis longtemps. Il s’était déjà attaqué aux autres, aux morts, aux disparus. Jamais il n’aurait pensé retrouver. Pas de comme ça.

- Bestiole…

Le Guide se laissa rouler sur le dos, essayant tant bien que mal de reprendre son souffle. Il fixa les pavés inversés du plafond, puis tourna le regard vers l’ombre tapie dans son coin. Toujours au même endroit, à se cacher de la peur des autres, se cacher pour ne pas être exclu. Silver était comme ça aussi, la première fois qu’ils s’étaient rencontrés. Enseveli derrière un regard d’acier. October repoussa sa masse et s’assit lassement. Il se pinça le haut du nez entre le pouce et l’index. Trop de mots se chevauchaient derrière ses dents. Je n’étais pas parti. C’est toi qui t’es enfui. Pourquoi n’es-tu pas revenu? Félicitations pour ton petit monde, un beau château de sable. Tu m’inviteras un jour? Je ne viendrai pas. Tu peux revenir, toi. Tu ne viendras pas non plus. Encore moins maintenant. Encore moins après. Et après, quoi? Ça va être comme avant? Mais c’était comment, avant. C’était comment…

- T’as grandi, je crois.

Ce n’était pas cela qu’il aurait voulu dire.




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MessageSujet: Re: I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]   Sam 15 Fév - 0:58














 ❝ Craintes et Amertume ❞
"Tout est noir, mon amour. Tout est blanc. Je t'aime, mon amour. Comme j'aime la pluie"





Bestiole.

Ce nom, ce sobriquet ridicule. Si moqueur, si sous estimé, si lui... Lui. Silver ou bien l'autre ? Le donneur. Le nommeur. Le Guide chéri par deux Architectes à la fois ou du moins par l'un d'entre eux plus un pariât. Il n'était qu'un parasite collé aux cinq autres, tentant d'imiter les aînés, ne parvenant qu'à les parodier. Il en aurait pleuré, il s'en serait sentit pitoyable. Mais à présent... Plus rien. Plus d'importance, plus de désir de grandeur. Plus rien. October. October. October. Silver cilla, sentant les picotements remonter dans son nez, son regard se brouiller instantanément à mesure que les mémoires venaient vriller dans sa tête comme une symphonie rocambolesque. October. Il était là. Il avait toujours été là. Il n'avait même jamais quitté un seul instant ses pensées, fut-il sous forme des sourire flou sur un visage de craie ecchymose. La créature entrouvrit les lèvres, chercha un air qui ne venait pas, ébranlée par le choc. Il avait cherché. Si longtemps. Il avait oublié. Si souvent. Cette scène avait pris tant de fois place dans son imaginaire qu'il ne parvenait même plus à la discerner de la réalité. Elle était pourtant plus amère. Triste, loin de la tendre joie qu'il avait espérée. Mais qu'importe. A quoi bon les questions déchirantes après tout, puisqu'il l'avait enfin trouvé. Les écarlates de Silver se fendirent d'un sourire d'où s'échappa un piètre rire, seul, risible. Pitoyablement heureux le gamin de porcelaine.

« Ça fait des années que j'ai cessé de grandir tu sais... »

Son corps n'avait pas changé. Ses formes ne s'étaient pas développées, sa voix ne s'était guère aggravée.  Seuls son éternelle tignasse noire avait été sauvagement taillée, comme une punition pour une vie d'errance trop longue. Il avait été affreux, il se sentait encore bien pire. « Tes cheveux... Ne les coupe jamais. » Une promesse de plus jetée dans le gouffre de Tenebris et non par sa propre faute. Silver avait honte. Pour la première fois depuis ces six ans, il avait honte de ce qu'il était devenu, du rang qu'il avait acquis à force d'espoir et d'efforts. October ne devait pas savoir... Jamais. Il ne lui pardonnerait pas. Un Guide aussi fidèle à son Architecte refuserait la compagnie d'un autre. C'était dans l'ordre des choses. C'était effroyablement réel. Il s'en retrouvait apeuré, craintif de l'approcher de peur qu'il s'évapore comme un rêve. Il avait glissé au sol sans même en avoir esquissé le geste, se traînant vivement jusqu'à la masse assise, refermant ses bras glaciale autour des épaules du brun, de son Automne incarné. Et il pleurait, sanglotait en sourdine, les ongles agrippant le tissu sombre du manteau humide pour chercher une meilleure prise. Il se souvenait, les souvenirs remontant à son esprits pour l'atteindre de plein fouet, provoquant une atroce migraine pourtant bien moindre face à ce fantôme réapparu dans sa vie. Les moindre liés et déliés de son visage, de son corps, les nuances de sa vois, de son odeur. Son choix stupide, sa tristesse affolante... Sa jalousie. Il avait beau l'avoir espéré, jamais il n'était parvenu à oublier les raisons l'ayant poussé à quitter sa terre natale. Cette rancœur tenace, amertume dégoulinante, corrosive de vice, envieuse du bonheur d'un autre. Pourquoi aurait-il toujours du rester au second rang... ? Non. Il en avait eu assez. Plus jamais. Plus jamais il ne serait laissé pour compte. Mais à quoi bon ces ridicules disputes inter-monde à présent. Il avait October. Pas totalement. Pas encore. Mais il était là, bien présent. L'être tant désiré, sublime par sa présence, effacé dans son regard, épuisé, fatigué, rancunier. La Démence ne lui en voulait pas. Ni de ce trait d'esprit mal venu. Ni de l'avoir autrefois frappé, repoussé, raillé. Silver lui aurait pardonné la destruction même de son propre monde, pourvu qu'il ai un sourire de sa part. Tout plutôt que la solitude. Pas encore. Aimer, c'était offrir sa dévotion inconditionnelle, qu'importe que l'autre soit ou non un Monstre de cruauté. Définition tristement erronée mais bien trop touchante pour cette minuscule créature pourtant destructrice.

Il s'était doucement détaché de ce corps qu'il savait maintenant bien présent, glissant ses mains aux doigts arachnéens de part et d'autre de chaque joue de ce visage élimé par le temps et l’austérité. Magnifique statue de cire et de cendre. Caressant machinalement ces pommettes hautes, il s'efforça d'un sourire derrière ses améthystes bordées de larmes salées.  Que dire. Les mots lui semblaient surfaits. Il avait tant rêvé de phrases préparées à l'avance pour ce moment ardemment désiré qu'il en venait à se trouver lamentablement ridicule. Un souffle d'air passa ses lèvres obstinément sèches tandis que derrières les vitraux de son regard se rejouaient inlassablement les scènes ayant rythmée leur courte existence commune.

« … Tu m'as manqué, tu sais. Je t'ai cherché, tous les jours. J'ai retourné toute la ville à ta recherche. Parfois je retrouvais même ton odeur. Est-ce que... Est-ce que tu m'as fuit... ? »

La fuite de son regard suffit à faire retomber le silence. Il ne savait pas. C'était une éventualité. En vérité, la grande noiraude ne semblait pas tant ravis de le revoir. L'avait-il délibérément évité tout ce temps... ? Ses mains désespérément froides tracèrent leur chemin pour retomber sur les épaules de l'aîné. La voix éraillée par les griffes cherchant à s'y agripper, il entonna de nouveau, tentant de s'appliquer à demeurer souriant dans la mesure du concevable.

« Je ne voulais pas partir. Enfin... Pas si longtemps. Je voulais revenir, mais je ne t'ai pas trouvé. Alors j'ai cherché, tout le temps. Je ne pensais pas que... Non. De toute façon ça n'as plus aucune importance tant que tu es là.»

Il n'avais rien de plus à exiger pour l'heure. Heureux. Comblé. October et son mauvais caractère, l'agacement facile, le sourire persifleur. Celui qu'on admirait, celui qu'on haïssait. A ses yeux il n'était rien de cela. Juste cette feuille morte venue un jour se poser en voile sur son visage pour lui offrir le monde sous un nouvel angle. Une feuille qu'il s'empresserait d'enfermer entre les pages d'un livre par la suite. Il ne s'envolerait plus. Plus jamais. La Démence ne lui avait nullement caché la vérité, d'une sincérité désarmante dans son semi mensonge. Dans ses légères omissions. Le Guide n'avait pas besoin de savoir pour Dementia, pour Lewis, pour tout le reste. Pour ce Monstre grondant en lui, près à déchiqueter les passants trop aventureux, près à l'ouvrir en deux par pur amour obsessionnel. Non. Il n'avait pas besoin de savoir tout cela. S'il acceptait pleinement cette satanée blondinette à la bouche pourrie de sucre, on ne pouvait pas en dire autant de son attachement vis à vis de la petite teigne. Teigne qui ne demandait pourtant qu'à être pleinement accepté, adoré, simplement aimé. Mais ne choquons pas inutilement l'homme en question.

Les petites mains vinrent trouver leurs jumelles, redressant le corps légèrement plus massif pour le remettre debout, pris d'un léger vertige. Il détailla sa silhouette d'un œil vif, ses propres cheveux chatouillant ses joues comme pour se rappeler à lui. Il se félicita à ce moment précis d'avoir pris la liberté de porter du noir. La tâche de sang imbibée sur le tissu à son flanc droit n'en paraissait que moins visible encore. La face maculée d'écarlate n'était jamais bien enviable pour de telles retrouvailles. October n'avait pour ainsi dire pas tant changé, comme si la prise des années n'avait eu qu'un effet moindre sur son organisme. Il semblait à peine plus épuisé,désabusé par l'humanité suintante entre des ruelles. Les Guides avaient tendance à s'user prématurément. L'un avait grandis, l'autre avait vieillit. L'esprit bien avisé, la sirène ne manqua cependant pas de remarquer les gouttes de pluie parsemant l'habillement de son compagnon retrouvé, le faisant sursauter sur place dans un mouvement vif qu'on lui aurait presque oublié tant son rôle d'Architecte lui avait forcé la nonchalance factice.

« Tu as pris l'averse... Tu dois être gelé ! Viens monte, il y a une chaudière là haut – je crois que ça s'appelle comme ça – qui marche encore un peu. »

Sans même lui laisser le temps on la simple possibilité de réponse, l'adolescent s'affairait déjà à l'entraîner vers les escaliers désossés, se hissant sur l'un d'entre eux afin de prendre garde à ce que le jeune adulte ne trébuche par sur un creux. Sans lâcher sa main. Il avait encore peur de le voir le quitter de nouveau. Attends un peu Silver... ? N'est-ce pas toi le premier à avoir déserté les lieux... ? Froncement de sourcil furtif. Non. C'est lui qui m'a abandonné en premier pour l'autre. Mais moi je ne lui en veut pas. Pas trop. Le conduisant prudemment en haut des marches de cette démarche furtive et méfiante qu'on lui connaissait bien, il entrouvrit la porte de la chaufferie détériorée, ignorant bien volontairement la pièce où gisait encore le cadavre de sa précédente victime. Pas ce soir. C'était trop tôt. La lumière allumée et crépitante en son sein, la petite créature se laissa retomber dans un effondrement soudain sur le sol, assit, l'esprit assaillie de souvenirs s’échafaudant les un contre les autres. Il devait faire bonne figure. Au moins ce soir. Au moins devant lui. Mais la douleur... Ces terribles maux de tête revenant encore, sans cesse. Leur rencontre, le chambre, les odeurs, les bavardages, les livres... Les caresses, les livres, les heures passées à le regarder dormir. Tout. Soudainement, brutalement, ensevelissant sa volonté de se montrer digne. Digne de quoi... De son rang, de cet homme.. ? Il n'était plus si certain d'en avoir le droit.

Revenir à Tenebris, comme à cette époque... Juste lire pendant des heures et l'écouter parler... Ça serait bien non ? Juste vivre paisiblement avec lui.
Mais ce n'est pas comme si tu étais le seul Silver. Tu ne seras pas heureux tant qu'il te fera de l'ombre. Tu le sais ? Je le sais. Et de toute façon, n'as tu pas assez souffert pour ce rang ? Indigne, couard, imbécile. Il serait temps d'assumer tes propres choix.


L'Architecte de papier crépon se laissa choir brusquement au sol, cherchant les jambes de son compagnon du regard. Les mains sur les tempes, son simulacre de sourire persistait malgré tout, avec difficulté.

« Crois le ou non mais mon esprit à commencé à faire des conneries dès que je suis partie. Enfin par là je veux dire plus qu'il n'en faisait avant. Ça fait un mal de chien, tu peux pas savoir... »

Jamais il ne lui serait venu à l'esprit que cette migraine puisse être le résultat d'une quelconque capacité d'October. L'aîné lui avait  bien volontairement caché son pouvoir, le cadet le lui avait bien rendu. Trop dangereux, trop instable, trop destructeur. Il aurait aussi bien pu envoyer l'Automne personnifier voir s'il y était contre la paroi d'un mur et ce sans même le toucher si l'envie lui avait pris. Il craignait de l'effrayer. Il craignait de le détruire. Au même titre que son don empoisonné, il n'avait jamais dit mot de son amnésie répétée et sélective à son hôte de l'époque, redoutant d’apparaître à ses yeux d'écorce comme un être incomplet. Le temps et l'expérience l'avait rendu complet, ou du moins lui avait conféré un statut plus puissant que tout ce qu'October ne serait jamais. Il aurait pu en être fier, le confesser à son adoré comme pour espérer obtenir ses faveurs, son admiration. Mais il n'en était rien. A cet instant précis, Silver n'avait jamais plus eu honte de ce qu'il était devenu. Je ne suis pas parti pour ça. Je te le jure. Regarde moi maintenant, regarde tout ce que j'ai accomplie. Je ne suis plus juste la Bestiole insignifiante que tu as connu. J'ai été capable de créer un monde. J'aimerais que tu sois fier de moi tu sais, que tu arrête de me voir avec ces yeux qui jaugent un enfant perdu. Mais October ne pouvait ou ne voulait pas l'entendre.

« Et toi October... Qu'est-ce que tu deviens maintenant... ? Est-ce que tout va bien à... Là bas... ? »

Il ne pouvait plus se résoudre à appeler cet endroit sa maison. Il n'y avait jamais eu de place pour lui là bas. Pas une seul fois. Ou peut-être avait-il était trop aveugle. Non les choses ne marchent pas comme ça. Je ne peux pas rester s'il reste aussi. Tu ne peux pas nous garder tout les deux October. Un jour, tu vas devoir choisir. Mais ton choix sera rapide, n'est-ce pas ? Tu ne t'ai jamais posé la question en vérité. J'ai envie de te cracher à la gueule. Je suis jaloux. Terriblement jaloux. Mais ce soir, je ne dirais rien. Ce soir c'est particulier, parce que je t'ai bien trop attendu. Viens par là et je n'en t'en tiendrais pas rigueur. Pas immédiatement. Promis. Je t'aime plus qu'il ne t'aimera jamais tu sais... ? Non, tu ne sais pas. C'est bien dommage pour toi. J'irais lui trancher la gorge. J'irais balancer son corps dans le gouffre et je ferais des guirlandes avec ses tripes. Ça sera sûrement joli. Je brûlerais toutes les choses que tu aime October. Jusqu'à ce que tu comprenne. Jusqu'à ce qu'il ne te reste que moi, que tu n'ai plus d'autre choix. Je sais que ça te fera mal. Je sais que ça te détruira. Mais je te reconstruirais, parce que je serais toujours là, moi. Je ne dis pas ça pour te faire peur. Non, n'ai pas peur de moi toi aussi. Pas toi. Tout va bien d'accord. Regarde, je suis là. Je voulais ne voulais pas t'effrayer, excuse moi. Masochiste, naïf, aveugle et têtu.



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MessageSujet: Re: I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]   Jeu 10 Juil - 12:26





Oui, Non, Pourquoi pas, Sans avis.



Ce sourire fendu. Ce rire, rauque, aigu, enfantin, et pourtant si chargé de douleur, charriant un passé trop long. Ce rire tant manqué qui remplissait autrefois l’espace d’une chambre, haut dans une tour, où la veilleuse restait allumée. October s’en emplit les tympans. Il savait pertinemment que la Bestiole ne grandissait pas. Ne grandirait peut-être plus jamais. Il aurait pu parler du temps à la place. Mais le temps ne l’intéressait pas. Il aurait pu évoquer l’ombre noire encadrant ce visage pâle qui avait diminué de moitié. Ces fils qui s’étaient étalés sur ses draps pour peindre des labyrinthes emmêlés. Silver paraissait démembré ainsi. Plus léger, mais surtout plus faible. Comme le Guide aurait aimé retrouvé ces longues mèches sombres… La peine s’aventura dans les iris de nuit. Comment un insecte aussi frêle avait-il pu créer un monde? Non pas qu’October doutait de cette force cachée qui entretenait l’âme de la noiraude. Mais tout de même… Il ne considérait toujours pas cette chose comme un Architecte. Pas par irrespect. Plutôt qu’il portait une sorte d’attachement fraternel et incestueux envers la Bestiole. Il l’avait lui-même hébergée. Il la revoyait encore, cette ombre furtive et craintive, tapie dans le coin de son antre. Il n’avait pas envie de se prosterner. Il n’avait pas envie d’obéir, il n’avait pas envie de craindre ni de fuir. Cet être, il voulait le protéger, l’entourer, le taquiner. Est-ce que c’était au moins possible… Les bras fins entouraient ses épaules, les larmes chaudes lui glaçaient l’âme. Le brun voulut lever un bras, et encadrer ce corps de la tiédeur d’antan. Mais le corps se détacha. Et la tiédeur se dissipa dans l’air moite des bas-fonds. La pluie battait son plein au dehors. Elle ruisselait, indifférente. Le Guide regardait ce passé d’un air usé, éteint. Fatigué du manque vécu tant d’années. Non, il n’avait pas fui. Comment pouvoir penser ainsi de lui? Il entrouvrit la bouche pour la refermer. Lui aussi, avait cherché. Il avait attendu, longtemps. La gorge de l’Automne se serra quand l’autre détourna la tête, sentant un doute peut-être. Non, ne repars pas, laisse-moi te regarder encore.

Les mains se rejoignirent. Les prunelles sombres en suivirent chacun des mouvements, les paupières ne cillèrent plus. L’Octobre s’apaisa mollement, se laissa être remis sur pieds, s’amusa de cette bouille espiègle qui le détaillait. Qui sursauta. Le brun se crispa en même temps, comprimant les mains qu’il tenait, puis se modéra. Silver s’agita, comme auparavant, tel qu’il l’avait connu. Il gesticula pour lui. Il le tira par le bras pour son bien. Il le traîna dans une pièce tiède. October sourit dans le dos de la Bestiole qui venait de s’effondrer devant la dite chaudière. Était-ce donc trop d’effort pour ce petit être de s’occuper de quelqu’un d’autre, fut-ce son aîné? Non, il y avait autre chose. Le brun se troubla, comme électrisé dans la nuque. Il n’écouta pas vraiment la suite. Il se voyait là, toujours debout, à regarder son insecte assis sur les planches vieillies. La lumière jaunâtre rendait Silver blafard. Plus qu’il ne l’était à la base du moins. Il lui avait manqué. Oh oui, tant manqué. Pourquoi on se retrouve maintenant? Pouquoir dans ce trou à rats miteux? Pourquoi tu réapparais comme ça? Comme un cheveu sur ma vie, mais sans les tiens? Plus qu’un cheveu, en fait. T’es bien plus que ça.

October vint s’accroupir auprès du cadet, un genou à terre pour se stabiliser. Ses mains se levèrent et se frayèrent un chemin jusqu’au cou clair. On voyait presque les veines à travers cette peau anémiée. Là, juste dans le prolongement de l’oreille. Sous la coupe irrégulière de la tignasse noire. Le Guide bouillait intérieurement. Il rageait, exultait. Il aurait pu hurler de rire tout en écrasant un crâne sur le mur. Tout se mélangeait tellement, dans sa tête, sous ses côtes. Les doigts fermes se resserrèrent sur cette gorge blanche. Pas très fort, juste assez pour que ce ne soit pas une caresse. Violence tendre et injustifiée dont il raffolait tant. Il tira la poupée d’os à lui, contre lui, tout contre son corps, au creux de son torse. Son nez vint s’enfouir dans la chevelure poussiéreuse. Silver sentait le sang, la chair, la rouille, l’humidité, la crasse, un peu la sueur. Il sentait le sel et le fer. Les mains se détachèrent pour entourer la Bestiole. Il était maigre dans sa robe noire. Trop fin pour les bras de l’Automne.

- C’est pareil là-bas. J’y suis resté, j’ai pas bougé. Ni de la tour, ni de l’impasse. Je t’ai attendu... J’me suis pas caché.

Tu ne me voyais pas? La voix était enrouée, pas tout à fait assez forte pour sortir correctement des cordes vocales. October n’avait pourtant pas chuchoté. Il avait soufflé ces mots inutiles au-dessus de la tête qu’il tenait encore sous son menton. Il glissa ses doigts sur la nuque de la Bestiole, remontant lentement, scrutant chaque once de réaction. Sa main agrippa la base des cheveux sombres et attira la tête du pantin en arrière, bien en arrière. October ne souriait pas. Il le voulait pourtant, de toutes ses dents, jeter sur cet être un regard plein d’amertume, d’ambition et d’impatience. Mais l’aîné était stoïque, écaillé, gris. Il n’arrivait pas à allumer ses prunelles de chêne. Il ne voyait d’ailleurs pas réellement la Bestiole qu’il tenait au bout de ses bras. Il visait au travers. Tel un réflexe enfoui dans sa mémoire corporelle, le brun abaissa le visage vers celui de l’autre, diminuant la distance entre leurs lèvres. Il ouvrit la bouche, sortit la langue, montra les crocs, grogna. Les yeux mi-clos, il respirait enfin. A ces quelques centimètres qui séparaient les lippes, son soupir s’échappa.

- Reviens-moi, Bestiole...

Reviens-moi. Pas comme revenir à Ténébris, pas comme revenir dans la niche qu’il avait enlevé de sa chambre, pas comme revenir lui rendre visite dans son impasse tel un client. Pas revenir comme un client, il ne l’avait jamais été. Revenir comme pour se coller dans ses bras, l’emmerder avec des histoires futiles et des humeurs inconstantes, revenir comme pour bouder et le griffer avant de l’inviter plus près. Revenir comme pour avoir besoin de lui. C’était tellement puérile. Égoïste. October était comme ça. Il l’avait toujours été. Peut-être ne changerait-il jamais. Mais tout ça, il s’en foutait, tellement. Il avait récupéré ce qui lui avait tant fait défaut, quand pourtant rien ne péchait dans sa vie aux côtés de l’Horreur. Terreur. L’éclair blond remonta en surface. Non, il ne lui avait rien manqué. Comment l’avouer… De quelle manière le penser… Tout s’embrouillait à nouveau. Pourtant cette odeur… Il frissonna au coin de la chaudière. Elle devait s’être sentie seule, cette putain de chaudière. Et quelqu’un était venu la rallumer. Sauf que l’automne voulait lui faire péter un orage à la gueule maintenant. L’éteindre, à peine éveillée. Et il voulait y plonger les mains pour s’y brûler les feuilles. Des feuilles mortes, ça flambe bien, non? Comme le bois sec. Le bois sec casse, cependant. Alors il faut lui redonner de la sève. Et la sève, tout le monde sait que c’est sucré. Ephi’ avait toujours été là pour lui. Il avait toujours été là pour Ephi’. Demander à un insecte de revenir était impensable, impossible. Il en avait tellement envie. Tout serait complet dans ce tableau déjà achevé. L’aîné ne s’était jamais vraiment rendu compte du paradoxe que la Bestiole créait en lui. Il n’avait jamais voulu y réfléchir de trop. Il avait toujours préféré éviter d’y penser, d’y repenser, de s’y pencher. La peur de tomber. Sans même avoir le vertige, oui. Tout tournait autour de lui. C’était désagréable.

October avait fermé les paupières et libéré Silver de son impulsion. Il posa une main au sol et bascula son poids vers l’arrière. La tête rejetée, il regardait la Bestiole de travers, un peu terni, légèrement désolé. Ce n’était pas possible pour le nouvel Architecte de revenir. Tout comme il n’était pas possible à October de l’inviter. Le brun soupira, irrité. Il ne servait à rien de retirer ses paroles, l’autre avait dû saisir leur ampleur à la prononciation. Silver n’était pas idiot, il avait déjà dû comprendre la caducité de ses dires. Il balaya la phrase d’un revers de main, essuyant l’air, suivant du regard les mots qui s’envolaient.




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MessageSujet: Re: I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]   Dim 20 Juil - 21:13














 ❝ L'éternité m'a privé d'air ❞
" Munie de mains de Fer "





Silver n'était pas plus faible. Bien au contraire. Il avait gagné en force, plus qu'il ne pourrait jamais en maîtriser. Il ne serait plus jamais faible. Il se refusait à cette idée. Il était devenu fort pour lui. Pour ses beaux yeux. N'était-ce pas ce que l'Automne avait désiré... ? N'était-ce pas à cette condition qu'il lui ferait une place à ses côtés... ? October semblait... Déçu. Couper ses cheveux l'avait rendu plus fort, peut-être, mais il en était venu à se mutiler. Si encore il n'avait s'agit que de sa chevelure de nuit... Silver était devenu un être mutilé de lui-même pour espérer plaire. A force de vouloir paraître plutôt que être, il en avait oublié ce qu'il fut à l'origine. Jamais un instant il n'aurait pu soupçonner que c'était cet Origine qui avait pas bonnes grâces aux yeux de la feuille morte. Pas ce qu'il était devenu mais bel et bien ce qu'il avait été. Stupide, stupide Silver. Tes cheveux, ne les coupe jamais. Il l'avait pourtant murmuré à mi-voix tout en enlaçant son corps à nu, striant le draps sombre comme une plaie écorchée de sel blanc. De sucre. La Démence était passé du sel au sucre, ignorant la peine si rare à ce regard acajou là. Le temps avait effacé cette promesse tout comme il avait presque érodé le visage d'October de son esprit. Il savait qu'il se battait pour cet être cependant, cet être portant le nom d'October. Mais à force d'années, ce nom s'était fait simple mot dansant au gré du vent. Son but à atteindre, sa victoire à remporter à tout prix, une marche de plus. Il en avait négligé l'homme derrière ce désire dévorant mais néanmoins vide au final. Vide. Silver avait toujours été vide et cette déception dans le regard sombre du Guide ne le lui rappela que plus douloureusement encore. Tu n'avais qu'à m'aimer moi. Tu n'avais qu'à comprendre, faire un choix, assumer tes actes. Tu le savais, tu en a conscience au fond de toi, de l'affection que j'ai toujours portée dans mes bras autour de toi. Tu le sais mais tu refuse de l'admettre. Tu refuse de faire un choix et c'est moi que tu accuse d'être lâche avec ton foutu regard de corniaud malheureux !

Jouer auquel était le plus égoïste, s'ils n'avaient que cela à faire. Dire qu'il avait espéré de touchantes retrouvailles. Il ne fallut pourtant pas plus longtemps à l'aîné pour l'étrangler avec tendresse, serrant juste assez pour que la noiraude ne le reconnaisse que trop bien dans ce geste. Ce geste qui signifiait à la fois tant et pas assez. Ce geste taquin et presque mauvais qu'il avait déjà eu par le passé, sans jamais y donner d'explication comme lors de n'importe lequel de ses instants de violence. Parce que October ne savait pas. Impossible de justifier ce qui nous échappe. Il était simplement ainsi, voilà tout, la créature avait d'abord appris à s'en accommoder, puis à lire un peu plus au travers de ces gestes si anodins, si dérangeants pour quiconque à part lui. A moi, semblait-il vouloir dire en l'attirant à son cœur de la sorte. En six ans de séparation, Silver n'avait jamais dévié de cette ligne de conduite. A lui et quoiqu'il puisse lui en coûter. Alors La Démence lève ses maigres branchages blafards, allant enlacer les épaules anguleuses de la feuille morte. Morte et piétinée depuis le temps. Il semble plus vieux. Si fatigué. Comme si les années avaient creusé leurs sillons sur son visage à l'époque tout juste sorti de l'adolescence. Nous étions si jeunes et regarde nous à présent, on dirait deux papillons de nuit voletant à s'en brûler les ailes. Mais tu n'es pas plus laid, tu es toujours toi n'est-ce pas... ? Un peu plus âgé, un peu plus blasé. Moi en revanche, je n'en suis pas si sûr. Je ne veux pas grandir, tu le sais, alors acceptera tu un enfant à tes côté, sans pouvoir l'épanouir entre tes doigts... ?

Leur relation avait beau avoir pris quelques détours charnels de temps à autre, elle n'en restait pas moins d'une innocence étonnante, presque platonique du point de vu de l'adolescent. Il n'avait nullement besoin de désire pour offrir son affection inconditionnelle. Le simple fait qu'il sache déjà qu'October le respectait sur ce plan lui suffisait amplement. Le respect. Il en avait cruellement manqué. Et il l'écoute, buvant ses paroles à même ses lèvres puisqu'après tout October daigne encore l'enlacer, n'osant répondre, n'osant le faux pas. Que faire lorsqu'il devrait repartir... ? Car October doit toujours repartir, là bas. Toujours. Silver s'en ferait sauter une molaire. Mais à quoi bon penser à la peste sucrée si ce soir le destin lui a enfin offert cette présence. Alors oui, la noiraude écoute, la Bestiole se tait, le laisse marmonner à sa guise tant cela est rare. L'Automne bruisse à peine la plupart du temps. Calme comme ce ciel désespérément blanc dont il aime s’affubler. La Démence à seulement appris à aimer ce ciel.  C'est pareil là-bas. J'y suis resté, j'ai pas bougé. Je le sais, et tu n'en délogera probablement jamais, même pour mes beaux yeux. Ni de la tour, ni de l'impasse. Ni même de son girond n'est-ce pas... ? Je t'ai attendu... J'me suis pas caché. Menteur... Tu ne m'as pas attendu. Pas plus que tu ne m'a cherché... Tu ne me voyais pas... ? … Pas plus que tu ne me vois maintenant October...

Il aurait milles raisons de mordre mais les rôles semblaient s'être échangés. Grotesque erreur en coulisses. L'aîné semblait plus fébrile de sa demande devant lui que cela n'avait pu être le cas avant,  où Silver multipliait les ronds de pattes pour lui demander la moindre petite requête. Ainsi donc, les choses avaient changé, l'impétueux Automne s'était assagi. L'October qu'il avait connu n'aura pas hésité auparavant à lui planter les crocs dans la gorge pour étouffer un grognement réprobateur avant de le jeter hors de ses bras pour jauger ses réactions, jusqu'où s'étendant son envie de l'avoir. Oh ça oui, il avait bien joué avec lui par le passé. Mais les temps change et cette fois, ce fut une... Demande. Une supplique même. Il lui en aurait éclaté la tête au sol sur le champ. Reviens moi Bestiole. Pas possible. Le grand October Leeing qui me fait les yeux doux pour s'assurer ma présence. Reviens moi Bestiole. Je ne suis plus Bestiole et tu le sais. C'est ça qui te fais peur, perdre le petit imbécile qui te traînait dans les pattes et dont tu pouvais tirer n'importe quoi... ? Reviens moi Bestiole. Pourquoi, est-ce que je devrais revenir. Car il y avait Ephialtes. Égoïste Automne, au moins autant que lui, incapable de s'offrir tout entier à l'épée de Damoclès qui menaçait sur son crâne. Au fond de lui, October savait. Les deux Architectes ne pouvaient coexister entre les bras du même être. Le choix. L'horrible choix que se présentait là. S'il était incapable de faire le premier pas, alors Le Monstre se chargerait bien volontiers de lui faciliter la tâche. Tu vois, moi aussi je peux te rendre service.

Alors comment osait-il lui demander cela ! Comment pouvait-il se permettre d'aborder tout simplement le sujet. Il n'avait jamais désiré partir ! On ne lui en avait pas laissé le choix ! Silver enrage, Silver fait mal. Il sent presque en résonance la pression qu'il fait peser sur les tempes du Guide, presque près à lui faire voler le crâne en éclat, inconscient de sa colère infantile, irréfléchie. La douleur au bout des doigts, les prunelles en lames de rasoir, blessant sans y songer, rongeant sans le vouloir. Il voudrait le voir mourir sous ses yeux en cet instant mais n'oublie pas. Dans les pellicules emmêlées de sa mémoire demeure un sourire, une étreinte promesse de chaleur à venir. La chaleur. October est le seul à être capable de lui en apporter. Alors peu à peu, La Démence calme son excès de rage, avant d'avoir annihilé par mégarde le pauvre cerveau du brun. Si seulement pouvait-il avoir conscience de l'étendue des pouvoirs de sa Bestiole... Bestiole qui marmonne entre ses dents serrées et blanche, si blanche qu'elle n'en semblaient que plus tranchantes encore.

« …. A quel moment, dis moi, n'ai-je pas été à toi... ? »

Il rattrape les mots qui s'élèvent tels des cerfs-volants salvateurs, les clouant au sol par la force de sa jalousie pour mieux les lui rendre. En plein visage. Ces quelques années lui avaient forgé le caractère. Plissant ses violines, il ne pu que le dévisager d'avantage, améthystes écrasantes qu'étaient devenus ses yeux.

« Tu veux tellement de choses en même temps October, comme les enfants. »

Il s'était extirpé de l'étreinte pour mieux se lever, laisser de nouveaux les paroles en l'air s'envoler pour éclater en un millier de bulles de savon. Lui intimant de le suivre, il désigna la porte du menton, une main si minuscule posée contre le cadre de l'entrée. Testons le donc jusqu'au bout. Tirons sur la corde sensible qui à l'en faire éclater. C'est le prix à payer pour être girouette, girouette malhabile qui ne sait plus sur quel pied danser. Il est est temps pour toi de découvrir une nouvelle facette de moi mon corbeau...

« Viens, j'ai quelque chose à te montrer... »

Le cadavre dans la pièce d'à côté en frémissait d'impatience.  



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MessageSujet: Re: I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]   Ven 28 Nov - 15:16





Break me, I’ll follow you then.



Il l’avait dit. Il avait laissé échapper ces mots si simples et dont il avait pourtant presque honte. October le ténébreux, October le sombre imbu, October mon cul ! Il était devenu aussi fragile et désolé que faible et sentimental. L’aîné, agacé par son propre comportement, attendait tête baissée un ricanement espiègle de la part du cadet. Rire cristallin qui ne vint pas. Rire absurde qui céda sa place à une colère sourde et brûlante. Une pression fulgurante s’abattit sur le crâne du brun, le faisant ployer comme un arbre mort sous un monceau de neige. La tête entre les jambes comme un chien y aurait la queue, October s’entendit gémir de douleur. Les doigts emmêlés dans ses cheveux épais, il s’y cramponna tel un navire à son amarre. Il sentit son propre sang irriguer ses neurones, faisant gronder un orage à ses tempes, déversant une pluie battante sur sa nuque. La douleur foudroya ses neurones, électrisa jusqu’à ses paupières qui battaient tant bien que mal pour irriguer ses yeux rouges. Pas de larmes, non. Le supplice n’aurait pu faire pleurer le bras droit de la Terreur. D’autres choses, oui. Mais pas cette souffrance. Pas l’impact physique qui malgré l’intensité le renvoyait immanquablement à lui-même. Regarde-toi, misérable, tu es vivant. October avait inconsciemment cessé de respirer. L’air lui grillait la gorge. Il voulut déglutir, mais sa salive s’était évaporée avec amertume. Il voulut hurler, mais aucun son ne sortit. Un comble pour les Ténèbres que de terminer dans la torture. Etait-ce cela qu’il infligeait à autrui ? Etait-ce de cela qu’il se délectait si souvent ? Etait-il devenu le tableau dont il raffolait tant ? Le brun aurait presque été amusé de cette situation grotesque si l’assaillant - ou c’est ce qu’il pensait du moins - n’avait pas été son cadet, son protégé. Etait-ce vraiment lui l’instigateur de cette douleur ? La vision du Guide se brouilla, piquetée de tâches jaunes, blanches, noires, puis la pression retomba comme si de rien n’était.

La torture intérieure n’avait probablement duré que quelques minutes pendant lesquelles le Guide s’était vu japper à la mort en son for intérieur. Une sensation désagréable perdurait pourtant encore, quelque part entre les tempes et le pariétal. October releva ses orbes sombres vers Silver. Il avait toujours été conscient que sa Bestiole ne pouvait pas être une simple araignée. Il avait toujours su que la veuve noire sommeillait, blottie à ses côtés, aspirant son sang dans la nuit noire. Il ne l'avait cependant jamais admis. Qu’importe, il tenait à lui, quoi qu’il eut été, qu’il fut, qu’il soit. Il avait possiblement idéalisé cet être de frêle apparence pendant sa longue absence, et là aussi qu’importe puisqu’il retrouvait aujourd’hui son contact affûté. Il posa son regard dans les violines, bien trop acérées pour être innocentes. Evidemment, c’était un Architecte maintenant. Il ne pouvait être ni inoffensif, ni ingénu, ni même enfant. Mais la Bestiole, aux yeux de l’aîné, n’avait pas changé. Pas vraiment. Il avait toujours été ainsi, avec cette force cachée, inavouée. Silver n’avait pas grandi, il s’était simplement éveillé. A cet instant on aurait pu croire que le Guide s’était attendri, si on y regardait de très près, au fond de ses pupilles noires. Mais vinrent alors ces mots douloureux et si véridiques. Oui, il avait possédé cet être. La Bestiole avait été à lui, à lui seul. Il n’avait pas partagé ou ne l’avait pas su. Puis il avait tout perdu. Et maintenant ils se retrouvaient. Comme un enfant. Peut-être oui. Peut-être que le brun avait arrêté de grandir, lui, au moment où son pouvoir s’était libéré, au moment où il avait compris l’ampleur de son horreur. Peut-être que ses caprices étaient-ils restés dans cette forêt aux branches sinueuses, dans ce village aux ombres folles, sous un corps pendu. Ou peut-être pas. October serra les mâchoires. Oui, il voulait, mais pas tant de choses que cela. Deux, à vrai dire. Et il les voulait simplement plus que tout, plus que tous les autres, et à tout prix. Il les voulait trop. C’était d’ailleurs ce trop qui le tuait à petit feu, il le savait. October n’était pas aveugle. Vouloir démesurément deux choses que tout opposait l’écartelait. Jusqu’ici, la cohabitation s’était avérée plutôt simple de son côté. Mais maintenant…. Maintenant…. Maintenant c’était comme s’il fallait choisir. Choisir entre les Ténèbres et la Folie. Sauf que les deux l’avaient déjà dévoré jusqu’aux tripes depuis plusieurs années. Et quand on a donné ses tripes au Diable, elles ont malheureusement déjà brûlé en Enfer.

Le cadet s’était relevé, sortant October de cette psychanalyse fondamentale. Le brun frissonna en retrouvant cette silhouette tant connue qui l’attendait. La carcasse raide du Guide se déplia difficilement. La tête lui semblait encore pesante. Il se redressa sans broncher pour autant, épousseta son pantalon et s’approcha jusqu’à frôler le petit être noir. En cet instant précis, October aurait suivi cet aliéné n’importe où. Il savait pourtant son attachement exagéré et sa perception en proie à l’effervescence des retrouvailles. Mais il s’en réjouissait. Autant profiter. Peut-être était-ce la dernière fois. Si tôt, trop tôt, pourtant peut-être déjà trop tard. Peut-être. Peut-être. S’accrocher à cette probabilité infime. October vacilla imperceptiblement. Le plancher grinça sous leurs pieds. Le Guide marchait au gré des pas de l’autre, dans le tracé de son odeur qu’il humait à son insu, dans son dos osseux sous cette robe abîmée. Il tendit la main afin d’attraper le tissu usé. Un mouvement fluide, et ses doigts se refermèrent sur du vide. Toujours le vide. Combien de fois y retournerait-il ? Le brun fit un pas plus long et atteignit sa prise. Tirer à soi. Coller contre soi. Emprisonner entre ses bras. Resserrer l’étreinte. Enfouir son visage dans le cou. Inspirer la fragrance si personnelle. Ne pars pas encore.

- Qu’est-ce que tu veux me montrer de si important… Tu as encore peint des murs ?

Comme à la vieille époque. Mais était-ce réellement si important, ce pour quoi il le traînait ? Il était vrai que des dizaines de choses étaient toujours restées secrètes entre eux. Qu’October ne connaissait pas réellement la Bestiole. Et tu ne me connais pas non plus. Loin de là. Tu ne sais presque rien en vérité. Tu ignores tant. N’aurait tenu qu’à l’aîné de parler, de raconter, de cracher beaucoup, tout, pas assez, de dévoiler les mystères, de mettre des mots sur les actes. A quoi bon maintenant… Tout allait probablement s’arrêter quand ils se sépareraient de nouveau. Rien n’allait être comme avant. Rien ne l’était déjà plus en fait. Le Guide s’en enfonça les ongles dans la paume.




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MessageSujet: Re: I just want to turn the lights on in these volatile times... [PV. Poulpy]   Dim 14 Déc - 14:15














 ❝ Without a heart ❞
" I can ruin your memory "




Ooh... October. Sombre idiot, adorable cabot servile bavant aux souliers proprement cirés de son maître... Les lèvres de Silver furent agité d'un spasme, d'un bref rictus nerveux. Lui aussi possédait d'admirable bottines vernis maintenant. Pas ce soir, certes. Mais dans ses moments de superbes qui ne lui seyait guère, comme devant Bartel, à s'agiter sous le nez du fauve comme une marionnette ridicule au fils grossiers, avant de retrouver bien vite sa véritable nature. Nature, douce nature l'ayant doté de crocs et de sens exacerbés. Il faisait tâche n'est-ce pas... ? Il faisait crasse sur le tableau huilé dépeint par Hellish. C'était peut-être pour cette raison pourtant si paradoxale que le lapin anthropomorphe lui portait une affection toute particulière... La sirène avait cessé de chercher une quelconque logique à l'attitude d'Hellish, n'en ayant que faire et incapable de se focaliser sur des sujets si triviaux plus de quelques minutes. Son esprit battait la cadence, sans cesse, s'envolait, dansait comme les feuilles au vent d'automne. Ce soir là aussi. Frémissant d’impatience et de colère. La joie des retrouvailles et l’amertume de ces paroles stupides, dénuées de sens. Caprices d'enfants sous la langue d'un adulte se voulant plus gros qu'il ne le serait jamais. Car October n'était qu'un gosse, tout comme lui. Pas si différent dans ses envies changeantes et brutales, désireuses d'être comblées avant même d'en avoir pris la simple conscience. Qu'il aille donc se faire foutre. Silver n’eut jamais autant envie de lui tordre le cou qu'à cet instant. Pourquoi... Pourquoi traîne tu donc tant de peine, de fatigue dans tes yeux ? Pourquoi semble tu si affligé, si triste ? C'est de ta faute... C'est toi qui l'aime, plus que moi. C'est toi qui ne sait pas sur quel pieds danser. Ne me fait pas porter le chapeau ! Je ne suis pas coupable !
L'Architecte sans son sang froid pulser dans ses tempes lorsque la main agrippe la dos de sa robe poisseuse, humide, se laisse aller en arrière, le dos contre ce cœur battant, bien trop fort évidemment, puisqu'il bat pour deux êtres. Conciliante. La Démence se laisse apprivoiser, caresser dans le sens du poil, comme au premier jour. Mais loin... Si loin de ce sourire méprisant, de ce regard sombre à son égard, comme on malmènerait un insecte des yeux avant d'enfin obtempérer à la cohabitation. Accepter de le laisser se faire une place bien maigre de notre couche. Le laisser se coucher là, contre la peau. Mordre juste là, oui. Contre le cœur. Silver avait toujours su planter les dents là où il était certain de ne pas rater sa victime. October n'avait pas fait exception à la règle au final. Il en aurait crevé de fierté en l'apprenant. Mais... Tant d'histoires montées comme une rempart dans son crâne d'oiseau écervelé. Car Ephialtes est plus haut que tout, plus plaisant. Il a les mot et les doigts comme du velours, l'odeur sucré qui fait frémir les sens. La créature, elle, n'est que crasse. Crasse et mort. Les mots posés dans l'air agitèrent le petit Monstre d'un rire à peine retenu. Oh, October... Décidément. Ce soir serait instructif. Peut-être pour eux deux. Il se tordit, bascula la tête en arrière pour embrasser le menton à sa porter, geste impertinent et tendre qu'il s'autorisait bien volontiers sans s’embarrasser d'une quelconque autorisation. Ils avaient partagés bien plus. Le langage secret des doigts sur la peau frémissante qui le hérissait tant, les secret de la chaire et des nuits aux heures égrainées. Seulement avec October. Silver n'avait pas d'intérêt pour cet univers qui lui resterait probablement éternellement bien flou.

« Ahaha... Oui... Oui, j'ai peint les murs. On peut dire ça comme ça... »

L'Immondice dans sa tignasse d'ombre poussa la porte du pied, se dégageant de l'étreinte et de ce souffle dans son cou dont-il ne parvenait pas à comprendre la signification. Il lui avait manqué. Tant manqué... Mais rongé de jalousie et de rancœur, il ne prenait même pas conscience de cette affection nouvelle et étrangement insistante que semblait lui porter le fier Guide Tenebris, celui qui n'avait jamais cédé aux affres de l'affection. Ce n'était qu'inepties si la tête blondine n'était pas concernée, n'est-ce pas... ?
Le cadavre gisait là. Éventré sans délicatesse, les yeux ouvert sur un vide éternel, un néant connu des morts eux seuls. La peau écartelée dans laquelle il avait fait son cocon un peu plus tôt donnait vu imprenable sur l'intérieur évidé et partiellement dévoré de l'être qui fut autrefois un humain. Un homme trop entreprenant. Trop imbu pour songer au moindre danger de la part de... Cette si petite chose. Si fragile... October aussi l'avait cru. S'en mordait-il les doigts désormais... ? Face à ce carnage sanglant digne des pires crimes perpétrés dans les salles du château de Tenebris... ? Silver n'était pas un ange. Si le l'aîné l'avait toujours su inconsciemment, il n'avait peut-être pas imaginé l’ampleur de la chose. Pourtant, il avait mordu. Tant de fois... A sa gorge, ses épaules, sur tout son corps. Planté ses crocs dans la chaire blanche et satiné de ce corps étrangers, ce corps d'adulte qu'il n'aurait jamais. Il avait léché le sang échappé des plaie, l'avait anémié entre ses bras sous le prétexte d'un simple instant de fatigue. Oui October, c'est seulement de la fatigue, ne t'en fais pas. Je ne mord pas si fort tu sais. Je ne peux pas boire autant... Je ne te permettrait jamais de frôler la mort près de moi... La créature vorace avait sommeillé si longtemps à ses côtés, sans un mot. Sans même tenter de s'en prendre à lui... L'avait-il deviné ? October avait-il toujours eu conscience des instincts primaires et bestiaux qui habitait la petite créature sauvageonne désireuse de se faire si distinguée, imitant les mouvements de son aîné pour s'humaniser peu à peu... ? Il n'avait d'autre choix que d'affronter le fait accomplie désormais. Silver pouvait être un agneau de douceur, mais également un prédateur sans morale.
Ben peu connaissaient les légendes des sirènes, une espèce pratiquement éteinte à Tenebris et depuis des décennies. Chassées, massacrées pour leurs nuisances, il n'était pas rare que les derniers représentant soient semblables à Silver. Des êtres bâtards, mi humain mi étrange. Tous n'avaient pas cependant son appétit. Il ne lui en aurait pas voulu d'ignorer ce qu'était une sirène terrestre. Aussi, il se glissa derrière lui, le laissant constater par lui-même, venant enroulé ses bras maigres, perfides comme des serpents tentateurs, tout autour de sa taille, accolant sa joue contre le dos éprouvé du Guide avant de murmurer doucement, appréciateur et étrangement enfantin dans ses mots trop adultes. Trop décalés devant l'horreur des faits.

« Je fais seulement ça avec ceux qui me lancent ces affreux regards... Comme s'ils se donnaient le droit de faire ce qui leurs plaisait sous prétexte d'être plus grands, plus forts... Je ne les aime pas tu sais, ces hommes là. Pas du tout. Alors pour moi, c'est facile de les attirer quand ils me font ces mauvais yeux là... Il faut bien que je me nourrisse. Personne ne regrettera des hommes comme eux, pas vrai... ? Je ne suis pas quelqu'un de mauvais, je veux juste manger. Manger et survivre. Ça aurait pu être toi tu sais... J'aurais pu décider de te faire la même chose qu'à lui. Ça aurait été facile. Mais tu n'es pas comme ceux là, tu es différent. Et tu sais que je ne suis pas mauvais... »

Mauvais... Non. Il n'était pas mauvais. Seulement un peu perdu, un peu seul, un peu atroce dans son petit corps de porcelaine qui ne veut pas se réchauffer. Personne ne l'avait laissé se nourrir sur son corps. Personne n'avait voulu se sacrifier de bonne guerre comme l'avait fait le Guide automnale. Ou Lewis durant un certain temps. Le pauvre homme, en acceptant de prendre l'Architecte en devenir sous son aile, ne s'était pas réellement attendu à devoir céder sa chaire à intervalles régulier pour maintenir en vie son protéger. Sa peau portait encore certainement les stigmates des besoins quelque peu brutaux de Silver suite à une trop longue retenue. Avec October, il avait toujours été raisonnable, doux autant que possible, faisant passer la chose plus pour une simple manie sauvage qu'un moyen de se sustenter. Esquivant le corps de la paresse incarnée et sans se préoccuper d'une réaction trop brusque, il s'approcha mollement de la fenêtre ouverte, s'accoudant à cette dernière pour observer la pluie battante. Une fois encore, ils étaient en Automne. Puis la Bestiole souffla doucement.

« Je suis parti parce que je suis tombé amoureux de quelqu'un. »

Qui ? Comme s'il allait se risquer à révéler la chose... Plutôt mourir que de se faire rire au nez. Mieux valait taire la chose pour conserver son romantisme. Incorrigible Silver... Dérivant éternellement entre rêve et réalité. Le monde n'était pas aussi fantastique et théâtralisé que dans son esprit cependant. Quel dommage.

« Tu sais ce que c'est, non... ? Toi qui aime tellement ton Architecte. Tu es fou amoureux oui... » Puis il ajouta dans un soupire, agitant sans grande superbe les mèches folles encadrant son visage, le chevelure détonant par sa regrettable absence. « Cette personne, en revanche... N'a pas accepté de m'aimer en retour. Alors je suis resté ici. Tout seul. J'ai attendu. J'ai cherché, mais j'ai surtout attendu. Attendu que quelque chose fasse bouger ma vie. On peut dire que c'est arrivé. Pas dans le sens que j'avais imaginer cependant... Et à présent, te voilà... »

Triste Bestiole, s'évertuant de signes plus ou moins flous devant l'être tant aimé, aveugle de surcroît. C'était comme vivre dans une autre réalité. Une autre planète à la fois si proche et si lointaine de celle ou évoluait le Guide. Il pouvait saisir sa main, mais pas la conserver. A moins de la couper, peut-être... A moins de l'arracher de force à cette peste sucrée. Il en avait la ferme intention. Tôt ou tard, October serait contraint de faire un choix. Choisir entre la Démence et l'Horreur. Si le choix n'allait pas dans son sens alors... Alors il n'y avait pas songé en vérité. N'était-ce pas simplement logique ? Sans Ephialtes, plus de choix. Et sans choix... La solitude pousse si doucement dans les bras de l'être qui reste... Alors peut-être l'autoriserait-on enfin à reposer ses jambes fatiguées. A le ramener chez lui et s'endormir sans relâcher son corps. October et Alcide. Quel charmant tableau familial. Oui, jouons donc au Papa et à la Maman ! Silver était fort doué à cette petite occupation. Mais sans Papa... Maman se sent bien attristée. Alors Maman pouvait avouer n'est-ce pas ? Dire à voix haute les mots si bas, les non-dits, l'amertume dissimulée sous les paroles de routine. Aussi il se mit à sourire, presque démesurément, se tournant pour faire face à l'Automne, fixant de ces grandes orbes violacées, exorbitées comme celle d'un camé devant le corps sans vie qui achevait de donner au spectacle quelque chose de grandiose et définitivement trop malsain, presque insoutenable.

« Mais allons, allons... Cessons donc les faux semblants. Tu n'es pas idiot October et tu le sais aussi bien que moi. Ne tourne pas autour du pot avec moi. Ça va t'énerver. Ça va m'énerver. Tu n'as pas envie de me voir énerver n'est-ce pas... ? »

Enjambant le cadavre ouvert, il s'approcha, presque menaçant de l'être adoré.

« Une gamine horripilante, ridicule et inutile, indigne de sa fonction et de son rôle mais dans les bonnes grâces d'Hellish... C'est ce qu'il t'as dis... ? C'est ce qu'il t'as rapporté dis moi... ? » Il leva un doigt prolongé d'un ongle trop long près de la tempe de l'aîné. « Tu as fait le lien, ça a tourné là-dedans, tu as finis par comprendre pas vrai... ? Tu as fini par faire le lien avec ta chère petite Bestiole... ? »

Un bref geste d’éloignement et il hausse les épaules, comme si le détails n'avait nulle importance après tout, si détail il était. Juste un Architecte, oui... Rien de bien sérieux après-tout.

« Tu n'as pas peur de moi hein... ? Il ne faut pas. Je suis toujours Silver... Je serais toujours Silver. Quoique je devienne... Alors pourquoi tu ne semble pas vraiment ravi de me voir October.... Pourquoi tu as l'air tellement ailleurs. Loin. Très loin de moi... ? »

Son visage s'était fermé, ses carmines pincée dans une expression réprobatrice, comme si soudainement, le jeu de cache-cache avec lui-même l'avait lassé. Je suis un Architecte oui. Tu m'aime un peu plus maintenant... ? J'espère pour toi que oui. Tu as intérêt à m'aimer saloperie de chat capricieux. J'ai fais tout ça pour toi. Regarde ce que je suis devenu. Je n'ai pas cessé de penser à toi à chaque marche de ma vie. Imbécile. Pourquoi tu ne me regarde pas... ?
Pathétique et stupide Silver.

« Tu es fier de moi au moins, j'espère... ? »

Il était préférable de ne pas le contrarier.


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