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Politesse canine ; deux chiens se reniflant... [PV Eric]

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Chasseur d'horizons - Ombre sauvage
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MessageSujet: Politesse canine ; deux chiens se reniflant... [PV Eric]   Lun 30 Déc - 1:41

On l'appelait cabot, corniaud, sac-à-puce sur deux pattes, sale chien, clochard, salaud- bête. On lui disait : tu es une bête. Une terrible bête, pestilentielle et râpeuse, une pelisse rêche aux parfums dégoûtants, avec des crocs des griffes, des regards qui retournent les tripes, des regards aux yeux de terre retournée. Pour sûr, un sale animal, une créature des taillis qui renversait les poubelles pour y trouver pitance, laissant sur son carnage planer une agressive odeur d'urine, jetée là en jet flavescent, abandonnée aux narines délicates d'une populace grisâtre. Une de ces bestiole qui sortait nuitamment de ses bois noirs, furetant près des villes, parfois dans les jardins... Les enfants se racontaient des histoires sur ce genre d'animal qui venait hanter les rues. Pareillement, et puisque le nom de Bête lui convenait si bien, les enfants se murmuraient des contes suintant de peur sur Bartel. Une ombre sauvage, drapée d'oublie, qui portait ses sabots dans la ville. L'odeur trop riche des sylves laissées vierges accompagnait ses pas, elle était emmêlée comme seules savent l'être les vieilles forêts qui s'enlacent sur des terres endormies par une éternité à se gorger de pourriture. D'aucun la disait affamée de chair- d'autres de sang. On s'accordait sur la puissance magnétique de ses yeux, son contact impérieux et terrible, dur, violent, rugueux. Ses cheveux rêches avaient un parfum âpre qui vous étourdissait, ses mains râpaient la peau comme une pierre constellée. Il puait comme une crypte, étincelait comme un trottoir au soleil, vomissait des odeurs et des chants qui naissaient dans la boue ou au sommet des arbres. Il était, et ce pour le malheur des yeux, qui s'égaraient sur lui, un paysage embrouillé aux courbes cannibales. De bouches à oreilles, de papiers à pupilles, d'internet à l'esprit, l’Égaré renaissait en cent légendes obscures, une floraison cireuse et poisseuse qui drapait les soirées de son parfum enivrant. Il attirait les pensées dans le noir, éveillait les craintes sourdes, tapies dans leur caverne, qui ne sortaient qu'à la brume pour se repaître de frissons. Il peuplait la citée de l'absinthe de ses enfants monstrueux, rumeurs venimeuses, acérées, insidieuses et perverses. Un meurtre irrésolue, une disparition ? Les lèvres s'agitaient, les langues sifflaient.
La Bête. La Bête était en ville. La Bête avait eu faim, elle revenait les hanter.
On disait de Bartel qu'il était le malin, satyre sanguinaire aux doigts d'acier et aux grimaces funestes. Il venait de l'Enfer pour se repaître d'innocence et de vices- il fallait au mal ces deux pitances pour subsister encore. Aucun ne l'avait vraiment vu, ou bien si peu, et pour quelques secondes. Quand il se jouait des citadins péteux en prenant l'apparence d'un démon, avivant les légendes qui courraient dans la ville comme un sang riche et noir, liqueur sublime aux flaveurs douces-amères, Bartel ne faisait pas bien plus que de lâcher quelques grognements, d'entamer des poursuites qui finissaient bien vite, pour l'un par une course et pour l'autre de légers ricanements... Il se moquait des bonnes gens et des enfants du soir, barbouillés pour la fête et imbibés d'alcool, flottant dans leurs fumées tel un spectre affamé. Affamé de chair ou bien de sang, peu importaient les rumeurs traitant de l'obscure sujet : affamé d'eux, d'une manière ou d'un autre, quel que fut le sens qu'on donnât à la formule. Ses fringales laissaient la ville tremblante ; une partie de la ville seulement en réalité, celle qui battait au rythme des légendes. Cette parcelle de la cité n'existait que la nuit, ou pour quelques instants dans un cercle serré, quand les enfants tournaient ensemble autour d'un danger qu'ils ne connaissaient pas... Amusant tout compte fait, quand on y pensait mieux, que de croire qu'il était lui à l'origine de tous les malheurs d'Hellishdale, quand en réalité on le désignait bien volontiers victime. Le folklore urbain le désignait comme un monstre. Il s'en serait voulu de détromper toutes ces âmes friandes d'obscurité ; jeter des ténèbres sur leurs soirées trop pâles lui était un plaisir, et il savait que les frayeurs distillées par ses soins rendaient heureux bien des affamés de contes noirs. Pourtant, il ne pouvait passer ce costume de bête fauve qu'en soirée, quand les rues s'encraient à la plume de la nuit, poisseuses de brumes, ricanant dans leur manteau de moire. En journée, il n'était plus une Bête. Rien qu'un chien errant sans pairs ni famille ; qu'on appelait cabot, corniaud, sac à puce sur deux pattes, sale chien, clochard...
Et pourtant, il y avait aujourd'hui un autre chien errant, un roquet citadin à la mise négligée, fatigue en berne, cheveux au vent, le regard furtif. Une vraie bestiole chasseuse, un renifleur de gibier, qui dans son costard froissé, avait flairé sur lui une odeur alléchante, nonobstant les frusques nauséabondes engoncées comme de coutume avec malice. Avec sa dégaine de traîne-misère tourmenté, sa veste en cuir abrasée et son râble affiché, l'inconnu ne ressemblait pas aux limiers ni aux loups. Il n'avait pas la carrure d'un coureur sylvestre, l'allure racée d'une bête élevée pour la curée... Rien du bon vieux chasseur, et pourtant, c'était bien à cet exercice là qu'il s'essayait maintenant. Plus surprenant -ou bien pas le moins du monde- : il avait l'air familier à ce jeu là.
Bartel conclut donc dés les premières secondes que l'inopportun avait bien du poil gris, et que ce n'était pas à un chiot qu'il avait affaire là. Inconcevable alors de le manœuvrer comme un bougre habituel, d'une simple torsion de lèvres et d'un geste empestant la misère. Il faudrait se montrer plus habile- plus loquace.
Il faudrait jouer. Peu importait la raison de cette confrontation, il la découvrirait bien assez tôt... Pour justifier qu'on vienne l'interroger, elle devait être assez louche et barboter dans des eaux trop profondes. Des eaux où voguaient un Lapin et des Chats grimaçants. Ou ce genre de mers là, traîtresses, hantées, pluvieuses et remuées de squame.
Bartel se redressa dans ses frusques, familières aux habitués de la place, et faisant l'effort de quitter des yeux sa raison de fureter ici, au milieu de la foule, il fit face plus franchement à l'intrigant cabot. Barbe en friche, cheveux emmêlés tortillés par la brise et vêture misérable, il offrait le piteux tableau d'un clochard comme on en trouvait par milliers dans les mauvaises histoires ; la réalité étant, peut-être, la plus mauvaise d'entre elles.
Ses yeux tourbeux étaient pourtant trop vifs, et son sourire par trop attirant encore. Il ne tendit pas de main, mais malgré ses quatre bons centimètres de moins que le Chasseur, son allure misérable et sa pose négligée contre un mur, Bartel faisait presque bonne impression.
Presque.


-B'jour. Vous m'voulez ?
Il étrécit son regard, les paupières faussement lourdes, la langue moins agile que de coutume. D'un geste mou et vague, il indiqua la fontaine. L'inconnu s'y laisserait-il tromper ? Sûrement pas ; il n'avait l'air d'un naïf opinant de bon gré.
J'écoute la d'moiselle. Si vous pouviez magner alors, hein...
Car, toute proche, sur le rebord de la fontaine... Orcynie, telle un ange de musique et de lumière dégringolée du ciel, jouait de son violon chéris, loin de ses mains, de ses mots, mais à portée d'oreilles.

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Kairec <3
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La morale commence là où s'arrête la police.
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MessageSujet: Re: Politesse canine ; deux chiens se reniflant... [PV Eric]   Dim 2 Fév - 15:57

S’installer à la présidence et de là faire bander la France.
Eric venait d’arriver dans la ville d’Hellish. Il avait mis les pieds dans son motel miteux la veille au soir et avait trouvé un bar dans une ruelle. Il avait descendu trois doubles scotchs et avait rejoint sa couche. Commencer à enquêter à une heure pareille n’était pas nécessaire. Il avait pris une douche et s’était étaler sur le lit en boxer. Il avait entreprit de regarder la télévision et avait allumé le poste pour tomber sur une chaîne. Un documentaire sur l’univers carcéral. Il ne comprenait pas grand-chose, l’anglais n’étant pas très facile à parler pour lui. Il devait rapidement trouver un interprète s’il voulait faire la lumière sur les événements qu’il se passait ici. Il commencerait à vadrouiller dès le lendemain. En attendant, la voix doucereuse de la télévision eut raison de son sommeil.

Mais, à cinq heures du matin, l’ancien flic fut réveillé par le son de l’émission de variété qui passait à ce moment-là. Un grognement quitta ses lèvres alors qu’il sentait la migraine attaquer son crâne. Il s’extirpa du lit et  s’étira. Il coupa la télévision et chercha à tâtons sa veste. Il s’en empara et fouilla ses poches pour en sortir  une boîte de médicaments. Il prit deux cachets identiques et rangea l’objet au fond de ses poches avant de se rendre jusqu’à la salle de bain ou il attrapa un gobelet pour avaler les comprimés. Puis, il posa son regard sur son reflet dans le miroir. Il avait une sale tronche. Ses yeux étaient cernés et son teint blafard confirmait la mauvaise nuit qu’il venait de passée. Le whisky avant d’aller dormir n’était définitivement pas une bonne idée. Mais il s’en fichait bien. De retour dans la chambre, il n’alluma pas la lumière. A quoi bon titiller sa migraine plus que de raison. Il jeta un  œil à l’horloge du radioréveil. 5h45. Il était bien trop tôt pour quoi que ce soit. Il se rallongea alors, espérant pouvoir dormir un peu.

Pourtant, lorsqu’il rouvrit un œil à huit heures, il n’avait pu dormir qu’une vingtaine de minutes. Et ses rêves étaient troublés par les visages de Sarah et Caleb. Il se leva alors et s’habilla en essayant d’oublier le marteau piqueur qui s’était logé dans ses synapses. Il prit son imperméable et vérifia que tout était dedans : Clés, portable, flasque de whisky, paquet de cigarette et paquet de chewing-gum. Il descendit jusqu’au restaurant du motel et en poussa la porte. Les arômes de cafés et de tabac froid le prirent à la gorge et le firent grimacer. Ca ne fit qu’accentuer sa migraine. Il jeta un œil circulaire à la salle, observa la foule. Un vieil homme sirotait un café dans un coin, une femme bien trop maquillée essayait de négocier le prix d’un pancakes avec le serveur. Et un homme et un petit garçon discutait en souriant. Eric espéra qu’ils pourraient quitter cette ville pourrie rapidement. Il s’installa au comptoir et commanda un café noir, sans sucre. La serveuse, aussi fade que son établissement, versa le liquide dans une tasse qu’il but immédiatement. Il s’alluma une cigarette et elle lui fit glisser un cendrier. Il leva les yeux vers les informations et essaya de comprendre ce dont ils causaient.

Il quitta l’endroit un petit quart d’heure après, laissant ces gens faire leur travail. Il ne savait pas encore par où commencer. Il y avait eu plusieurs disparitions, des cadavres. Et puis, le reste. Deal, prostitution, altercation, guerre de gang. Rien qui ne l’intéressait réellement. Ce qu’il voulait apprendre, c’était sur ces cadavres retrouvés, dévoré par on-ne-savait quoi. Mais il devait trouver à qui parler. La lumière du soleil le fit grogner mais il avança quand même. Il voulait se rendre sur l’avenue principale, curieux de voir quels étaient les commerces et les commerçants. Certains d’entre eux étaient certainement au courant de tout cela. Surement. Mais, alors qu’il descendait la rue, un son s’éleva dans les airs. Il avait déjà entendu ce son avant. Cette mélodie. Elle était rocailleuse en un sens mais elle reflétait énormément de chose. La tristesse, la colère, la mélancolie… Et puis la vie, aussi. Il le voyait comme ça, une partie sur la descente aux enfers et une partie sur sa remontée miraculeuse. Comme happé par le Tzigane, il se laissa guider au travers des rues pour finalement atterrir sur une petite place au centre de laquelle se tenait une fontaine. Et sur le bord, une femme. Peu chaudement vêtue pour la saison, la demoiselle semblait dans une transe musicale, ne faisant plus qu’un avec son instrument. Eric resta quelques instants sans bouger, les mains au fond des poches. Puis, il se reprit. Il jeta un œil à la scène et pu voir plusieurs personnes installées en terrasse de café qui observait la demoiselle, et puis, dans un coin, un vieux sans-abri. Et, comme si la musique l’avait aidé à faire le ménage dans son esprit, il eut un flash. Les vagabonds qui trainaient en ville étaient ceux qui étaient le plus susceptible d’avoir vu quelque chose en pleine nuit. Et si la plus part de ses anciens collègues n’accordaient aucuns crédits aux paroles d’un mendiant, c’était pourtant eux qui avaient surement le plus d’indices. Eric contourna alors la fontaine et approcha de l’homme qui l’avait vu arrivé de long. Il n’avait pas particulièrement l’air avenant, notre ancien flic. Il ne souriait pas, avançait d’un pas nonchalant et n’essayait pas tellement d’être aimable.

« ‘jour. » répondit-il lorsque celui-ci le salua. « J’aurais quelques questions à vous poser si vous le permettez. » lâcha-t-il d’une voix calme, posée, sans réellement intonation.

La jeune femme continuait de jouer derrière lui et Eric pouvait tout à fait comprendre que le pauvre gueux n’avait qu’un petit plaisir, celui de voir la demoiselle jouer. Alors il s’écarta.

« Je vous en prie, je peux tout à fait attendre la fin de sa prestation. »

Il s’adossa au mur près de lui et s’alluma une cigarette, en proposant une à cet homme. Pas par pitié, par reflexe. Il inspira le poison et laissa les veloutes de fumées quitter ensuite ses lèvres. Il observait la violoniste. Elle n’avait rien de particulier aux yeux du vieux blasé qu’il était. Oui, son jeu était bon, elle laissait sans aucuns doutes transparaitre ses émotions dans son morceau… Mais ça n’allait pas plus loin. Il attendit donc la fin du morceau en observant son vis-à-vis. Si tout dans ses vêtements et ses objets disait qu’il n’était qu’un pauvre clochard sans avenir, sa posture et sa manière d’être criait autre chose. Tant et si bien que le brun se questionna sur la véracité des propos qu’il pourrait tenir. Mais après tout, ce serait déjà mieux que rien.

« Je suis désolé de vous avoir déranger pendant ce spectacle. » s’excusa platement le détective.

Il ne voulait pas froissé un homme qui pourrait avoir quelques informations pour lui. Il se décolla alors du mur et le regarda.

« Je vous offre un café ? »


HRP ; J'ai pris la liberté de la chanson, hésite pas à me le dire si ca colle pas. ;)
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Chasseur d'horizons - Ombre sauvage
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MessageSujet: Re: Politesse canine ; deux chiens se reniflant... [PV Eric]   Ven 21 Fév - 15:49

«- Je vous en prie, je peux tout à fait attendre la fin de sa prestation.

Il n'en fallut pas plus, Bartel hocha la tête, d'ors-et-déjà distrait. Il était homme à profiter de genre de permission... A les rafler, même du bout tordu de ses lèvres. Sans faire plus de commentaire, il reprit donc le fil jamais perdu de cette musique sacrée, résonance céleste vibrant sur les doigts de son Ange. A à ses oreilles au moins, les notes soupirées depuis les cordes tenues contaient tout ce qu'il avait raté- tout ce qui avait cessé d'être son quotidien trop fade, ce collier de perles grises s'entrechoquant mollement qu'on osait nommer "vie". Les babioles en plastique ne lui avaient pas suffit, il avait voulu plus, sensiblement plus beau, plus fort, quelque chose qui agrippe les narines, fasse chanter tous ses sens ; il l'avait trouvé, alors. D'abord sur les lèvres d'une dangereuse floraison, entre et contre ses épines acérées, drogué du contact délétère d'une plante venimeuse au magnétisme noir. Puis, au terme de cette fleur, empoisonnée, puante et délicieuse, fascinante horreur dans ses dentelles gothiques, il avait trouvé son nouveau chant d'aurore. Sa maîtresse, plus vaste, plus intense- moins belle, de cette beauté sordide qui collait à la chair, une  beauté sinuant entre des côtes élevées, mais plus généreuse, plus franche dans ses attentes : la nature. Pan. Le Faune, enfin, avait trouvé son cœur, y plongeant ses doigts tâchées de chants noirs dans une danse d'extase. Depuis ce temps d'errances abjectes, transfigurées d'un souffle, il tissait ses colliers de fleurs, d'épices, d'herbes vertes odorantes : on ne le reprendrait plus à se complaire ici, dans le faste immonde d'une ville qui dévorait ses enfants. Une mère éclatée, dispersée aux quatre vents fétides, mère indigne et vorace, ne prenant pas même la peine de les garder, lépreux, entre ses bras de brumes. Elle les tenait au loin, au bout d'une laisse indifférente, orphelins de cœur et lésés de reconnaissance. Personne ne voulait plus d'eux, chiens moins que riens, errants sans charmes. On détournait le regard ; quand on daignait le pose sur leur face entachée d'une liberté coupable, arrachée d'une poignée de main fatale dans une ruelle sordide, alors c'était pour leur jeter des pierres. Brocards, lapidations, mépris doucereux de ceux qui ne savaient pas... Et la ville, doucement, déroulait ses anneaux, resserrant son étau sur les plus intrigués. Elle chantait de sa voix rauque, tirant sur le bitume les âmes les plus fragiles, sirène au squame exhibé dans chaque rue, voluptueuse perdition incarnée sur une paupière fardée, dans un sourire aguicheur dégoulinant de moquerie. Elle ne soulevait ses jupes souillées qu'au dernier moment, au geste de trop vers son intimité... Alors on pouvait voir toute l'horreur de ce précieux mystère, et quand l'on se détournait, honteux d'une vision sale, corrosive au passé, les dés étaient jetés ; il était un peu tard pour se couvrir les yeux, pour regretter la partie. On constatait sa perte, on comprenait aussi : qu'on avait rien compris, justement, au jeu auquel on jouait. De repentir, cependant, il n'était plus question... C'était une sorte de pari qu'on ne pouvait faire qu'une fois, et que cette unique fois, on perdait fatalement. Alors, il ne s'agissait plus d'arracher une pitié, à quelque vieux visage rassurant à l'esprit... Il n'y avait plus que le monde, hostile- les mondes, terrifiants de vastitude. Aucune main à saisir, et si jamais des doigts venaient, ils vous crevaient les yeux. Personne ne voulait d'une gueule barbouillée de chagrin, personne ne voulait de ces regards implorants et des moues strangulées entre deux joues rougies, personne ne voulait de ces paupières salées, de ces cils trop vifs dansant pour la tristesse. On aurait tué les voix dans leur gorge pour ne pas entendre leurs plaintes, leurs regrets spasmodiques jetés à bas dans une crise de remords plus intense que l'extase. Tous ces possibles bercés ! Perdus. Ces visages, ces peaux, ces mots qu'on s'adressait ! Perdus. Cette vie qu'on avait cru mauvaise ; perdue, perdue, perdue. Tout était perdu. Dans la solitude éclectique qui s'acharnait alors, on trouvait tous motifs à aimer ces choses là, ces belles futilités et ces douleurs nécessaires. Des nébuleuses de regrets montaient au cœur comme des nuages d'acide, des sanglots feulaient, tigres écorchés d'une douleur démente, et les pupilles se faisaient cercles enflammés dont les creux aguicheurs vomissaient un appel à des larmes attentives. Et la peine venait vous griffer le visage, exaltée, furieuse, dans une dans aux pas rouges qui gonflait les iris. C'en était vite fait d'une terrible souffrance qui vous rongeait les tripes, ne laissant qu'un néant, le vide le plus palpable qu'on puisse imaginer. On le sentait, distendu en soi. L'absence de douleur devenait une torture, les spectres de ce larmes qu'on avait maudit, un indigne calvaire. On avait l'air bien aise, alors, à regretter ses pleurs, à songe qu'une danse fébriles des cils valaient mieux que ce mutisme intérieur. Il n'aurait pas fallu s'en inquiéter, pourtant : toujours ils revenaient, acharnés.
Bartel avait son propre remède à ce mal aux dents trop longues... S'il ne pouvait plus toucher cet étrange temps passé du doigt, reprendre dans sa main aux lignes affirmées celle d'une sœur chérie, il aurait une vue tout du moins, vers ces jours tués de son propre chef. Il retrouverait l'univers éclatant ranimé d'une musique écoulée, chatoyante, d'entre les doigts de sa sœur. Il ne porterait plus de cuir, hérissé de clous et délavés, groggy dans la salon à force d'avoir tenter de contenter sa Belle, ténébreuse et piquante... Il n'aurait plus droit à cette intimité avec les mélodies d'Orcynie, ces instants fluides parfumés de senteurs familières. Les meubles, les murs, la moquette au sol...  Et pourtant, tout sentirait comme son enfance, inquiétante et banale, terrible et rassurante, quand le monde tanguait, trop grand, menaçant de lui tomber dessus, quand les murs dansaient et que tout s'enflammait dans un flou magistrale d'images, d'idées pataudes, un marasme volcanique irisé, dégoûtant, odorant, délicieux marais de candeur et de lenteur d'esprit. Puis au sortir de cette valse nauséeuse trempée dans le sirop, il y a eu Orcynie. Orcynie, c'était la petite chose qu'il fallait protéger, douce créature aux yeux lointains qui souriait avec hésitation, s'enfermait dans sa musique comme dans une cage luxueuse, et regardait le monde derrière son épaule, cachée dans ses cheveux. Lui était le gardien de son univers douillet, le soldat au garde-à-vous devant la porte de son beau monde imaginaire. Il ne pouvait pas y entrer, et peut-être son rôle était-il ingrat... Mais il lui avait plu, il avait tenu à cette étrange bulle d'existence. Orcynie n'avait que six ans quand il l'avait quitté : elle s'accrochait déjà à son violon comme à une autre mère. Elle parlait, quoique peu, et le regardait comme s'il eut été une huitième merveille, l'horizon tout entier posé devant ses joues. Elle l'avait connu trop tard pourtant, quand déjà il mirait une fleur carnivore ; s'approchait, se piquait, et tremblait sous l'effet du poison, convulsé par cet amour toxique qui l'avait fait renaître. Elle n'avait que trop peu danser pour ce frère d'avant la Belle, qui brasillait doucement dans son âtre cendré, attendant une bourrasque pour raviver ses flammes. Sûrement ne se souvenait-elle que de l'escogriffe blafard, enrobé de frusques sombres, noirci jusqu'aux cils par ses vêtures gothiques, une pâle créature noueuse et flegmatique ne vivant que pour une fleur, une rose empoisonnée dont chaque piquant portait le tétanos- se consumant doucement, entre des mains dangereuses, trop longues, trop expertes. Ce frère aux passions ridicules, acteur impuissant d'une comédie tragique. Et quand il avait ôté son masque aux losanges fanés, tiré de ses épaules sa cape empoussiérée, il était trop tard pour lui présenter un nouveau visage. Son chorège décédé, Bartel n'avait plus eu qu'à quitter la scène, et si son chemin était fleuri, ce n'étaient que de bouquets jetés après la pièce. Comme si il eut mérité quelque acclamation pour son jeu pitoyable, un rôle pittoresque et risible au dénouement funeste... La représentation finie, il n'avait ressentit nulle joie, et pire même, si la nostalgie était un mal hérité de la rate, alors la sienne était rongée, suintante de pourriture, et son rejeton l'avait hanté au départ comme un spectre acharné. Il pensait alors être devenu la proie d'une maladie trop forte, que la mélancolie était sa douce, corrosive, terrible et persistante diathèse. Chimer était alors son dû- pas pour longtemps. Il s'était fait à tout cela, l'avait laissé derrière... Les bouquets de fleurs s'étaient flétris dans leur papier cartonné, abandonnés au sol, les plumes de corbeau dont il s'était paré avaient perdu leur lustre ; jaspées la première heures, elles étaient devenues ternes à l'ultime. Il lui arrivait, parfois, de regretter ces jours sombres d'avant l’Égarement... En ce temps là, nonobstant les eaux noires où il menait sa barque, louvoyant entre les rocks tavelés d'échardes d'autres épaves, étrangères à sa vie, Orcynie continuait à danser, quelque part, image ondoyante sur une parcelle d'ombre, une vision, glissée là, comme un rappel à la simplicité... S'il n'avait pas suivit ce mirage d'un monde plus doux, étrange parhélie dans son ciel grisaillé, enivré de noirceur, lui préférant le sémaphore obscur qu'incarnait Brocéliandre, Bartel n'avait toutefois jamais cessé de garder un œil dessus. Parfois sous ses paupières, il revoyait le gris explosé d'un iris familier, un œil nuageux hanté d'un vert fantasque- absinthe céleste et boréale, diluée autour d'une pupille fixe. Là-bas, dans ce regard connu où soupiraient les anges, il voyait qui dormait toute sa sérénité. Elles chuchotait encore, escarbille mourante, tenue loin de sa vie d'errance aux calmes piquants, endiablés par une constante frénésie d'exister ; s'il était un plat, Bartel était relevé de salsa. Mais il aspirait parfois à retrouver la beauté d'un instant musicale, sanctifié sur les cordes enfiévrées d'un violon. Le chapelet des notes apaisait son esprit, quand dans une vénusté sans nulle autre pareil, il retournait pour un temps près des mains d'Orcynie, rendues magiques par la passion, près des yeux d'Orcynie, perdus dans les vagues de son océan de rêves- près du cœur d'Orcynie, aux oraisons trop pures, les prières d'une enfant qui ne voulait que chanter, du bout corné de ses doigts... Les jeux en kyrielles de ses mains ménestrels éveillaient au fond de lui des souvenirs doux-amers, à la fois douloureux et plaisants. Il aimait à songer à ce temps passé autant qu'il souffrait de le savoir révolu- paradoxale au fond, dans sa douce liberté. Pour rien au monde il ne l'aurait cédé... Pas même pour un regard de la sylphe en extase.
Nonobstant quoi, il était troublé par le glissement de l'archet, par l'envolée des notes et par leur retombée. A cette averse là, plus qu'à toute autre, il acceptait de se livrer, l'âme trempée de musique. Imbibé pour quelques instants de cet étrange onirisme qui faisait Orcynie ; perdu dans les vapeurs qui entouraient son monde lointain, retranché derrière le ciel saccagé de ses yeux. Presque proche d'elle une fois convié en son antre impalpable, imprenable citadelle de rêves accrochée aux cordes, qui d'une vibration, étendait ses couloirs vers les oreilles présentes... Un peu d'attention accordée à cette mélodie fauve, féline dans ses mouvements plombés, un peu grinçants, développés pour mieux s'éteindre- chaque musique née de l'archet semblait-être la dernière. Ce dont Orcynie ne pouvait pas parler, ces choses que la Ville avait repeint de brume, le violon les chantait. Lui ne savait se taire, et le bois n'oubliait pas : ses doigts toujours, en se posant sur les cordes, évoquaient le temps passé, un monde enchanté aux plaies toujours saignantes. Les doigts d'Orcynie n'avaient pas oublié ce frère désespérant, aux fringales de ténèbres assoupies près des courbes d'une floraison inique. Ils avaient continué de développer son image au travers de leurs jeux, et sûrement ne cesseraient ils jamais. Bartel en venait parfois à se dire qu'en devenant Égaré, il s'était du même coup fait plus intime à sa sœur qu'il ne l'aurait jamais été en restant sagement auprès d'elle... Sa musique parlait d'abandon, une fuite qu'elle ne comprenait pas et ne pouvait saisir. L'esprit à jamais clôt sur son jardin secret, elle avait fait entré ce sentiment vague d'une absence qu'elle ne pouvait nommer, autorisant cette émotion étrange à franchir ses barrières. En disparaissant, il avait finalement pénétré le monde secret d'Orcynie ; rejoint son cosmos à mille lieu du sien, et dans le reflet vagabond de ce frère qu'elle s'était recréer, qui hantait sa musique comme un spectre tenace aux masques familiers, il retrouvait parfois des échos de ce qu'il avait été... De ce qu'ils avaient été, ensemble.
L'archet crissait sur son cœur, les notes faisaient leurs rondes au milieu de ses tripes. Et la musique, frénétique, plongeait le monde dans sa mémoire saccadée et tremblante, soufflant sur les illusions cacochymes d'Hellishdale. Un monde en camaïeux de mensonges convaincants, monochrome de vapeurs au souffre trop peu discret- un dessin à la craie sous l'embellie vernale, et cette pluie là chuchotait le doux nom d'Orcynie. Orcynie qui, songeuse, appelait doucement son frère.
<< Qui es-tu ? Où es-tu ? Quel étais ton visage et quel était ton nom ? Je danse seule désormais dans mon jardin secret, les fleurs qui y éclosent ont sur leurs pétales des mots que tu m'as laissé. Mon ciel pur s'assombrit quand le soleil s'éteint ; l'éclipse de ton visage hante mes cieux oniriques. Les contours de ton corps s'étreignent et fanent sous les arbres de mon verger musical. Qui sur les touches du piano, qui sur la face caché de la Lune ? Ecoute. Je développe mes appels dans la ventre du violon. Tu entends ? Tu entends comme je cris pour que tu me reviennes ? Les cromlechs de mes salles de bal s'effritent car je suis seule, je ne veux pas danser en hiver sous l'éclat incendiaire de la cheminée bourrée de bûches. Alors que tu n'es pas là. Je ne sais plus, je crois que je posais ma tête sur tes genoux devant l'arbre de noël, je crois que c'était toi qui me montrait comme une feuille pouvait être merveilleuse, quand un crayon entre les doigts, tu refaisais le monde. J'étais loin, si loin, et toi tu me projetais des images dans le crâne, j'avais une salle de cinéma pour les films que me passais en récitant des vers. Le reste du monde se pressait au portail de mon doux univers, bruissant, pressé. Toi, tu jetais des avions en papier trempés dans du parfum au delà des murs, résigné à rester derrière mes frontières closes... Je lisais chaque poème qui tombait sur la pelouse. J'étais jeune et lointaine, toi tu étais un oiseau dénué d'ailes. Les as-tu trouvé désormais ? Est-ce pour cela que tu es partie ? Tu peux revenir maintenant, je suis sûr qu'elles sont belles, tes ailes ; fais les te porter jusqu'à moi. Reviens.
Qui es-tu ? Où es-tu ? Quel étais ton visage et quel étais ton nom ? Je manque de mains pour m'arroser, je fane à l'ombre de l'archet, épanouis dans le ciel et jetée sur la terre, au milieu des notes je valse sans cava... >>

Sa complainte infinie. Hantant chaque instant de musique qu'elle daignait lui offrir, ahanant vers ses mains sans jamais les trouver. Sans jamais les serrer.
Bartel se détourna, le cœur lourd. Assez de musique pour aujourd'hui.


-On peut y aller m'sieur. La d'moiselle r'vient souvent dans la s'maine, mais vous, s'la première fois que j'vous vois.
Il lui jeta un regard qu'il tenta de rendre soupçonneux, consciencieux à ne pas perdre son masque de misère. La musique lui parvenait encore, et une partie de son esprit, comateuse, voulait retourner se blottir dans la douceur assassine des chants ligneux du violon.
Il fouilla ses poches, négligent, pour en tirer quelques pièces qu'il présenta à l'autre dans sa paume poussiéreuse, d'un air digne un peu risible.

J'ai d'quoi m'le payer, l'café.
S'accrochant à son rôle de clochard, l’Égaré partit d'une démarche se voulant parlante quant à sa pauvreté. Il choisit un café bien tenu où on lui jeta des regards torves, qu'il rendit en souriant avec un mépris des plus élémentaires pour tout vain fanfaron. Quitte à visiter un endroit, autant veiller à ne pas y être le bienvenu, selon son habitude.
Personne n'approcha pour le servir, même une fois le traîne-nuages assis. Son regard blasé ne cilla pas, et se posa calmement sur lui. Bartel eut envie de lui aboyer dessus pour voir sa réaction.
Il se contenta d'un sourire hésitant et renfrogné, calmé par la musique et n'ayant plus aucun mal à se sentir misérable. Tant mieux. Effacer de son attitude tout charme révélateur n'en serait que plus simple.

Des questions alors ? Dîtes, v'sêtes pas d'ici. Quelles questions on peut vouloir poser quand on est pas d'ici ?

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MessageSujet: Re: Politesse canine ; deux chiens se reniflant... [PV Eric]   Dim 22 Juin - 1:13

Don't burry me, don't let me done.
La solitude avait parfois un goût amer aux yeux du vieux flic. Depuis son plus jeune âge, il avait toujours été seul. Sa timidité de l’époque n’ayant pas aidé un seul instant. Mais, là où l’on pourrait croire qu’en grandissant les personnes timides changent et deviennent plus ouvertes, lui est resté refermé sur lui-même, ne parlant qu’à sa famille proche. Et, durant son adolescence, bien des samedi soir furent rythmé par la douleur et la déception d’être seul et de ne pas pouvoir sortir faute de connaissance. Quel était réellement l’intérêt de se borné à aller dans un bar ou un café si c’était pour avoir les écouteurs de son lecteur cassette bon marché fixé dans ses oreilles et le nez dans un des premiers romans de Stephen King ? Aucun. Clairement. Alors il restait parfois à déprimer dans sa piaule en attendant patiemment l’heure d’aller dormir, espérant que ses états d’âmes soient plus agréables le lendemain. Parfois c’était le cas, d’autre fois non. C’est en partie ce qui poussa Eric à faire d’énormes efforts quand il entra dans la police. Il tenta de se nouer des contacts. Il n’était plus timide mais il n’avait quasiment aucune considération pour les personnes avec qui il passait son temps. Il les côtoyait avec le sourire le temps de leur partenariat et, ensuite, il ne donnait plus signe de vie. Jamais. C’était un peu son mode de vie et ce qui avait contribué à ce qu’il soit aussi aigri. S’il avait été plus ouvert, peut-être aurait-il été marié avec un moufflet, comme sa cousine Lysianna. Ou encore aurait-il pu aller au bout de sa passion, comme son cousin Jérôme.

Un soupire quitta ses lèvres quand il s’aperçu que la jeune femme reprenait. Elle était bien gentille, cette petite, mais peut-être devrait-elle cesser de jouer au violon dans la rue et aller se trouver un vrai travaille, qui ramènerait du beurre dans les épinards. Si elle avait été de sa famille, il n’aurait jamais laissé faire une chose pareille. Mais il taira ses pensées, ça ne regarde que lui après tout. Et peut-être sa gueule de bois l’oblige-t-elle à être désagréable. Après tout, qu’importe.  Il n’est pas là pour ça.

Il suit le vieillard les mains dans les poches. Ce type lui plaît. Il a un je-ne-sais-quoi qui parvient à tirer un faible rictus sur les lèvres du brun. Peut-être est-ce la dignité qui émane de sa démarche, de ses paroles. Ou alors le fait qu’il l’a gentiment rembarré. Il n’a pas l’air aussi misérable qu’il ne le fait croire. Alors ça attise la curiosité d’Éric. Son regard ne le quitte pas et le vois approché d’un café plutôt chic. Un sourire étire finalement franchement les lèvres du français. Un scandaleux ? Il adhère. Il capte les regards qu’on leurs porte mais il s’en fiche. Il a pris l’habitude d’être au centre de l’attention. L’histoire de Sarah avait circulé dans toute la brigade et il avait fini par prendre un congé d’une semaine le temps que les rumeurs se calment. Alors s’il doit attirer l’attention en prenant un café avec un, à première vue, sans-abris, c’est avec plaisir. Il retire sa veste en cuir et la pose sur le dossier de la chaise, révélant le t-shirt noir qu’il porte.  Ni chemise, ni pantalon de toile aujourd’hui. Juste un jean délavé et un haut informe. Il ne touche pas à la carte, il sait déjà ce qu’il va prendre. Il observe le barbu, les bras croisés devant lui sur la table. Il ne baisse pas un instant le regard, se fichant bien de savoir s’il est impoli. Le serveur vient finalement prendre leurs commandes. Il laisse l’inconnu faire sa demande et il prend un expresso noir et serré.

« Des questions un peu bateau. A vrai dire, je suis journaliste et j’écris un article sur cette ville. On adore ce genre de petit patelin en France. Et je trouve qu’il n’y a rien de mieux que les hommes comme vous pour récupérer des informations. »

Il avait mentit. Il n’allait pas dire à cet homme qu’il était flic. Enfin, bien que ce ne soit plus le cas à présent. Donc ce n’était pas totalement un mensonge. Mais rien de tel pour faire fuir un potentiel indic’ que de lui avouer de but en blanc qu’il était dans la police.

« Je m’appelle Eric et j’ai fait le voyage depuis Paris, excusez mon anglais peu convenable. »


« Je vous offre un café ? »


HRP ; Pardon pour le délai d'attente.
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Chasseur d'horizons - Ombre sauvage
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MessageSujet: Re: Politesse canine ; deux chiens se reniflant... [PV Eric]   Ven 5 Sep - 19:08

Ils étaient là, à se regarder dans le blanc des yeux comme deux bêtes sur le qui-vive, comme deux soldats tombés en face de l'autre sur le champ de bataille, comme deux marbres anciens au visage ravagé par le temps- comme une infinité de choses toutes très peu engageantes.  L'un comme l'autre avait le regard ternis, voilé de l'ombre suscitée par l'absence d'un éclat qu'ils avaient perdus en route. Bartel s'imagina passer devant leur table et les voir tous les deux, l'air fatigué, à se mirer le fond des orbites dans leurs vapeurs putrides de morosité interne, les lèvres usées, polies par le silence. Il se vit, vêtu de son vieux manteau rapiécé et puant, il vit l'autre homme qui dégageait à son odorat sensible, les effluves rémanentes d'un soir d’ivresse. Il les vit en pensée tandis qu'Eric soutenait son regard, se défaisant de sa veste pour révéler un triste t-shirt d'un noir aussi déprimant que sa mine peu engageante. Il les les vit, et décida que ce tableau lugubre ne lui plaisait pas du tout. Alors il soutira un sourire à son corps fatigué, usé par l'archet d'une sœur perdue, tira des tréfonds de sa gueule barbu un rictus qui se voulait amène. L'autre pris la parole, auréolé d'indifférence et de sérénité. Il ressemblait à une tempête sur le point d'éclater, derrière ses airs de chiens crevé. Bartel l'observa et jugea que son désintérêt apparent pour de nombreux éléments qui composaient leur monde, avait tout à voir avec la froide impassibilité de celui qui a perdu quelque chose d'important. Son Empathie s’élança, fouilla le corps fourmillant de cet homme à la face trop morose. Elle y trouva une colère latente, une brise essoufflée de curiosité. Des miettes d’orgueil dans un brouet de tranquille indifférence ; le satyre se laissa aller à goûter ce vis-à-vis étrange, comme il goûtait toujours ce qui lui offrait le monde. Il lui trouva une insipidité dramatiquement complète, quoique mystérieusement relevée. Un mélange de whisky et de café, dilué dans un étang d'eau déminéralisée.
Il se jura que ce n'était pas le véritable goût d'Eric. Et il se promit de découvrir quel parfum  avait réellement ce molosse à gueule grise.
La recherche commençait dés maintenant, une fois la commande passée. Un triste café noir assortis à ses yeux sombres, à ses mains trop fermes, et aux vapeurs de dépression niée le museau dans la bouteille, exhalées comme une respiration macabre. Pour le vagabond, rien de plus spiritueux qu'un verre de menthe à l'eau ; de quoi s'étonner un peu, de la part d'un prétendu clochard.
Mauvais acteur mais appliqué, son vis-à-vis lui fit une réponse en le fusillant du regard. Bartel se demanda s'il n'avait pas déjà croisé cet homme, et auquel cas, s'il était responsable d'un malheur dans sa vie ; mais à la persistance de l'éclat colérique qui dormait dans son œil, il comprit que l'autre n'avait de cesse d'en vouloir au monde comme à lui même. Ce point éclaircis, il se fit un devoir d'écouter les mensonges qu'on lui servait avec un manque apparent d'intérêt, portant son verre à hauteur de regard pour y faire tourner la menthe liquide qui s'y trouvait.


-... a vrai dire, je suis journaliste et j’écris un article sur cette ville. On adore ce genre de petit patelin en France. Et je trouve qu’il n’y a rien de mieux que les hommes comme vous pour récupérer des informations.
Bartel écarta le verre de ses yeux pour envoyer à l'autre un sourire ironique. Il pouvait sentir depuis sa place le goût du mensonge sur les lèvres d'Eric, l'entrevoir dans sa bouche, traçant des arabesques parfumées sur la pointe de sa langue. Peut-être n'était-il pas si mauvais menteur, mais au jeu de l'entourloupe, Bartel était plus doué... D'autant plus que son Empathie l'aidait à affirmer sa position d'emmerdeur clairvoyant. Et quelque passé que put traîner cet homme, il n'avait de toute évidence plus assez de foi en lui pour accorder à ses tromperies le souffle de vraisemblance qui caractérisait les bons mensonges. Le traîne-grisaille ne croyait pas en ce qu'il racontait ; il ne croyait sûrement pas en grand chose, à vrai dire. Et s'il ne se convainquait pas lui même, qui se laisserait tromper ? C'était un menteur dénué  de passion, professionnel et assidu. Sans nul doute aurait-il réponse à toutes les questions qu'on pourrait lui poser pour le mettre à l'épreuve, sa mécanique ouvrière bien rodé, préparé ou à l'aise en improvisation... Mais lui manquait cette aptitude à se couler dans le mensonge pour s'en faire un habit, à évoluer en lui non seulement avec aisance mais aussi s'en avoir l'air de s'appliquer pour faire au mieux. Eric était trop minutieux ; l'Empathie trop fouineuse.
De là à savoir pourquoi Eric mentait, quelles étaient ses véritables motivations... Malgré sa sensibilité accrue, atout surnaturel qui torturait et enchantait ses sens, Bartel n'était pas télépathe ni devin. Si les manœuvres de son compagnon de tablée étaient percées à jour, on ne pouvait pas en dire autant du reste de son être.
Et cependant... Toujours, l'autre semblait dégager une effluve de colère, légère, piquante, excitante même. Bartel se demanda où il pouvait en arriver en attisant cette ardeur latente. Il reposa son verre et retint le sourire qui tentait d'envahir ses lèvres si promptes à frémir. Après lui avoir passé de la pommade en le désignant comme le clochard de la situation -puisque les hommes comme lui étaient les plus utiles quand on voulait fouiner-, le Limier lui dévoila son nom en s'excusant avec une cordialité qui ne seyait pas à son visage. Un ton trop humble pour ses yeux orageux qui ne daignaient pas ciller. Bartel se donna le droit de le faire patienter à nouveau, buvant lentement son verre de menthe tout en soutenant son regard. Sans paraître y mettre du défis, il ne chercha pas à cacher ni son amusement, ni sa curiosité.
Quand il eut finis de faire rouler la boisson fraîche sur sa langue, le satyre se rencogna dans sa chaise. Puis daigna répondre, croisant les bras dans un froissement de ses manches  lacérées tout en dévisageant Eric.


-Un mangeur de grenouilles... Et ben, à l'occasion, ramenez moi du boeuf bourguignon et tout ce genre de trucs que vous bouffez, vous, là, les français. On dit qu'vous savez tous cuisinner et qu'vous buvez qu'du café bien amer. C'est vrai ?
<< Moi c'est Bartel. C'huis né ici, mes parents étaient, attends voir...  Bah, on s'en fout.
Je sais pas exactement c'que vous cherchez, mais je peux aider, ouais. Je traîne pas mal, j'entends des trucs... J'en vois aussi. Tenez, si vous saviez ! Putain. La nuit ici, y'spasse des trucs. Et vous le voyez, moi j'suis pas un soûlard ou quoi, hein, donc je délire pas quand j'dis que les rues sont pas nettes. Sérieux.

Le vagabond se renfrogna. Il ménagea un petit silence qui lui permit de réfléchir à ce qu'il voulait vraiment révéler à Eric. Sans nul doute, il ne laisserait pas l'autre partir les mains vides... Mais hors de question de lui en apprendre trop. S'il tenait tant à se créer des problèmes, le Limier ne devrait pas trop compter sur lui. Bartel avait coutume de répandre des rumeurs, d'étayer sa légende et d'informer qui le voulait, de manière plus ou moins substantielle. Alice, surtout, faisait les frais de ses mises en garde. Mais jamais il n'avait poussé quiconque à perdre son Essence ; quand bien même il lui arrivait de fausser les comptes en faveur d'Inferna, dirigeant une âme déjà perdue dans les bras d'un Guide plutôt que dans ceux d'un autre, le satyre n'avait pas de goût pour les jeux cruels qu'affectionnait Hellish.
Il convint de lui offrir une piste, et peut-être de suivre un peu son bout de chemin à Hellishdale... Songeant avec détachement, que, tout du moins, il ferait en sorte d'empêcher Aérial d'avoir cette Essence là, s'il fallait composer avec la perdition d'Eric.

Bon bon, voilà en fait, c'que j'sais c'est que... Bah. Faîtes attention hein ?
Il se tendit sur la table, traînant avec lui des effluves de caniveau et de cimetières... Ainsi qu'un parfum de forêt, d'épices et de poussière, un arôme riche, complexe. Des senteurs qui n'avaient rien à faire sur la peau d'un clochard au phrasé lacunaire, des senteurs qui démentaient cette misère et cette vulgarité qu'il jetait en pâture... Des senteurs troublantes, moins révélatrices qu'inutilement énigmatiques.
Il les fit oublier de sa voix grave, moins agile qu'à l'acoutumé pour correspondre au rôle qu'il avait entrepris d'incarner pour Eric.

Y a un truc. Une organisation. J'sais pas c'quils font. Mais ils sont là, dans la ville, et parfois, parfois, on dit qu'ils prennent des gens, même pas des types importants hein ?, juste des pauv' guss qui traînent là, l'soir dans les rues. Mais ça, on peut pas dire jusqu'au bout qu'c'est bien vrai... Y manque des gens pour se souvenir.
Et pour faire bonne mesure, il se mura dans le silence, fusillant l'autre du regard comme pour le condamner, le rendre responsable d'avoir été curieux.

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Politesse canine ; deux chiens se reniflant... [PV Eric]

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