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Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]

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MessageSujet: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Jeu 24 Oct - 18:09

Puant le luxe, martelé de marbre, de moquette et de vieux fer... L'Underground, repère velouté de la crasse d'Hellishdale.
Un bel écrin contenant une bille de plomb. Splendide à n'en pas douter, aux yeux qui aimaient se perdre dans les courbes harmonieusement entrelacées d'une architecture tout à la fois sobre, complète, et ergonomique. Une véritable oeuvre d'art, sous les airs de bar miteux dont ses murs extérieurs avaient pris le profil. L'endroit avait tout pour plaire, il était animé et serein à la fois- à qui cherchait, un petit coin tranquille finissait par dévoiler ses charmes. On y était bien servis, bien accueillis, bien protégé...
Bartel n'aimait pas l'endroit.
Confiné, tamisé, il ressemblait pour lui à l'antichambre de l'enfer. Non pas que la foule l'eut dérangée -il venait pour elle-, mais l'étrange atmosphère des lieux ne lui avait jamais plu. Il y avait quelque chose de trop attirant ici, de presque lénifiant. Tout ce confort, ce raffinement... Si typiquement humain, si bourgeois. La Bête ne se plaisait pas dans ce décor cossu. Elle n'avait jamais rêvé de fastes. Jamais de palais. Jamais de richesses. Face au décor somptueux, Bartel restait de marbre... Sans mauvais jeu de mot englobant l'environnement joliment émaillé d'une semblable vêture minérale.
Lui avait voulu, et ce depuis toujours, mener une vie simple, sans contraintes, dédaignant l'argent qui s'était imposé en nouvelle divinité. Avoir ses encres, ses pinceaux, ses crayons et ses feuilles, dessiner dans la rue, travailler peu et le moins bien possible... Gentiment cracher sur la société, sans trop en faire pourtant. Il avait finalement fait mieux en la quittant complètement. Bien lui en avait pris ; son seul regret n'avait rien à voir avec ce qu'il aurait pu posséder et vivre en restant cloîtré dans son existence si peu cahoteuse. Celui-là, l'unique, doucement douloureux, était fiché dans son cœur et non quelque part dans la région froidement logique de son esprit. Au final, il avait pleinement gagné aux changes.
Il en était convaincu la plupart du temps. Parfois non. L'Underground n'instillait aucun doute de ce genre en lui cependant.
On se serait trop volontiers endormis ici, n'attendant qu'une caresse de Morphée pour plonger dans le sommeil. Dans ce bâtiment mystérieusement caché, rencogné tout au fond d'une ruelle, dans une impasse brumeuse, un peu trop étrange et nocturne pour n'avoir aucun rapport avec les autres mondes... Bartel n'était pas dupe. Il n'avait jamais fouillé outre mesure les lieux, chercher à en savoir plus. Il n'en avait pas besoin. Son instinct lui suffisait à comprendre qu'ici traînaient des ombres visqueuses, dont il faisait d'ailleurs partie. Ce n'était pas le cas de tous les clients, il le savait tout aussi bien, et parfois, en arrivait à se demander si cette impasse n'était pas celle d'un Guide plus choyé que les autres par la ville ténébreuse. Tous avaient leur propre commerce, leurs activités généralement peu dignes d'être clamées... Pourquoi pas gérant d'une boîte après tout ? Un métier comme un autre à exercer, pour attirer à soi des Essences papillonnantes.
Ne pas en être certain ne dérangeait pas Bartel. Après tout, le cachet de l'endroit tenait en cette réputation sombre, ce mélange de mystère et de luxe, déroutant pour un établissement du genre. Venir passer une soirée à l'Underground, c'était toujours une aventure, virée intéressante à faire pour les plus jeunes comme pour d'autres espèces de fêtards... Amusante diversité de zèbres décontractés pour une nuit au moins, qui l'avait tenu jusqu'à maintenant en haleine nonobstant son malaise. Alors qu'il n'appréciait pas l'endroit, Bartel y revenait avec acharnement, et pour l'unique raison de cette foule hétéroclite. Elle l'attirait, inexorablement. Parfois en elle, d'autres tout près...
Ce soir là, il ne s'était pas mêlé aux ombres qui dansaient sur la piste. Assis au bar, il s'était rencogné contre un mur, observant avec fascination les êtres et les paraître qui défilaient dans la lumière tamisée. Corps qui tanguaient, éclaboussés d'une radiance terne, s'affalant sur le cuir flamboyant, penchés sur des tables blafardes, salis par une ombre qui giclait des coins moins éclairés. L'Underground baignait dans un crépuscule jaunâtre et sanguinolent où s'allumaient parfois quelques étoiles d'argent ; breloques prétendument précieuses qui s'éteignaient derechef. Un cycle cosmique était emprisonné entre ses murs. Des astres qui naissaient et mourraient, des trous noirs gigantesques qui happaient d'un mouvement les courbes affriolantes d'une figure stellaire joliment drapée... Ils auraient pu être au milieu du ciel, ou bien au fond de l'abysse. Bêtes squameuses ou translucides s'envoyant leurs nageoires, météores dément s'entrechoquant dans le vide.
Tout pulsait, tout se tordait. Les courbes se dévoraient entre elles, les perspectives s'endormaient les unes contre les autres. Le monde mâchait sa substance et la recrachait sous la forme de cette bouillie infecte ; sublime grouillement de carne bouillante et de bruits enlacés en capharnaüm. L'univers explose, se dégonfle, crève, renaît, rampe, étale ses boyaux sur le sol, les avale, les vomis, en fait une pâte immonde, étouffe les soleils dedans, halète sur un rythme syncopé de flash nerveux...
Sarabande de bruits, d'émotions écartelées, de gestes étirées jusqu'à plus soif d'espace. Une densité assassine d'informations malaxées entre ces murs qui enferment le monde.
Et là, loin du tumulte pour une fois au moins, tel un fauve guettant l'égaré du troupeau ( ironie acidulée ), Bartel qui lève son verre et boit. Sous son crâne, le monde émotif et sensationnel tourne et danse jusqu'à y faire peau neuve. Au milieu de la tempête qui balaie ses tempes, sa peau, sa rétine ; tous ses sens. Il médite, agressé jusque dans la moelle de ses os par la foule hurlante- meute déchaînée.
Puis sourit. Ce soir, il n'est pas venu pour eux.
Quand l'écharde de glace vient remuer ses tripes, traversant le torrent brûlant de cette fièvre ambiante qui tente de l'emporter, ses lèvres n'ont pas perdu leur plis amusé, cette courbe dangereuse et charmeuse dessinée dans une broussaille de barbe. Dans la lumière pulsante, les yeux qu'il tourne vers son hôte ont le brun verdoyant des tourbières.
Un prédateur. Celui qui rôde dans les sylves, étouffant la chanson de sa course sur le tapis de feuilles humides et de mousse qui couvre les forêts. Celui qui hante les vallées et développe l'écho des montagnes dans sa gorge vibrante. Un être obscur digne du bestiaire frémissant qui rôde dans les contrées les plus noires de Ténébris.
Ou bien, ne serait-il qu'un homme ?
Il tend la main, comme l'un des leurs.


-Bonsoir.
Sa voix est aussi réelle que l'exhalaison d'un sous-bois en automne.

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Dernière édition par Bartel Pan le Lun 17 Fév - 1:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Dim 27 Oct - 6:22

« Invité attendu »

N'y avait-il rien de plus exaltant pour tous ces humains ordinaires que la possibilité de sortir afin de se divertir ? L'Homme était ainsi fait, le seul animal qui se sente obligé de répondre à des codes avant de pouvoir s'accorder sur de simples occupations telles que s'amuser en communauté ou en solitaire, que ce soit par la pratique d'un sport ou par une soirée bien alcoolisée qui fera de lui l'une des créatures les plus cruelles qui soit au monde. L'Underground pouvait aisément passer pour ce qu'il n'était pas, un lieu de rencontre, un débit de boissons, une salle de danse voir même un lieu de dépravation, mais en réalité l'établissement n'était rien de tout ça, bien au contraire. L'Underground existait pour des êtres tels que le propriétaire ou certains de ses clients que les autres, humains, dissimulaient par leur présence. Lorsque vous demandiez aux membres du personnel, pour certains non-humains, ce qu'ils pensaient de leur patron, ils répondaient bien souvent d'une manière évasive tout en trahissant un certain respect pour l'homme dont on disait qu'il était aussi distant et froid de la mort elle-même. Bien sûr il ne s'agissait que de rumeurs colportées par quelques clients éconduits pour mauvais comportement et non respect du règlement, mais les choses étaient ainsi à l'Underground. "Mon château, mes lois" vous répondrait le propriétaire si vous lui posiez la question, car l'homme dégage ce quelque chose d'ancien malgré ses traits encore relativement jeunes, on ne lui donne guère plus de trente ans, mais son esprit semble s'être égaré dans les méandres des temps anciens et, bien qu'il demeure à la page sur le monde moderne, il a fait de son établissement un lieu hors du temps et, semble-t-il parfois, hors de l'espace.

La soirée commence ici-même, alors que la musique bat le rythme sur une piste de danse où les corps des hommes, des femmes et autres créatures se faisant passer pour tels se déhanchent comme s'ils voulaient perdre leurs âmes en route. Loin du vice, il s'agit ici non pas de l'Enfer, mais du Purgatoire, ce lieu où vous pouvez racheter vos fautes ou au contraire les alourdir, celui où tout est possible, où la vie peut trouver son chemin ou au contraire être fauchée comme les blés par cette ombre qui arpente silencieusement la moquette rouge sang de son établissement. Randall est là, fidèle à lui-même, fidèle à ce qui le caractérise profondément. Il fend la foule située tout autour de la scène de danse en parquet vitrifié, un luxe qui lui coûte un bras, mais qui est également une touche de classique auquel il tient férocement. Il se glisse avec fluidité entre les gens qu'il dépasse pourtant d'une bonne tête, s'assurant que tout va bien, que profite tout un chacun et qu'on ne manque de rien. Une silhouette pourtant, une présence attire son attention, comme souvent lorsque certaines fortes se font sentir. Il bifurque, tel un prédateur ayant sentit l'odeur du sang et de la viande encore pulsante de vie et ne demandant qu'à finir celle-ci sur la pointe de ses crocs. Une ombre, un plissement de ses yeux gris, puis le voilà face à Bartel, cet homme qui n'en est plus vraiment un, cet être qui défi sans cesse les Architectes, mais qui a su gagner ainsi quelques alliés et nécessite un minimum de reconnaissance. Sa main blanche et glacée est l'exacte opposée de celle qu'il serre, probable qu'une certaine sirène adorerait sentir une telle chaleur contre sa peau, en tout cas lui ne montre rien de ce discret plaisir. Les vivants ont le sang si chaud, mais cela ne dure jamais, hélas.


- Bonsoir Bartel. Comment allez-vous en cette belle soirée ?

La voix est égale au propriétaire, calme, mesurée, froide. Seul son regard brille de vivacité. Il lui désigne une table étrangement libre avec deux chaises à disposition, pourtant la boite est pleine, pourtant il n'y avait rien l'instant d'avant, de cela Bartel peut en être certain.

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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Mer 27 Nov - 17:58

Randall. L'un de ces êtres glacés que l'on rencontrait parfois, songeant qu'ils n'étaient pas humains. Une figure spectrale, semblable à celle d'une certaine Guide laissée pour un temps aux mains de ses interrogations... Mais ils étaient différents, ces deux êtres blafards chenus avant l'heure blanche. Leurs émotions n'étaient pas les mêmes, ni leur façon de penser. Quand Morgan était gênée en sa présence, le fameux propriétaire ressentait quelque chose de plus trouble, une sorte d'amusement mâtiné d'un questionnement sage, serein, loin de celui fébrile qu'il provoquait souvent.
Randall n'était pas mal à l'aise face à lui. Était-ce en raison du lieu de leurs rencontres ? Jamais on n'avait vu, après tout, les deux Bêtes réunies hors de cette grotte obscure. C'était en cette caverne qu'ils se trouvaient chaque fois, dans le terrier marbré de l'homme décoloré, étrange créature vivant au fond de sa jungle d'acier. C'était là, en réalité, dans les tréfonds d'une sylve édifiée des mains de l'Homme, que migraient les cauchemars des enfants et les prédateurs des histoires chuchotées... Les ténèbres des contes gorgeaient ces parcelles oubliées, ces boyaux secrets où s'entassaient les chimères de vieux contes. Elles trouvaient dans les égouts de nouvelles demeures, allaient se rassasier d'autres ombres, plus épaisses, plus froides peut-être, qui se collaient aux immeubles, aux fondations pourries des maisons photocopiées tout le long d'une rue rectiligne... Les eaux usées, les ordures, les fumées, voilà où barbotaient les monstres. Ils faisaient un royaume de ces bulles citadines pestilentielles, consacrés soudain par la pègre et tous les résidus rampants d'un monde qui ne brillait qu'en surface. De nouveaux dieux, les seigneurs des bas-fonds, ceux qui régnaient en maîtres incontestés sur des pays cachés.
Bartel n'y voyait aucun mal. Le reste du monde ne valait guère mieux... Au moins ici, ne cachait-on pas tout ce qui n'allait pas sous un vernis d'hypocrisie joliment entretenu par tous pour maintenir une cohérence sociale, qui quoique fissurée, tenait le coup d'une manière tout à la fois désespérante et admirable. Singulièrement, c'était dans les ténèbres qu'on voyait le mieux. Du reste, Randall avait au moins la décence de ne pas faire partie des plus malfamés ; il était presque respectable, du moins pour ce qu'en savait Bartel. Mais après tout, Randall était l'un des rares mystères qui persistait à planer dans sa vie...
Nonobstant son air sobre et nordique, presque ennuyeux à force d'être classieux, l'homme impeccablement tiré à quatre épingles ( d'argent ), avait pourtant collé au corps quelque chose d'un peu sombre, de dangereux, qui ne manquait pas d'affûter un peu trop ses traits cadavériques. Son apparence d'homme digne et bien sous tous rapports était entachée d'un brin de sauvagerie froide.
Randall avait l'air d'un vieux loup solitaire. Un animal silencieux qui savait encore mordre, qui derrière sa gueule grise et ses gestes élégants, cachait des armes fauves rétractées pour mieux plaire. C'est qu'il n'était pas si désagréable au fond. Un monstre courtois, bien élevé, avec belles manières et un raffinement qui savait séduire même une bête sauvage comme le tumultueux Égaré ; il avait de la conversation parfois, et s'occupait de ses clients avec un professionnalisme on ne peut plus indéniable.
Alors oui, Randall était froid, oui, Randall avait cet éclat de danger enfouis au fond de l'oeil, cette démarche prédatrice. Mais quoi ?!, malgré tout, Bartel se prenait à l'apprécier.
Il lui fit un sourire en serrant sa main glacée, visiblement peu gêné d'avoir à lever la tête. Ils devaient avoir l'air bien étranges, si différents, vus de loin. Et pourtant, dans leurs yeux, on percevait la même lueur vacillante et sauvage.


-Je vais à pied Randall, comme toujours.
Ce n'était pas la question, bien entendu. Mais répondre à cette formule polie avec sérieux lui aurait vraiment trop coûté... Les convenances, ce genre de chose, l'ordre réglementaire du discours. L'étiquette ; brûlons là.
Un peu de chaos instillé ça et là.

La soirée est belle, en effet, et je n'oserai la gâcher par un empressement insultant envers les charmes qu'elle me présente.
Il jeta un coup d’œil vers la table désignée par son échalas de vis-à-vis. Son sourire ondula vers une courbe railleuse.
Je me demanderai toujours comment tu fais. Tu ressembles parfois à ces magiciens qui détournent l'attention de leur publique pour mieux les subjuguer après une instant de relâchement.
Il haussa les épaules, glorieusement indifférent au tutoiement comme à la rigidité de son locuteur inexorablement dressé comme un piquet de glace.
Suivant son hôte pour aller s'asseoir dans le coin tranquille tout droit surgit de quelque improbable néant, laissant traîner ses yeux sur la foule comme pour s'il avait dû choisir un morceau appétissant à manger. Quand ils se posèrent à la table, Bartel en caressa le marbre blanc, riant sous cape du choix marmoréen de Randall... La décoration lui ressemblait tant que s'en était à se demander s'il ne voyait pas la boîte comme un enfant, déguisé de manière à lui ressembler. Encore plus quand on savait à quel point il prenait soin de l'établissement.

Révèle moi donc tes secrets. Il y a des tunnels enfouis, n'est-ce pas ? Et un système de poulies. J'en suis certain.
Bartel hausse un sourcil faussement interrogateur.
Je suis sûr que tu caches des cadavres là-dessous.

Car il fallait tenter d'arracher quelque chose à Randall ; car une conversation dirigée par cet homme aurait été trop calme, que personne n'aurait eu à élever le ton une fois ; car cela l'amusait, de parler pour ne rien dire.
Car, au fond, il fallait bien faire sourire les monstres des vieux contes. Et l'on vivait une époque où tous les sourires se gribouillaient comme ça, un peu au hasard, un peu pour rien. Alors une injonction à la bête assise là, un impératif à l'intention de l'homme glacé et glacial : tu souriras, vieille chose.
Et les enfants donneront la main aux monstres sous leur lit.

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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Sam 18 Jan - 7:48

« Propriétaire mystérieux »

On pensait souvent que les gens tout comme les prédateurs se sentaient naturellement à leur avantage lorsqu'ils se trouvaient sur leur propre territoire et c'était en général une vérité avérée, mais croire que cette logique s'appliquait à Randall était une erreur qu'il valait mieux ne pas commettre si l'on désirait conserver son intégrité, quelle qu'elle soit. L'homme était fait de chair et de glace dans un savant mélange que seule l'alchimie de la vie avait pu engendrer, quémandant le prix d'une autre vie en compensation de celle qui était jadis venu au monde, il y avait des siècles de cela. L'être possédait un regard similaire à celui de son interlocuteur, un monstre déguisé en homme ordinaire, vieux sage prédateur apparaissant comme une créature inoffensive et dont on ne se méfiait pas autant qu'on le devrait. Il avait tendu sa main en guise de salutation formelle, mais également pour signifier qu'il acceptait la présence de cet étrange double si physiquement opposé à sa propre personne. La chaleur de cette paume lui était bénéfique, mais Randall n'en laissa rien paraitre, écoutant la réponse de son interlocuteur qui eut le mérite de lui tirer une très vague esquisse de sourire, guère plus qu'une ombre moins marquée que les autres, seul signe difficilement détectable indiquant que le propriétaire des lieux avait apprécié le jeu de mots de Bartel. Il ne s'offusquait jamais de son tutoiement, ayant depuis longtemps apprit que c'était ainsi que cet être d'apparence bourrue traitait tout un chacun, tout comme il appréciait sa franchise dissimulée sous des propos parfois tortueux.

- Les magiciens ne font que des tours de passe-passe, or ici il n'en est rien, mais vous autres, humains, croyez voir sans voir réellement. Crois-tu vraiment qu'un système de poulie n'aurait pas pu attirer l'attention des autres clients ?

Il laissa Bartel prendre place, faisant de même dans un mouvement calme et mesuré, car oui c'était ainsi que Randall était, tout en maitrise de lui-même et de ce qui l'entourait. Bien sûr il arrivait que les choses échappent temporairement à son contrôle, mais il savait toujours rester digne et noble, comme s'il flottait au travers de ce monde et de ses âges sans en être réellement affecté. Le soin avec lequel il prenait soin de son précieux Underground en disait long sur l'attachement qui l'y liait, cependant le sujet n'était jamais abordé et, à la place, Randall écouta Bartel supposer qu'il cachait des cadavres, ce qui fit naitre un léger et sombre sourire sur les lèvres du propriétaire.Au moins l'homme aux cheveux fous avait-il atteint l'un de ses objectifs, faire sourire, fut-ce si légèrement, le monstre des vieux contes.

- Que ferais-je de cadavres à votre avis, mon cher ? Ils ne serviraient à rien, nos clients les plus particuliers ne se nourrissent pas de chaires mortes. Et en parlant de se restaurer, souhaitez-vous boire ou manger quelques nourritures ? Je pense pouvoir affirmer que nous avons de quoi contenter n'importe toute créature arpentant ce monde.

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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Jeu 13 Fév - 20:22

Un sourire aux courbes assassines, cloîtré pour tentative de meurtre dans le hallier de sa barbe ; toutes ses grimaces étaient dangereuses : elles appelaient la chaleur. Ciblant le glacier taillé, juste en face, criblé d'ombres. Au froid tenace qui hantait cette peau blanche, serrée contre la sienne à l'occasion de la nuit, salutation polie et charnelle- mais glacée. Il jetait tout le feu de ses veines à ce marbre entaillé, et dans un frémissement, sentait une réponse brève, hésitante, du Prédateur blafard. Car à cette cette sorte de froid, il était une fascinante horreur, terrible chaleur veuve qui s'accrochait à tous... Poisseuse mais attirante, une tourbe bouillante où délasser son corps. Peut-être bien plus encore, dans un éclat de sourire, luxuriant de barbe, lascif : non un carré de limon, mais un franc marécage, fascinant, aux fumerolles aguicheurs, une mare de boue tissée d'arbres tentateurs à qui voulait se pendre, et luisant comme un nacre brisé voluptueusement étreint par une mousse suintante. Une terre inondée habitée de feux-follets, guides attirants aux jeux traîtres et brillants : venez donc, approchez... Le trépas n'est jamais loin en ces lieux détrempés. Le plus doux des trépas, le plus conciliant aussi, une mort aux échos humides, ointe d'une boue épaisse, aux promesses alanguies de renaissance végétale.
Il était donc une vase, mais alors une vase chaude, et toute graine germerait entre ses bras ardents. Ses yeux invitaient à une perte joyeuse, une errance délicieuse entre des courbes offertes. Ses lèvres appelaient à une réponse, son corps vibrait dans l'espérance à demi révélée d'un entrelacs charnel.
L'autre répondit, tirant lentement sa main, laissant battre à sa paume la chaleur refusée. Randall n'était pas glace à fondre, moins encore pour une Bête. Il lui laisserait sa lumière cannibale, son volcanisme affamé. Les laves de son regard ne brûleraient pas cet homme... Il en avait vu trop, ses os étaient anciens et ses mains lasses, inaptes aux jeux somptueux de la Bête, rêches d'un givre tenace.
Bartel n'aurait pas ce monstre là, c'était un vieux loup, et son poil gris enflait encore.
Il grimaça à l'autre un sourire amusé.


-Toujours ce ton plat alors ? "Humains", mais diable, que le terme semble fade dans ta bouche ! Ah, Randall, épargne moi une ternissure trop prompte, être humain n'est pas si terrible... Indécent peut-être, au vu du monde que nous façonnons, mais agréable en soit. Je t'assure.
Il caressa la table du plat de la main, goûtant le contact frai du marbre. Les êtres vivants n'avaient pas l'apanage de la sensualité ; certaines matières valaient presque la chair. Un bois tendre, une pierre lisse... Il laissa dériver sa paume, appréciateur et souriant.
Et rien n'est plus beau que la magie des rues ; non pas les tours sophistiqués, mais la magie toute simple, celle à laquelle on accole du "passe-passe" négligeant.
<< A part peut-être une chair offerte >>, ajoutaient ses yeux d'absinthe diluée, versée à bas la boue. Des yeux pour cette ville, poèmes sphériques aux danses bourbeuses. Des yeux liquoreux et amers, des yeux d’Égaré. Plein des astres des mondes qui se frôlent.
Cette magie là ne perd jamais ses saveurs, et peu importe son cadre.
Il hocha la tête à la demande de son hôte, fleurissant en un nouveau sourire. Privilégié en fin de compte, pour l'insolence qu'il déployait comme des ailes parfumées- des ailes de suie, brillantes et aimantés.
Cette attention particulière me flatte : le gérant lui-même, quêtant ma faim ? Tu finiras par me faire rougir, Randall. Et dieu sait qu'il en faut, n'est-ce pas ?
Il se fixa sur lui, finalement, cessant de faire dériver son regard sur la salle et l'agréable marbre. Ses mains s'immobilisèrent ; comme si la Bête tournait maintenant toute entière son attention vers lui, tendant son corps et son esprit.
Je suis curieux de savoir ce que tu jugeras bon pour moi. Tout est-dit : je te laisse choisir ma commande.

Il prit le silence pour cape, espiègle au compte goutte.

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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Sam 12 Avr - 8:20

« Début d'un échange »

Bartel avait toujours été un singulier personnage, pensée qui venait de Randall était un peu comme l'hôpital se moquant de la charité, mais le fait demeurait que ces deux hommes étaient fondamentalement différents et très opposés à tous points de vue. Le feu et la glace, l'air et la roche, l'amusement et le sérieux, le jour et la nuit, quoique ce dernier point soit discutable lorsqu'on les connaissaient un peu plus. Qui, excepté une certaine sirène, pouvait savoir que le propriétaire de l'Underground aimait sortir par les jours de grand soleil afin d'aller observer les humains dans leurs parcs fleuris, notamment au Printemps, observant dans l'ombre des grands arbres ces créatures à la fois si fortes et si fragiles, savourant leur petite vie éphémère au milieu d'espaces naturels colorés et tout aussi éphémères. Randall était un mystère que l'homme préférait entretenir afin d'éviter qu'on ne l'atteigne d'une manière ou d'une autre, cependant Bartel avait le mérite d'une sincérité à toute épreuve et d'une franchise à faire rougir des fraises, comme disaient les humains, ce qui plaisait au Guide Libre qui ne manqua pas un léger sourire aux paroles de son interlocuteur. Il avait conscience que les humains n'avaient rien de fades, leur vie trop courte, leurs corps trop fragiles, leurs petites manies... Qui aurait pu croire que cet être venu de Ténébris apprécierait les humains ? Pour ne pas dire "aimerait", d'une certaine manière ? C'était pour cette raison, entre autres choses, que son garde-manger spécialement conçu pour créatures cannibales ne recelait que des criminels purs et durs coupables d'actes impardonnables aux yeux de leurs propres semblables, ainsi au moins faisait-il le ménage dans les rues de la ville tout en faisant tourner son propre commerce. Qui regretterait un violeur et un tueur en série ? Pas grand-monde, voir même personne et c'était ce qui important. Le geste de Bartel sur la table de marbre n'échappa pas au propriétaire qui le regarda faire avec un air presque appréciateur, un léger sourire s'inscrivant sur ses lèvres si blanches, irréelles, surtout en écoutant la suite de ses paroles.

- Je le sais oui, votre race est fascinante à sa manière et la magie demeure très présente par bien des façons.

La main de Randall vint caresser doucement le marbre de la table qui s'avérait presque tiède sous sa paume d'être gelé. C'était comme lorsque vous êtes frigorifié et que vous vous appuyez contre le chauffage afin de sentir une douce chaleur émaner de celui-ci, sauf que contrairement à un être humain, le propriétaire de l'Underground ne se réchauffait jamais, son corps demeurait aussi gelé que son cœur et son âme, ou ce qu'il en restait. Le fait que Bartel tenta encore une fois de faire son malin ne manqua pas d'amuser l'être hors du temps qui hocha légèrement la tête, un calme olympien s'affichant toujours sur ses traits. L'humain voulait jouer et, bien que Randall ne soit pas un expert dans ce genre de jeux, il pouvait bien s'y prêter un peu. L'ambiance était agréable, les clients calmes et profitants d'un bon moment, il avait donc un peu de temps libre devant lui.

- Il t'en faut beaucoup en effet, tu n'as jamais été du genre timide. Mais soit, pour toi j'imagine un repas copieux et digne d'une certaine époque aujourd'hui disparue. Une viande de qualité, des légumes rissolés, des fruits frais et une eau claire et pure, quoiqu'un vin de qualité puisse également convenir. Rouge, cela va sans dire.

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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Dim 18 Mai - 16:02

On aurait pu tuer le jour entre les crocs de Randall. Plus gelé que l'hiver, impassible comme la roche ; un véritable supplice de froideur et de rigidité. Acéré en ses angles, taillé comme un bloc de glace jusque dans sa silhouette même, découpée de manière anguleuse par son costume sempiternellement funèbre. Bartel, ici, n'avait pas l'apanage de l'analogie paysagère, et s'il était une infinité de falaises où rugissait le vent, tout autant de monts cascadant de forêts bruissantes et cent mille vallées explosant de verdure, creusées de tourbières et brouillées par les orgies des faunes, son hôte lui, avait toute la prestance impitoyable du grand nord, hommage aux plaines de glace et de neige, aux branches épineuses, à la nuit de trois mois qui jamais ne frise l'aube.
Mais il n'était pas que pâleur, flamboyance argentée et carne blanche agrippée, chiche, sur un échafaudage d'os emboîtés pour former une étrange constitution anguleuse et frappante : ses gestes eux mêmes trouvaient écho dans l’Arctique, résonnant à l'ifnini sous le soleil de minuit. Caresse lascive, pâle comme une avalanche, lente et appréciatrice, gourmande de la tiédeur du marbre. Une douce ondulation de sa main fine sur la table, glissade d'un affamé pour une brève expression de contentement sur les trais escarpés de Randall -on aurait fait de l'alpinisme pour grimper de ses pommettes jusqu'à ses yeux-, tout juste dans l'éclat ravivé brièvement par une flamme étrange, des ses yeux aussi bleu que l'azur rêche d'au-dessus la banquise. Un bref jaillissement d'humanité sur sa face impavide ; mais le satyre n'était pas dupe.
Il sentait jusqu'au moindre fourmillement qui visitait le cœur prétendument asséché de Randall. Et derrière cet air impénétrable se cachait bel et bien un être plus humain que ne le laissait voir sa froideur légendaire, une créature pleine de curiosité qui portait plus d'intérêt qu'on ne le pensait à tout ce qui lui tombait entre les pattes ; et de fait, Bartel savait qu'il intriguait son hôte, quand bien même ce dernier n'en laissait rien paraître. Il pouvait suivre la danse lente et hasardeuse de ses émotions, perçant les masques enfilés sans avoir à faire même l'effort d'une attention portée. A son Empathie, jetée et volage, captant toutes les brumes tenaces qui montaient dans l'Underground, l'ancien guide était doté d'un cœur aussi battant que celui de tous les clients de son établissement. Peu importait que la floraison de se sentiments ne déploient pas de pétales jusqu'à la plaine marmoréenne qui lui tenait lui de visage : les fragrances qui montaient depuis le fond de son âme palpitaient jusqu'aux sens de Bartel. Dés lors qu'on le savait sensible, Randall semblait bien moins intimidant... Le Faune n'était pas intimidé par sa face impavide, ni par sa vêture funèbre. La créature -il n'était pas un homme, l’Égaré l'avait saisit depuis longtemps déjà- semblait appartenir à un autre temps que celui dans lequel elle évoluait, le siècle dernier peut-être, même au milieu de la foule qui assaillait son établissement.
Mais les forêts ne se souciaient guère des époques humaines, et suivant leur exemple, le Faune ne s'embarrassait plus des manières curieusement analogues à celles d'un autre temps qu'affectaient son hôte ; d'autant plus que Randall était à Hellishdale comme un bouton d'ivoire dans l'échancrure d'un costume, à sa place et bien moins exotique qu'on l'aurait cru  d'abord. Un étrange et courtois personnage, pour une ville à l'aspect victorien, à la mise impeccable, aux gestes emprunt d'une force tranquille, monstre de pâleur anobli par un maintient aussi froidement parfait que l'étaient ses vêtures ; nécessaire bourgeoisie de semblable cité, austère, irréprochable, à la richesse reconnue et à l'aura énigmatique. Le vampire de la ville, en quelque sorte, autour du nom du duquel s'agglutinaient des contes fantasques- mais trop minutieux pour que jamais la vérité vienne s'étaler toute nue sous un grand jour publique.
On ne prenait jamais Randall à exécuter le moindre faux pas dans la chorégraphie diaboliquement inexorable qui caractérisait la tenue de son établissement, et il semblait pourtant engranger cet ordre par manière d'acquis. Bartel n'aurait pas eu l'audace de prétendre y comprendre quoi que ce soit, mais il aimait à l'observer faire preuve de cette étrange organisation ; pour lui qui était devenu étranger à toute forme d'activité professionnelle, c'était là un spectacle des plus désopilants. Le monde entier se calquait sur des horaires absurdes, fonctionnant au tempo d'horloges réglées avec une minutie à faire frémir le vent. Le faune restait sur le côté, hors de la trajectoire de leurs aiguilles tranchantes, se riant de cette manie déplorable qu'avaient les Hommes de découper le monde comme un gros saucisson... Un besoin maniaque de segmentation conceptuelle, puis concrète. Névrose ridicule à en pleurer. Depuis sa retraite sauvage, Bartel brocardait cet univers incroyablement stupide qu'avait édifié ses semblables, aussi méprisant que fasciné par la mécanique sociale. Tant de siècles pour en arriver à cette singulière civilisation... Il ne pouvait nier que c'était là un aboutissement surprenant, fruit d'une longue entreprise, mais une partie de lui persistait à n'y voir qu'un énorme gâchis.
Néanmoins, il était de ces grands fauves qui observaient l'humanité d'un œil intéressé, couché sur un trottoir. Matou alanguis occupé à jouer avec ses griffes, les yeux brillants fixés sur un monde qu'il semblait continuellement moquer. Nul n'aurait pu dire de lui qu'il méprisait complètement ceux qu'il venait tourmenter, bien au contraire. Là où se portait son intérêt, Bartel emmenait également une part de bonne humeur. Certes, voir débarquer une Bête n'était jamais rassurant... Mais celle-là semblait en bonne santé, d'une édifiante audace et d'agréable compagnie, nonobstant les réticences premières à tendre la main vers sa large carcasse où s'emmêlait une fourrure rêche et indisciplinée. On se prenait trop vite à l'apprécier, peut-être car lui-même ne manquait pas de vouer à ses compagnons -auxquels il s'imposait- de bons sentiments sincères, et cela avant même qu'on ne lui rende la pareille.  Pourtant, Bartel savait que ce n'était pas tant ce trait de son caractère qui lui avait valu les faveurs de Randall, qu'une observation menée par son hôte lui-même : la grande créature le jaugeait, tout comme lui le faisait pour le reste du monde. Elle aimait à appesantir ses yeux glacés sur lui, l'observer avec curiosité, rester attentive à ses gestes, à ses mots ; à cette vie qui pulsait dans chaque phrase, rôdait dans ses œillades, tonitruait sur ses lèvres, à ses poignets, dans la prose que ses membres inscrivaient sur l'air noir. Comme tous les êtres froids de corps, Randall était attiré à la manière d'un papillon de nuit par ce fanal ardent qui lui tenait lieu d'être, entraîné vers cette chaleur sourde qui s'échappait de son étrange invité par une chaîne invisible... Car il était l'intermédiaire entre les mondes qui se frôlaient, un monstre charmant agréé par les Hommes et ceux qui en prenaient l'aspect, né dans l'abjecte grisaille des mortels, transité par les ténèbres, rené à l'éternel printemps qu'il affectait d'incarner avec un brin d'arrogance. Et en cela sûrement était-il attirant, abolissant toutes les frontières et s'offrant aux mains qui voulaient bien toucher sa peau chauffée par le soleil, éraflée par les vents, creusée par le sel et enluminée de coupures occultées par un temps infini à chômer sous le ciel, immolant la faim et la fatigue pour mieux profiter d'une vie que beaucoup auraient jugé pétrie d'inconfort- que pourtant on se prenait parfois à envier, à la faveur de cet éclat fugace qui élevait le satyre jusqu'au rang de grand Pan. Étrange créature, un fauve à dompter du plat de la main ; non en frappe mais en caresse. A moins d'être, à sa manière, une Bête. Et cela, Randall l'était. Dans le fond glacé de ses tripes, au-delà de sa figure impavide, bien au-delà de cette apparence boréale qui lui collait au corps... Non pas de ces monstres à errer sous les branches, à emmêler leurs membres aux buissons épineux, nourris dans l'éternel fraîcheur des forêts balayées par le vent. Il était de l'arctique, horreur polaire glissant sur la banquise, dévalant les montagnes rocailleuses et drapées dans leur linceul neigeux. Surgissant de la grêle, poussé par le vent du nord et affûté sur le tranchant des glaciers. Silhouette douloureusement anguleuse où s'écorchaient les yeux.
Et pourtant, ils se trouvaient bien là, piètres monstres en fin de compte. A se tourner autour du cœur, maraudeurs dans le mouvement des yeux, rôdant sans trop en faire vers l'étrange et familier vis-à-vis que leur tendait le soir. L'un s'offrant dans une foule accoutumée de paroles et de gestes, entraînant l'autre en ses grimaces cordiales, aimables défilés de tortillements de lèvres ; l'autre en question gardant ses rictus pour lui même, affectant la courtoise surannée d'un siècle mort dont les us et coutumes avaient contaminé ses manières jusqu'à lui donner des airs de vampire délaissé. Ils n'avaient pas la même musique au bout des doigts... Chacun sa partition pour faire battre son cœur. A cadence différée, une autre vie inscrite dans le grouillement des mots.
Bartel voyait bien quelle chanson ils s'étaient mis à jouer, et cet air lui plaisait. Il en aimait les notes et les accents aventureux, le parfum âcre et excitant ; puisqu'il était question de jeu, et que Randall avait choisit de s'y adonner ce soir. Ils étaient fauves, oui... Ils en avaient les jeux, les tours de griffes et les rictus. Sourires ciselés et prestance indomptée. Au delà de ses beaux airs, de ses costumes soignés, Randall avait encore en filigranes sur le cœur la portée de ceux qui rôdaient la nuit, crocs découverts et regards assassins. Et ses yeux ne pouvaient en perdre complètement l'éclat. Face à un jeu -ce jeu-, ils retrouvaient un peu de cette lumière propre aux chasseurs. Ce n'était pas pour déplaire à Bartel : il avait éveillé l'intérêt de son hôte, et le fumet qui dérivait jusqu'à lui aiguisait l'appétit de l'Empathie qui s'acharnait à lui transmettre l'émotion alentour. Il en était saturé, mais la saveur de Randall lui était familière désormais, et elle se détachait assez des autres pour ne pas le laisser désarmé.
Reniflant dans un sourire hirsute, le vagabond s'abandonna à une posture plus confortable- et moins convenable. Il présageait une réponse digne de la parade amorcée.


- Il t'en faut beaucoup en effet, tu n'as jamais été du genre timide.
Un timoré n'aurait jamais osé s'approcher de Randall... Trop imposant à sa manière propre, affûté jusqu'aux commissures ses lèvres blafardes.
Mais soit, pour toi j'imagine un repas copieux et digne d'une certaine époque aujourd'hui disparue. Une viande de qualité, des légumes rissolés, des fruits frais et une eau claire et pure, quoiqu'un vin de qualité puisse également convenir. Rouge, cela va sans dire.

Grognement d'assentiment grésillant sur les lèvres. Il broncha avec un grand sourire, et dévoya ses mains dans un tambourinement appréciateur.

-Soit, tu sais parler à mon estomac. On soupçonne trop peu l'attrait d'un bon repas, et en l'occurrence... La faim me taraude déjà. Prends garde aux mots que tu emploies, tu pourrais bien intéresser mon ventre jusqu'à le faire parler.
<< Mais voyons, ais-je à me plaindre ? Tu prends soin de moi, Randall. J'apprécie, vraiment. Dis moi, où vas-tu trouver tout cela ? Un si bon repas, hum... Non, je ne m'inquiète pas de savoir cela.

Un geste de désintérêt. Ses yeux brillaient d'un éclat qui révélait assez ; il avait en tête d'autres idées qu'un repas, quand bien même la perspective ne l'en laissait pas indifférent.
Une autre question, pour la route : quel prix à ce don du ciel - dont mon estomac approuve maintenant explicitement ton choix- ? Tu n'es pas sans savoir que les impératifs économiques ne sont pas de ceux qui me tracassent le plus... Mais je dois bien avoir quelque chose d'intéressant à t'offrir en échange, autre que de l'argent. Je serai trop gêné de ne te laisser que des remerciements conclut-il, et sans doute était-ce faux, mais puisque Randall avait consentis à entrer dans le jeu... Alors ils joueraient, et le Faune ne se lasserait probablement pas de sitôt d'ajouter d'autres rebondissements à cette danse courtoise.
Muant la valse en bringue, arrachant le tonnerre à sa gorge au beau milieu d'un concert de violons. Puisque satyre, détonnant toujours dans un cadre convenu : il ne laisserait pas la soirée devenir ennuyeuse.

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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Mar 27 Mai - 8:39

« Faille sous le manteau de glace »

Deux êtres si différents, si diamétralement opposés, qu'on aurait pu les croire incompatibles au premier regard, à la première écoute, à la première observation de leurs comportements respectifs. Mais c'était sans compter sur l'originalité de chacun, sur l'étrangeté de la nature qui tend à rapprocher les êtres les plus étranges et singuliers, offrant ainsi un étrange ballet entre deux créatures qu'on aurait pu croire capables de s'écharper. En vérité, rien de tout cela n'était impossible, simplement les deux hommes avaient fait un tout autre choix, celui de s'entendre, de se comprendre et, surtout, d'apprendre à se découvrir au fil du temps qui passe inlassablement. Si Randall était tout en retenue, Bartel était tout en sauvagerie habilement dissimulée derrière un amusement constant, là où son homologue avait tendance à demeurer égal à lui-même, tel un miroir de glace destiné à ne jamais se briser. Bien sûr la surface était lisse et froide, douce et pourtant douloureuse au toucher, tel le froid qui s'insinuait dans les veines de quiconque tentait de perpétuer le contact avec cette peau si blanche qu'elle en était surnaturelle, mais pour autant on ne pouvait nier que derrière cette apparence se dissimulait un être bien plus brûlant que les autres, probablement parce que justement tout cela lui avait toujours été inaccessible. Les jeux de Bartel ne manquaient pas d'attiser le feu sous la glace, mais cette dernière était beaucoup trop tenace et le feu ne pouvait pas la fissurer, pas même un peu. Pour autant Randall avait su toucher le point sensible de bien des hommes, à savoir son estomac, ce qui était déjà plaisant à savoir.

- Je prends soin de ceux qui le méritent, Bartel, rien de plus.

Mais il était évident pour le propriétaire de l'Underground que son vis-à-vis espérait bien plus qu'un repas, fut-il copieux et digne d'une époque aujourd'hui oubliée où jadis l'homme n'était encore qu'un enfant accompagné d'une fée au fort caractère. Randall s'amusait de ces échanges avec son visiteur, il appréciait toujours sa compagnie si singulière, cependant cette fois il avait conscience que l'homme désirait bien plus que ce qu'il n'avait à offrir, ou en tout cas pas de son plein gré. L'être de glace ne manqua pourtant pas de sourire, légèrement certes, mais c'était déjà beaucoup venant de sa personne d'ordinaire si calme et si immuable. Il se serait parfaitement contenté de remerciements, cependant puisque l'occasion lui en était donné, le propriétaire comptait bien en profiter à sa manière.

- Puisque tu me le proposes, il y aurait effectivement une chose que tu pourrais faire pour moi.

Un silence marquant volontairement la gravité de la demande, puis un regard brillant d'un éclat aussi froid que tout son être, sans pour autant perdre cette légère lueur qui cependant laissait la place à celle de la détermination.

- Il existerait un artefact capable d'apposer un scellé magique sur un endroit que l'on désirerait protéger. Je voudrais que tu me rapportes cet objet.

Randall, fidèle à lui-même et à son désir de protéger son établissement. Cela n'avait certainement pas été ce à quoi Bartel s'attendait, mais ce que le faune ignorait, c'était qu'un seul être dans tous les mondes réunis pouvait s'introduire n'importe où sans que rien de physique ne puisse l'arrêter... et que Randall en avait dernièrement fait les frais. Le réveil nocturne avec cet être penché au-dessus de son lit avait été assez violent pour que le miroir des apparences se brise d'un coup sec et que le propriétaire en perde tous ses moyens. Une telle peur, une telle humiliation, demeuraient bien trop présents à son esprit pour qu'il néglige de trouver un moyen magique de se protéger. Le regard de Randall se riva à celui de Bartel, acéré et dur, déterminé, cependant sa voix restait calme et sous contrôle, comme toujours. Les apparences avant tout.

- Si jamais tu avais besoin de moyens, je suis prêt à te les céder, cependant je pense pouvoir affirmer que tu es l'un des rares seuls à qui je puisse confier cette quête.

Il en allait de la sauvegarde de son établissement, de tout ce pour quoi il s'était battu et avait souffert des siècles durant, mais également de sa propre protection. Randall se sentant menacé par une entité plus puissante qu'un Architecte, c'était là une chose impensable et pourtant il s'agissait de la plus stricte vérité. Qui d'autre que Bartel était suffisamment digne de confiance pour lui apporter son aide ? Beaucoup diraient que faire confiance à cet homme était pure folie, mais le propriétaire savait faire des choix plus justes qu'ils n'y paraissaient. A voir s'il accepterait ou non le marché.

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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Sam 23 Aoû - 21:52

Il aurait pu en ronronner, acceptant la flatterie d'un air languide et satisfait. Mériter les soins de son hôte impassible ? Il était bien dans ses cordes de les réclamer indécemment, par pur goût du jeu, par simple envie d'éprouver la patience d'un interlocuteur, mais se les voir offrir... Invité des bas-fonds, dorloté par les mains froides d'un monstre trop civilisé. Vraiment ? Le rôle lui semblait étrange, mais pas désagréable. Accepté et meurtris de caresses autre part qu'au palais de Berith ; l'idée avait quelque chose d'absurde et d'exaltant. D'un monde pétris de luxure où les corps s'embaumaient aux mains chaudes d'un vent chargé d'épices, à l'antre sombre, décadente et feutrée du vampire d'Hellishdale, il n'y avait donc qu'un pas infime- un petit coup de sabot pour un satyre à la dérive ? Faisait-il donc pousser partout des ronces ? Emmêlait-il sur son passage des forêts invisibles ? Avait-il finalement réussis à traîner ici même quelque effluve trop sauvage ? Ou l'usure du temps avait-elle fait son oeuvre ? Impossible de se décider quant au miracle qui avait permis pareille acceptation de l'un par l'autre, quand toutes les apparences se liguaient pourtant pour laisser présager l'antipathie mutuelle décidément absente de leurs relations cordiales. Bien sûr, en bon faune, Bartel avait chanté, dansé, laisser traîner sa voix, ses mains, ses yeux, ses lèvres et des milliards de mots comme autant d'offrandes pour arracher à l'autre un sourire, une reddition, un signe d'assentiment... Et tout compte fait, sûrement un soir, il avait finalement réussis à mettre un doigt sur le cœur de Randall- auquel cas il ne savait lequel, tant l'Underground lui était familier depuis longtemps déjà. Tant d'années à s'inviter ici, dans le lucre soigné de la boîte, sous les lumières pulsantes où les corps s'oubliaient pour une danse, s'enchaînaient l'un à l'autre pour quelques secondes de luxure consenties dans des vapeurs d'alcool.... Mais malgré ses efforts,  le satyre ne pouvait qu'apprécier le résultat présent, guère surpris certes, tout orgueilleux qu'il pouvait se montrer quant à sa capacité à s'immiscer dans la vie d’autrui. Pourquoi se priver d'un instant de bienheureuse fierté ? Que de chemin parcouru depuis ce premier soir quelconque où il avait découvert l'Underground et son maître ; plus jeune alors, probablement plus engageant d'aspect, quand sa pilosité ne donnait pas encore dans l'excès rebutant qu'il affectait maintenant. Il ne se souvenait pas de sa première rencontre avec Randall, ni de l'impression que lui avait fait la boîte. Simplement qu'il avait pris bientôt l'habitude de venir ici chercher une chair offerte, ou le plaisir sensible de cette fièvre ambiante qui ne quittait pas les murs, peu discret mais pourtant aussi prompt à se défiler qu'une ombre comme une autre, chassée par le silence qui en venait à régner quand les lieux se vidaient, perdant tout leur attrait aux yeux du vagabond. Quelquefois, on l'avait mis dehors.
Ce soir, on lui offrait le couvert en flattant son ego. Belle preuve de mansuétude : Randall savait faire la part des choses. Ses opinions ne semblaient pas aussi tranchées que lui était tranchant, en les escarpements de sa silhouette anguleuse, preuve en étant de ce repas offert.
Bartel n'était pas difficile à contenter, à table ou dans la vie courante ; il ne fallait pas l'être quand on passait sa vie à voguer d'une forêt à l'autre, qu'on dormait souvent par terre ou dans un lit étranger qu'on ne reverrait plus ; quand les pierres vous mordaient la peau, que le soleil vous cuisait, que les vents vous écorchaient, que chaque élément amis du voyageur s'évertuait à vous ruiner le corps, à vous démolir la santé- ne réussissant tout compte fait qu'à endurcir vos os, votre chair citadine mordue jusqu'à la reddition de sa fragilité se transformant en cuir, les cheveux  salis de poussière et emmêlés après une journée à battre les chemins perdus. Non, mieux valait ne pas en demander trop quand on avait choisis une vie d’errances fécondes, d’ivresses théoriques où le vin était vent, pluie et parfums composés par la nature elle même. Il fallait apprécier de s'user dans le silence et les ruminations, couvé d'un ciel redevenu clair, s'offrir aux éléments tout en s'en protégeant ; apprécier de renaître au baisé des bourrasques, baigné dans l'éternel fraîcheur des ombres forestières, qui au contraire de leurs cousines mondaines, s'imprégnaient d'air pur et s'embaumaient d'eaux claires, d'humus gorgé auxquels on pouvait boire, et de spores féeriques dont les danses faisaient de nouvelles constellations quand les pins s'évertuaient à propager les bois. Être appréciateur quant au baiser du vent au firmament des lèvres, ne pas hésiter à  occuper des terriers abandonnés, aimer ou accepter la compagnie des bêtes sauvages et les recherches plus ou moins fructueuses d'une pitance pour calmer un estomac qu'on apprenait à rendre tout à la fois moins exigeant et plus familier à la sensation de faim. Savoir ranger le manque parmi les petits tracas quotidiens qu'offrait la vie courante- manque de nourriture, manque de confort, de société. Mais quel genre d'imbécile fallait-il être pour croire que le confort et la satiété étaient normales en ce bas monde ? Sans nier que c'étaient là des choses bien agréables, Bartel avait accepté de les troquer contre une vie plus libre et la possibilité d'un horizon élargis jusqu'à plus soif d'espace. De l'air, les chants de la terre et beaucoup de verdure : voilà qui lui suffisait à agréer un lieu. La jungle de Neverland ou les forêts obscures de Ténébris lui étaient familières, et même les contrées les plus sauvages d'Infinity, pays de cocagne frivole et serein quand on ne prenait pas la peine d'y chercher de danger, n'avaient pour lui que peu de secrets. D'abysses ténébreux en fournaises cachées, des canyons d'Inferna à ses plages méconnues, Bartel avait vu plus de couleurs déclinées sur autant de merveilles qu'aucun autre Égaré, sentit plus de parfums que des nez reconnus pour en créer pourtant, et rencontrer plus de visages inconnus que n'importe qui d'autre. Pas en un monde, mais en plusieurs, marchant un instant dans les brumes et posant l'instant d'après le pied sur le pavé d'Hellishdale, passant d'un univers à l'autre en un seul battement de cil où tous les possibles se joignaient sous des cieux différents, tournoyant à l'unisson pour composer une palette infinie de nouveaux horizons- infinis confronté au finis de sa vie, dont il savait que celui-ci viendrait sans qu'il ait jamais pu tout voir et tout sentir, à peine au fait de la pleine entièreté de ce qu'il voulait connaître. Et cette pensée le rassurait, comme la promesse d'une vie exaltante remplie jusqu'à la dernière heure. Il espérait se faire prendre en flagrant délit de bonheur par la mort, confronté à elle dans une surprise totale, sans avoir eu à l'attendre nul part dans un lit d'hôpital ou une maison douillette.
Bartel était emplis de rêves, de désirs, juvénile à jamais dans sa glorieuse errance ; trop de gens oubliaient qu'il n'avait pas trente ans. Malgré les apparences, le faune était encore jeune homme, dans la force de l'âge qui plus est, et plein de cette ardeur qu'on voyait dans tous les yeux s'éteindre avec le temps passant. Nul doute qu'elle survivrait chez lui aux années à venir... Il ne s'était jamais plus imaginé posé depuis la mort de Brocéliandre. On l'avait lancé comme une flèche dans les cieux, et il continuerait de filer jusqu'à mourir lui même. S'arrêter, c'était mourir. Que ce fut au bras d'Alice ou sur le pas d'une porte connue depuis plusieurs années. Toujours courir, toujours se précipiter vers le déclin et la douleur ; s'écorcher en y trouvant son compte, aimer sa vie d'errance, désavouer les regards accusateurs qui lui piquaient la nuque. S’enivrer sur la route qui le conduisait inexorablement à la mort, vers le défaite de son corps et l'extinction de son esprit. Vivre, vivre au plus fort, au plus haut, vivre dans la poussière et dans la boue, mourir de vivre, hurler la vie, claquer la vie, la dévorer. Souffler sur les braises qui s'éteignaient, foutre le feu là où il n'y en avait pas. Vivre et raviver. Savoir se contenter de ne recevoir parfois que cendres après l'effort donné. Tant pis, les cendres aussi avaient leur goût et leur odeur. Il fallait tout connaître, alors pourquoi pas elles ? Amertume, douleur, tristesse. Gorgé, gorgé jusqu'à s'en exploser le cœur. Gorgé jusqu'à l’ivresse.
Ce soir, pas de défaite à consommer. Randall lui offrit cette petite flatterie, et cela suffit à adoucir son caractère piquant.
Beaucoup se seraient étonnés de le savoir si facile à manier, quand pourtant sa langue semblait trop acérée ; si facile à mener, quand on le pensait retors. Caresser dans le sens du poil, disait-on... Impossible de rater le poil, ici.
L’Égaré était donc tout ouï, bourdonnant de plaisir et satisfait de voir le jeu continuer. Jusqu'où iraient-ils dans cette danse étrange ? Loin, loin, le plus loin possible, au bord du précipice. Il voulait les voir s’amener mutuellement vers le point dangereusement incertain où se tissait une forme particulière d'angoisse teintée de plaisir. Pouvoir sentir Randall s'amuser tout en s'en inquiétant, goûter à un élan de bonheur juvénile venant de cet homme raisonnable  aux embrasements secrets. Le faire tomber, le rattraper, et l'envoyer valser vers une constellation de nouveaux questionnements ; faire éclater les sensations de ce corps gelé, bourgeonnées dans et sur sa peau si froide. Semer le plaisir dans le terreau gelé de cet épiderme blafard.
Somme toute ? Lui retourner le cœur et embraser ses joues. Faire pétiller ses yeux glacés, torde ses lèvres froides. Il le ferait rire, il le ferait pleurer ; pleurer d'angoisse et de bonheur. Un jour, il ferait rendre les armes à Randall. Il lui ferait rendre l'âme ; abdication grommelée, avec un sourire pincé. Un jour aussi, peut-être, il chercherait à s'aventurer dans les draps du vampire, irait semer le feu jusque dans son sommier, jetant ses mains de lierres sur le corps granitique, envahissant son lit comme une plante grimpante. Un jour. Un soir. Dans cent ans ou un mois.
Bartel eut un sourire carnassier pour son hôte, où se lisaient des intentions pour le moins ambiguës. Rictus lupin peut équivoque, mais nullement malfaisant.
Il lui en ferait voir ce soir, ce soir comme d'autres soirs à venir, c'était certain- en son cœur, une évidence probablement stupide. Un jour, il saurait faire flancher Randall, lui faire admettre du bout des lèvres qu'il n'était pas cet être froid et sans passions qu'il affectait d'incarner face à ce monde hostile où il prenait les apparences d'un vampire trop bien sous tous rapports. Il ferait vaciller, ne serait-ce qu'un instant, sa discipline granitique, soufflerait même pour quelques misérables secondes, un vent de folie dans sa vie bien rangée. Apprendrait à l'autre qu'il fallait cesser d'avoir peur, de craindre le monde sans pitié ; l'apprivoiser comme une bête, caresser son échine osseuse, désarmer sa gueule cyclopéenne, lui faire ranger les griffes. Il lui montrerait à quel point il était simple de s'accorder quelques moments de relâchement. Lui donnerait un peu de cette sagesse étrange qui le rendait inconscient, libéré de la crainte et du joug de la peur. Il savait que Randall avait du goût pour ces choses là ; il savait aussi qu'il ne se permettait que trop peu des folies que son cœur pourtant réclamait à voix basse, hurlant sur la gamme du murmure inaudible- inaudible à tout autre que Bartel.  Il comptait bien aider ce pauvre cœur à se faire entendre.
Mais après la flatterie vinrent les complications. Leur jeux se complexifia encore, par étapes ordonnées.
D'abord un sourire. Ensuite, une demande.
Tout naturellement au premier il répondit d'office, vivace, dans un reflet légèrement plus pileux- d'au moins quelques hectares de barbes en friche crépitant sur ses joues.  Avec quelque malice et un bon brin d'orgueil ; trop fier de tirer un rictus amusé même au plus froid des monstres, tout au plaisir d'avoir la langue assez agile pour étirer la lippe de cet hôte hivernal. Puis la demande.
La trogne du satyre s'éleva dans une envolée de sourcils qui emporta des sillons sur son front, ses yeux s'allumèrent et ses lèvres muèrent le sourire en grimace. Rien qui releva du désaveux, mais quelques grammes de perplexité lui lestaient un coin de la bouche, et une lueur discrète d'amusement rôdait dans sa pupille.
Il aurait dû prendre le temps de peser ses mots, mais dés que son hôte eut finit de l'informer de sa demande, Bartel se fendit d'une de ses grimaces matoises qui se faisaient passer pour des sourires. Ceux qui le connaissaient ne savaient trop bien à quoi s'en tenir quand pareil rictus lui élaguait la barbe.
Cela n'empêchait guère Randall de savoir qu'il lui rendrait ce service, les dés étant déjà jetés, mais ce n'était pas une raison pour manquer une occasion de pimenter leur jeu en faisant des détours...


-Randall, loin de moi l'idée de me défiler, mais... Penses-tu réellement que je ferai un bon cambrioleur ? J'ai le pied léger quand il s'agit d'aller courir les bois, mais je doute fort de passer inaperçu autre part qu'en pleine forêt. Je te laisse observer l'évidence ; tu la connais depuis assez longtemps maintenant. Tiens, tu peux même la toucher si l'envie te prends de tâter d'un peu de réalité.
Un ton solennel pour un geste moqueur, offrande d'un bras tendu pour illustrer ces paroles qui une fois de plus manquaient de sérieux sans pourtant le clamer. Il fit passer quelques secondes, théâtralement perplexe, avant de poursuivre d'un ton faussement préoccupé.
Enfin, je te reprends ce bras... Je m'en voudrai de t'arracher un rire.
<< Je te pique, mon bon hôte, mais va, je ne suis pas ingrat. J'irai chercher ce fameux artefact. Indique m'en l'emplacement, et dis m'en plus à son sujet ; bon, la deuxième demande a surtout pour but de satisfaire ma curiosité... Quand bien même j'ai une petite idée de ce qui peut t'inciter à désirer pareil objet.

Un sourire entendu, une main glissant sur le marbre tiède pour l'appuyer encore. Oui, il savait bien à quel point Randall aimait son établissement, combien sa dévotion lui allait tout entière. Son territoire, sa bulle d'obscurité tamisée, son... Monde. Dont il était l'exclusif Architecte, où seules ses lois prévalaient, où le commun des hostilité restait au pas de la porte. Un bel aboutissement auquel vouer son existence. Resplendissant joyaux de ténèbres dans la crasse d'Hellishdale. Randall avait su s'édifier un beau palais des ombres.
Trop de gens auraient voulu le voir tomber, n'était-ce que pour la suavité de la chute, au moins pour la beauté du geste.
Zone neutre, dangereusement proche de faire éclore sous les constellations fantoches des lumières artificielles une vérité trop peu cachée, et pourtant toujours grimée en multiples légendes qui sautaient de bouche en bouche comme une toux infectieuse ; l'Underground inquiétait parfois dans les hautes sphères, quand bien même son gérant était pourtant un modèle d'équité, à sa manière. Randall ne faisait pas semblant d'être investis corps et âme à préserver son petit territoire en restant d'une proverbiale impartialité : il ne prenait réellement aucun partis, refusant d'être mêlé à cette guerre froide à laquelle il affectait d'être totalement indifférent, tout comme au reste du monde... Quand bien même au fond de lui, le Vampire redoutait trop qu'on ne vienne lui ravir cette liberté qu'il avait arraché de manière opportuniste. Bartel avait beau ne pas comprendre son choix de se terrer dans les bas-fonds et d'y demeurer pour y goûter aux ombres comme à une douce liqueur, il avait bien saisis au moins que Randall ne vivait aux crochets de personne, et que c'était là le plus important pour lui. Cette forme de liberté lui semblait incomplète et douteuse, mais l’Égaré savait bien que peu de gens partageaient ses jugements dans une majorité des cas ; après tout, un satyre ne pouvait pas engranger les mêmes pensées que n'importe quel humain... Tout du moins Randall faisait-il ce qui lui semblait bon. Il vivait dans la peur, reclus dans cette cage d'acier et de marbre, mais c'était un nid qu'il avait édifié avec amour et soin. Un territoire qu'il s'était façonné à partir de décombres. Bartel pouvait le comprendre, tout comme il comprenait d'autres choses, certaines plus obscures, d'autres presque évidentes et pourtant bien cachées. Une partie de lui appréciait le travail de Randall à sa juste valeur ; une autre réclamait de le voir s'abandonner au désordre et à l’imprévisible.
Il savait que cette soirée ne verrait pas la réalisation quasi-évangélique de semblable miracle. Mais qu'importait après tout : la compagnie de Randall lui était agréable, et un bon repas s'apprêtait à lui tomber entre les pattes.
Quittant ses airs rusés, le satyre se fendit d'un nouveau sourire à l'intention de son hôte, non dénué d'une certaine lascivité.

Je suis honoré de cette proposition, quoi qu'il en soit... Du moins, je le suppose. Peut-être m'as-tu choisis car ma disparition serait un moindre mal ; tu sais combien de gens voudraient me voir à... Ou non, plutôt cesser de me voir. Tu leur rendrais un grand service en m'envoyant au casse-pipe.
<< Mais je ne pense pas que tu leur ferais pareil plaisir, les pauvres. Alors je vais accepter cette réalité saugrenue : que tu me fasses confiance. Je me demande bien pourquoi étant donné que je ne me confierai même pas un pet de vache en bocal, cependant, j'apprécie assez l'idée pour ne pas trop chercher à dévoiler les causes de pareille méprise. Je suppose que personne n'est parfait, même les vampires engoncés dans de somptueux costumes gardés miraculeusement propres.

Un regard pénétrant et un sourire féroce. Déjà sa rhétorique soyeuse et caustique refaisait surface...
... Et pourtant, aussi vite qu'elle lui était revenue, il la perdit au profit d'un air méditatif. Quelques secondes, l’Égaré sembla réfléchir à un tracas soudain. Ses yeux songeurs se posèrent sur Randall, illisibles livres ouverts sur des pensées secrètes. Quand il reprit la parole, Bartel le fit d'une voix posée, presque douce. Son ton était bas, mais il porta assez pour couvrir partiellement la rumeur brutale de l'Underground.

Je devrais parfois m'émousser la langue. Je suis vraiment touché par cette marque de confiance, même si je ne la comprends pas. J'aimerai te rendre la pareille- enfin, tout du moins m'ouvrir un peu aussi, corrigea t'il avec prudence.
<< Ecoute Randall, j'aimerai te montrer quelque chose. Si je te donne rendez-vous en journée, viendras-tu ? Tout ça n'a rien à voir avec nos affaires, mais cela va faire de longues années que je viens t'indisposer ; je ne doute pas que tu en saches beaucoup sur moi, que ce soit de choses que j'ai confié ou d'autres que tu auras découverte par toi même ou par l'intermédiaire d'autres personnes... Un homme aussi prudent que toi ne se serait pas laisser approcher par un  hurluberlu de sinistre réputation comme moi sans d'abord prendre quelques précautions.
Mais il y a quelque chose que tu ne sais pas, que tu ne peux pas savoir. Une chose que je tiens à partager avec toi, et que tu ne pourras comprendre que si je te guide.

Un sourire tordu emprunt d'amusement s'arracha de nouveau à sa barbe.
Enfin, si tu me permets l'expression... Elle semble assez malvenue,  dans la bouche d'un Égaré.
Un rire au coin des yeux, toujours.

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Dernière édition par Bartel Pan le Jeu 4 Déc - 18:55, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Dim 24 Aoû - 8:31

« Accords et confiance »

D'aucun diraient qu'accepter un être comme Bartel dans son établissement était une erreur préjudiciable. Ne serait-ce même que le tolérer malgré quelques écarts de conduite, à une certaine époque, avait suffit à quelques personnes pour tenter de discréditer les décisions prises par le propriétaire de l'Underground, mais pour autant celui-ci n'avait jamais douté de ses choix quant aux êtres qu'il laissait approcher et ce n'était certainement pas ce soir encore qu'il le regretterait. Bien sûr l'homme aimait à se jouer des choses, créature libre et sauvage, retenue par nulle attache et qui allait où bon lui semblait, quand cela lui prenait. L'ancien Ténébrien observait le ballet de cet homme sans jamais intervenir ni réclamer quoi que ce soit de cette chaleur qu'il dispensait sur son passage, se contentant de rester à distance, comme toujours, tel le vieux vampire dont il le qualifiait parfois qui observe le monde sans jamais s'y impliquer. Cœur gelé, cœur glacé, cœur frigorifié et tremblant de ne pouvoir battre comme il l'aurait désiré. Était-ce son origine partiellement humaine qui faisait de lui un être secrètement en souffrance ou bien était-ce simplement son amour pour le monde des humains qui l'avait rendu ainsi ? La réponse était là, cachée sous l'épaisse armure de glace et de vent hivernal plus rude que ceux de Aerials. Nul doute que sa froideur y aurait eu sa place, mais ses émotions, aussi habilement et profondément dissimulées étaient-elles, n'auraient jamais pu lui permettre d'être accepté. Ce soir encore, il venait de faire un pas vers quelqu'un, le dernier en date étant pour un Architecte étrange qui était le seul à être accepté entre ces murs, jusque dans ses bras, bien que jamais il ne se passa rien. La quête d'une chaleur réconfortante capable de réchauffer ce corps et cette âme gelée semblait trop dangereuse. Se brûler n'était pas une option, aussi seul le soleil avait-il le droit de caresser cette peau, tandis que le cœur chérissait secrètement d'autres aspirations. Bartel avait toujours eu le verbe moqueur, pour autant il y avait ce soir également une teinte de sincérité dans sa voix et ses mots, à peu près autant que le propriétaire en avait mis dans les siens. Les questions vinrent cependant, poussées par la surprise d'une telle requête, d'une demande sur fond d'obligation presque cordiale malgré le piège des propos. Car oui, lorsqu'on venait à l'Underground, il était de bon ton de bien choisir ses mots, car Randall ne laissait jamais rien passer, pas même les sous-entendus.

- Je ne t'ai pas choisit par hasard, cher Bartel. Cet objet est habilement dissimulé dans une forêt profonde et l'on dit que seuls les faunes sont capables d'en déjouer les pièges et les dangers. Tu n'as nul besoin de connaitre les raisons qui me poussent à l'obtenir, mais sache simplement que cela ne causera de tort à personne.

Mais devait-il lui avouer, dans le fond, que ce qui le poussait ainsi n'était rien d'autre que la peur de voir son intégrité et sa sécurité compromises ? Le faune comprendrait sans doute, mais il pourrait aussi songer à retourner l'artefact contre lui ou même le donner à un autre. Bien que Randall lui accorda sa confiance, il n'était pas encore tout à fait certain de pouvoir confier une information aussi vitale dans l'immédiat. Il faudrait encore du temps, beaucoup de temps, avant que Bartel ne puisse entrapercevoir ce qu'il espérait pouvoir toucher du bout des doigts chez le propriétaire de l'Underground. Ce qu'il voudrait voir arriver n'avait rien d'impossible, mais de par sa chaleur et sa vie si colorée, il se retrouvait piégé à l'extérieur dans l'attente de voir le blizzard s'approcher de lui-même. La glace qui fond ne disparait-elle pas sous les flammes ardentes ? Son existence si précaire ne vaut-elle pas qu'on la préserve ? Et si sous la glace se tapissait le démon, ne vaudrait-il pas mieux l'y laisser emprisonné ? Peu pouvaient s'enorgueillir de connaitre un tant soit peu Randall et l'on pouvait dire qu'une seule personne, dans tous les mondes réunis, pouvait y voir clair et de ce fait avait su pousser l'être isolé à se protéger davantage encore. C'était là une déception, car le propriétaire avait commencé à s'ouvrir progressivement et voilà qu'il se refermait d'un claquement. Malgré tout, les trop rares liens tissés demeuraient encore accrochés, d'où cette demande un peu osée. Il savait que Bartel comprendrait les mots qu'il avait employé, toute la gravité de la solitude cachée derrière le simple fait qu'il n'avait vu personne d'autre pour cette quête, ce qu'il lui prouva d'ailleurs par ses mots prononcés. L'être gelé savait qu'on en avait après le faune et que beaucoup auraient aimés le voir disparaitre, mais les mots usités et le sourire féroce ne manquèrent pas de faire naitre un autre léger sourire en coin chez Randall. Qui pouvait deviner ce qui se cachait dans cet esprit figé dans le temps ?

- Ceux qui espèrent ta disparition ne seront pas satisfait par la mission que je te confie car, aussi étonnant que cela puisse te paraitre, s'il j'avais eu quelques certitudes quant à ton échec et ton décès dans cette quête, je ne t'y aurais pas envoyé.

Un aveu sur fond de sincérité, Randall ne voulait pas voir disparaitre le faune, tout comme il le laissait toujours venir s'abriter ici et chercher de quoi se contenter. L'Underground était un refuge dont le propriétaire choisissait soigneusement qui pouvait rester et qui devait partir, tel un monde dans le monde, microcosme où lui seul régnait en maitre incontesté, où ses employés l'appréciait et le respectait, où il régnait avec équité et justesse, sans que jamais personne ici ne manqua de rien. Peut-être aurait-il pu aider dans un monde comme Infinity, apportant sa part de sagesse et de paix, mais en vérité, le monde des humains n'avait-il pas besoin d'un endroit neutre comme celui-là ? Un jour peut-être, si l'envie lui prenait de fuir, il pourrait s'en aller vers des cieux plus cléments, mais la liberté de choix, fut-elle acquise au prix d'une autre part de liberté pourtant tout aussi précieuse, ne devait jamais être cédée à la légère et, à ce jour, Randall comptait bien demeurer ici, dans ce monde, au sein de son propre château aux pierres froides et aux vents glacés sillonnant ses couloirs. De son côté, Bartel se fit plus méditatif sous les yeux clairs et glacés de son hôte, ce dernier écoutant avec attention le ton bas et doux qui étaient eux-mêmes si rares chez le faune. C'était l'heure des confidences et ça n'était pas vraiment déplaisant. La proposition ne manquait pas d'audace ni de panache, quoiqu'un questionnement interne vint secouer Randall dont la curiosité avait été touchée. L'être de glace observa Bartel avec réflexion, puis finit par acquiescer doucement, répondant d'un ton posé et presque serein, sans doute parce que le simple fait d'évoquer le jour lui faisait songer au soleil et à ses rayons. Ses traits s'adoucirent faiblement, si peu que cela aurait pu passer inaperçu dans toute cette agitation, excepté pour celui qui lui faisait face.

- Je viendrais, oui. J'aime à me promener en journée lorsque le soleil est au rendez-vous. Assure-toi qu'il fasse beau ce jour-là et tu me verras.

Randall ne pouvait nier que tout cela était intéressant, tout comme il songeait que Bartel se faisait bien plaisant dans son comportement.

- Je m'étonne de te voir si conciliant, toi qui tient tant à ta liberté de mouvement. Tu vas te lester d'un être bien trop mesuré pour ta grande vivacité. Cependant je suis curieux, aussi ais-je hâte de voir ce que tu me réserves.

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Surnoms honteux: Trop pour les citer ; on le dit volage, sauvage, presque fou peut-être. Amusez-vous avec ce matériel.
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MessageSujet: Re: Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]    Lun 15 Déc - 22:53

Au briquet de mes lèvres, je t'allume je t'allume- puis au vent de mes mains j'éparpillerai tes cendres

Il ne savait pas les corps qui se chauffaient dans le glissement des draps, les peaux frottées l'une contre l'autre, jusqu'à s'user les nerfs au travers de la chair, jusqu'à s'enduire mutuellement de sueur en y perdant ses mains sur le corps convulsé, en démantelant ses doigts sur un torse mouvant, houleux comme une mer, une longue vague soyeuse aux algues de veines, arabesques versicolores sur les poignets offerts. Une vague habitée d'os et d'une écume de sang, frangée de transpiration tiède. Il ne savait pas s'éparpiller les mains sur le récif des cottes, s'engourdir les lèvres sur la peau qui s’allume, n'avait pas connaissance des reins qui dansaient, ondoyaient comme des mirages fuyants sur le lustre du brouillard charnel, des corps qui se tordaient comme les flammes d'une bougie, tremblaient, cédaient-  s'envolaient en fumées, quand l'apothéose offrait ses grâces traîtresses, son plaisir à peine coupable, sa gourmandise comateuse et languide, explosive, complice et criminelle. Un univers tout entier de luxure devait lui échapper, le comble pour un homme ayant édifié son établissement dans les brumes sulfureuses des bas fonds.
Mais il avait, à l'écouter, la science des choses les plus élémentaires. Il connaissait le soleil et ses caresses, le plaisir des vents doux par les journées dorées. Les matins aurifères, les rues désertes enveloppées de lumière. Les petites aubes sans bruine, silencieuses et chantantes, l'éveil engourdis de la ville après une nuit dangereuse- une de plus. Pourtant, on avait du mal à l'imaginer hors de ces murs, le grand vampire, s'offrant le plaisir d'une petite tranche de jour... Plus encore, c'était presque une gageure. Si improbable. Une vision comique à dessiner sous les paupières, une image qui tira à Bartel un rictus amusé. Randall buvant les rayons du soleil, comme un lézard sur une pierre plate... Il n'arriverait plus à s'ôter cette image du crâne, désormais. Imaginer la Bête de l'Underground se ressourcer sous les caresses de l'aube, tout heureux d'une promenade dans un beau matin blême, ragaillardis d'une bonne goulée d'air frais... Non, c'était décidément trop improbable, étrange, déconcertant. L'idée lui plaisait bien. Elle seyait parfaitement à un esprit aussi turbulent que le sien. Turbulent oui, et parfois complaisant.
Se voir donner du Faune fit pétiller ses yeux. Aucun doute, Randall savait comment manier ses interlocuteurs... Malicieux sans le paraître, tissant sa toile avec douceur, de ce ton neutre si particulier, enveloppant d'un filet soyeux de mots bien choisis celui auquel il s'adressait. Il en fallait beaucoup, pour impressionner un homme aussi éloquent que Bartel par sa maîtrise du langage ; Randall n'avait aucun mal à s'attirer ses faveurs à ce sujet. Il savait jouer de sa voix, tournoyait avec grâce dans une conversation pour entraîner avec une douceur arachnéenne son interlocuteur là où il lui plaisait. Sa modulation, son attitude, la musique grelottant dans sa gorge comme un cristal de givre et de miel gelé... Bartel aimait à l'entendre, à l'écouter manipuler avec le soin de bibelots en porcelaine les mots éclos à la lisière acérée de ses lèvres pâles, comme les premiers perces-neige de l'hiver. En fermant les yeux, il pouvait presque le voir souffler ces mots tel un  maître verrier filant de délicates baguettes aux harmoniques saturniennes, patient, antique, marbre vêtu de noirs atours floqués, menant en douceur une conversation avec un art consommé de la sobriété. L’Égaré se laissait volontiers conduire, ravis de voguer entre les mots bien choisis du Vampire. Qu'il parle, le brave homme ! Un Faune tendait l'oreille pour goûter à son discours patient, à ses réponses onctueuses. Tout ouï, à tel point que c'en était presque un compliment muet- prose galante dans ses yeux pétillants,  brodée sur ses lèvres, taillée au burin sur ses traits attentifs. Ce visage si expressif, si mouvant, qu'il en semblait presque agressif, toujours en éclosion dans le printemps qui pétrissait sa chair.
Si Bartel se complaisait dans la luxure et dans la gourmandise, ce n'était que pour une seule raison : l'autre, si proche à l'Empathie, est toujours un trésor. Se délecter de lui, cueillir les rires à sa bouche, tirer des grognements de sa gorge, se nourrir au cœur même d'un étranger que ses nerfs ont fait siens, nerfs-barreaux qui transformaient son corps en cage, brouillant les frontières de leurs peaux, joignant leurs os, faisant d'eux un vague brouillard de parfums, de formes, de sons, de textures, de goûts... Plus proches que ne le serait jamais leur chair dans l'étreinte amoureuse, mais aux seuls sens dévoyés de l'impérieux Satyre, ce tyran dont l’ivresse était entretenue par un Don qui ne pouvait échoir qu'au descendant de Pan. Ce don qui le conduisait auprès de l'épanouissement timoré des sentiments de Randall, tout proche d'en savoir plus, mais jamais tout à fait certain de ce qui s’agglutinait sur le fil tenu de sa conscience. Probablement ne percerait-il jamais la muraille gelée qui entourait cet homme- ce Vampire, comme il l'appelait toujours, ce prédateur aux manières impeccables, aux habits sombres et propres de magicien. Mais il ne laisserait pas le charme singulier de Randall lui ravir la parole. Certes, il avait là son égal en matière de rhétorique agile, mais aucun d'eux ne l'emporterait sur l'autre ; et depuis longtemps tous deux avaient compris que la courtoisie de l'ancien Guide ne suffisait pas à déstabiliser un Faune. Au contraire, Bartel l’accueillait toujours avec chauffant son œil un éclat appréciateur, savourant le tableau singulier qu'ils formaient. Une Bête bien dressée, engoncée dans un joli costume,  échangeant avec un animal sauvage  puant cent mille parfums qui imprégnaient sa peau comme une étoffe moisie, les lambeaux décomposés du drapeau d'un pays qui glissait dans le vent.
Cette fois encore, il ajouterait à la situation un peu de ce piment qui dansait sur sa langue acrobate.


-Tu sais trop bien flatter les faunes, Randall... Une séduction propre aux vampires, je suppose ? Si je ne savais pas tout déjà sur le sujet, je te demanderai de m'enseigner ton art. Tant de tours de magie cachés au fond de tes manches... J'en serais presque à attendre l’apparition d'un lapin, si seulement ce tour là n'était pas plus inquiétant que drôle, à Hellishdale.
<< J'irai chercher ton trésor, vas. Je te le ramènerai avec un bouquet de fleurs pour égayer les tables, et quelques champignons pour agrémenter tes plats. Du gibier aussi, peut-être... ? Fais ta liste de course, j'irai faire la cueillette. Je suis tout à toi.

Et toujours cette grimace étrange, ce sourire ambigu inscrit comme une balafre au travers de son visage barbu.
Tu vas devoir me faire confiance- que j'apporte ton intriguant bibelot, que je n'empoisonne pas tes clients... Mon pauvre !, tant de gens s'empresseraient de te dire que l'idée est mauvaise- je te suis gré de préférer ma voix à la leur. Non pas que je sois surpris, après tout je l'ai belle, il faut bien le reconnaître...
Il l'avait surtout élastique, souple et chaude, rauque et grésillante comme un feu de camp, bleue et verte comme l'ombre des forêts.
Au risque de me répéter, cette marque de confiance me touche, Randall ; et quelle délicatesse d'avoir pris en compte ma sécurité ! Tout ce velours cache donc un cœur doré ? Ce costume, un écrin... ? Prends garde, tu commences à me plaire au-delà du raisonnable. Me nourrir, me flatter, attirer mon regard... Il n'en faut pas bien plus, tu sais ? Je suis aussi facile à contenter qu'un chien- un chien errant, qui plus est.
Et ses yeux n'en finissaient plus de s'embraser, ses lèvres de fleurir. Il y avait bien là quelque chose d'impérieux, une traction qui s’effectuait depuis son regard espiègle, son sourire langoureux et vorace. De toute évidence, il ne se passerait rien ce soir, probablement même n'iraient-ils jamais plus loin. Mais Bartel n'aurait pu cesser d'exercer son charme et sa séduction même s'il l'avait voulu. Elle fourmillait dans sa chair, proliférait dans ses paroles, chatoyait dans ses yeux et habitait ses gestes. Un chant dans ses veines, une démonstration de sa gueule de carnaval. Un chapiteau dans la poitrine, des yeux de sémaphore, des mains braisées aux gants vivants de cuir. Perpétuelle mouvance organique.
C'était définitif, il n'était pas très beau ; mais à défaut d'exhiber un faciès agréable, il était foisonnant de vie, abondant en rictus, aussi complet à lui seul qu'un écosystème, aussi dense qu'une forêt primaire. Sans doute un homme à explorer, au moins à fouiller pour y trouver quelque sombre secret. Ou bien il s'abattrait tout seul, comme une averse de printemps écrasant les bourgeons et nourrissant la terre- fertile et meurtrier, à n'en plus finir d'assassiner et de donner la vie dans le désordre de ses danses faunesques.
Brutale également. Dans le geste, dans la parole- et dans l'aveux.

Enfin, ne me laisse pas faire de détours, je m'éloigne Randall. Une mauvaise habitude.
Si tu t'étonnes de me voir prêt à accepter une petite entrave, saches que moi je le suis de te savoir appréciateur des jours ensoleillés. Imaginer la bête hors de sa tanière... On en finit plus de s'émerveiller, n'est-ce pas ?  Ne serait-ce que pour te voir savourer la caresse du soleil -à défaut des miennes,
disaient ses yeux- je tâcherai de te convier par une belle journée. Fais toi beau toi même, d'ailleurs, je vais te présenter à une demoiselle.
Un jeu de sourcil peu équivoque et une grimace affablement malicieuse pour mettre fin à ses aveux. Il n'en dira pas plus à ce sujet, tenace à garder quelques mystères à dévoiler un jour... Ou bien à laisser flotter, prenant garde à rester toujours aussi insaisissable que les faunes dont il s'était efforcé de suivre le mauvais exemple.
Quoi qu'il en soit, n'ais crainte pour ma vivacité, elle restera intacte. Tu m'envoies dans un endroit bien mystérieux, et cette idée me plaît.. Si le voyage me permet également de te rendre un service, tant mieux, argua t'il en toute innocence, tournant la situation à son avantage avec une puissante mauvaise foi. Quant à ma liberté de mouvement, je ne crains nullement de la restreindre trop amplement... Je n'ai pas donné de date, Randall. Ni évoqué de délais, d'ailleurs. Va savoir quand je te reviendrai avec cet artefact ; va savoir quand je toquerai à la porte pour te sommer de me suivre... Et je ne te promets pas de rester sage jusque là, qui plus est.
A peine encourageant, n'est-ce pas ? Bartel ne se montrait pas des plus rassurant, et à le connaître, on ne pouvait savoir si ses mises en garde servaient son jeu rhétorique ou une véritable volonté de prévenir son hôte. Quant à compter sur lui pour éclaircir son discours tortueux et fluctuant, il ne fallait très certainement pas y compter. Ou plutôt pas du tout. Il n'eut à offrir à Randall qu'un sourire charmeur et un sombre regard, probablement plein d'étranges promesses... Puis son corps s'ébranla dans un mouvement drapé royal de son manteau miteux, puant et rapiécé. Il se leva avec lourdeur, s'éloigna souplement, fit quelques pas bien amples, et tendit au Glacier une main semblable à du vieux bois, fiable, usée, mais toujours jeune.
J'ai déjà trop parlé ce soir, mon bon Vampire. Serre moi le sabot et quittons nous pour cette nuit ; il y a de quoi attraper un mal de crâne ici... Enfin, je vais d'abord trouver une pauvre âme à raccompagner, je m'en voudrais de quitter l'Underground les bras trop légers, ballant le long du corps ; il me faut quelqu'un pour les lester, sans quoi je vais me mettre à dériver dans la nuit noire, et je m'égarerais probablement. Une deuxième fois, ah... Tragique, n'est-ce pas ?
<< Mais avant ça, dis moi donc où diable j'ai le devoir d'aller poser les mains pour te rendre ce fameux service. Une description, un dessin, une photo... Indique moi le chemin, Randall. Je suis tout ouï.

Et il l'était, sans aucun doute : alerte et vif, plus qu'en début de soirée. Car, pour lui, et ses yeux le clamaient, détonant comme deux furieux brasiers nourris d'absinthe, la nuit ne faisait que commencer.

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Fièvre d'un soir obscur [PV Randall]

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