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Lorsque la pluie tombe

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MessageSujet: Lorsque la pluie tombe   Lun 30 Déc - 7:08


Constance : Chapitre quatre
C'était comme un rêve. Un rêve doux et à la fois douloureux, qui me faisait tourner la tête et me donnait l'impression de perdre le contrôle. Tout semblait fait de brume, sombre et virevoltante, qui m'entourait tel un halo de ténèbres. Une brume... une brume si lourde. Qui me pesait, qui m'empêchait d'esquisser le moindre mouvement. Et la poussière, mélangée à la noire fumée, se déposait sur mes paupières, me forçant à les fermer. Doucement, douloureusement, je me battais contre le sommeil, contre le rêve. Mais arrivais-je seulement à faire la simple différence entre le songe et la réalité ? J'étais entourée de cette masse épaisse et sans matière, de cette masse si sombre qui me rendait aveugle. Qui me forçait à me recroqueviller sur moi-même, qui me faisait tourner la tête. Et je levais le bras, lentement, ouvrant la main et étirant mes doigts le plus possible, jusqu'à en avoir mal. Je refermais alors le poing, essayant de saisir cette ombre virevoltante, menaçante, qui se jouait de moi. Oh comme cela aurait été rassurant, de la toucher, de l'attraper avant qu'elle ne fuit. Mais elle s'évapora, fila entre mes doigts, comme l'eau, comme le sable. Elle ne me laissa même pas l'impression d'avoir eu une seconde, la chance de l'atteindre. Mes doigts en restaient pourtant sombres et poussiéreux. Je les avais regardés un moment, avant de mollement laisser mon bras retomber au sol, sans laisser paraitre la surprise sur mon visage. L'avais-je touchée... l'ombre d'HellishDale ?
C'était un rêve, un rêve si doux et à la fois douloureux. Qui me retirait tout libre arbitre, qui me faisait perdre le contrôle, qui se jouait ouvertement de moi. Si sombre et si reposant, pourtant je luttais encore et encore. Contre le sommeil, contre le rêve en lui-même. Mais pourquoi ne voulais-je donc pas m'endormir ? pour trouver le repos, un instant seulement. Ces paillettes d'encre posées sur mes paupières, ces grains de sable trempés dans le goudron, ces fragments de lune tombés dans le plus sombre des puits, je voulais tellement m'en défaire. Ils me forçait à fermer les yeux. Elle était si grande, la partie de moi qui voulait les laisser faire. Mais l'être-humain peut-il vraiment supporter cela ? L'humiliation qu'est de perdre le contrôle... de son propre corps ? Car non, je ne laissa pas le sommeil me gagner, dans mon rêve ; je souhaitais rester éveillée. Consciente, j'étais consciente de lentement m'engourdir. Mes pensées s'accumulaient dans ma tête, mon esprit étant en éveil, plus que jamais. Si seulement j'avais pu le saisir, tel un drap de soie, et m'en draper pour le faire taire, pour le forcer à arrêter. Mais il me glissait entre les doigts, disparaissait dans les ténèbres de la nuit pour revenir, encore et toujours. Pour me tourmenter, sans répit.
J'aurais tant voulu pouvoir bouger une nouvelle fois. Avais-je déjà usé de toute ma force ? Etait-ce là tout ce dont j'étais capable ? Oh comme j'avais envie de rire, à gorge déployée, à m'en taper les cuisses. Mais je restais là sans bouger, le visage inexpressif, regardant au loin, ce qui semblait être l'impossible. J'explosais à l'intérieur, d'un rire nerveux et hystérique, de colère et de chagrin, d'incompréhension et de peur. La valse des sentiments se jouait en moi, plus que jamais. Alors que mon corps, immobile, ne reflétait rien d'autre qu'un grand vide. Mais j'étais là, criant de ma cage dorée. Et c'est là que la pluie s'est mise à tomber. Claquant presque sur les pavés, rebondissant en éclaboussant ses jumelles, déjà si mouillées, tachant le sol et le rendant un peu plus sombre qu'il ne l'était déjà, dispersant la brume et les ténèbres, réveillant mes sens et éteignant mes sentiments enflammés.
Quel jour était-il ? Il pleut. Je sens les goutes s'écraser sur mes bras nus. Je frissonne. La pluie est si froide, si froide qu'elle me parait brulante. Lentement je me sens trempée. Mes vêtement sont lourds et imbibés d'eau, ils me collent à la peau et semblent m'enfoncer dans le sol. J'avais presque oublié. Il pleut. J'ai le visage humide, la pluie le parcourt lentement, suivant ses courbes, les goutes se laissent tomber du bout de mon nez pour s'écraser sur mes cuisses. Mes cheveux ont perdu de leur volume, ils reposent pourtant lourdement sur mes épaules. Ils sont si sombres, si sombres, si froids et mouillés. Ils me collent à la nuque, me collent au visage et me le dégage à la fois. Aucune mèche ne vient barrer mon regard pour une fois. C'est vrai, il pleut. J'ai presque envie de sourire, la brume s'est dissipée. La pluie serait-elle une certaine démonstration divine ? Le soleil peut presque se faire voir, se reflétant dans chacune de ses perles s'écrasant sur le sol, m'aveuglant dans chacune des flaques qui remplissent lentement les crevassent des pavés.

Et puis je sens le vent se lever, une douce brise qui me chatouille les narines. Il est si léger, je laisse un petit gloussement m'échapper. Je bats des paupières, la vue brouillée par les goutes d'eau perchées sur mes cils. Quand est-ce que j'ai fermé les yeux ? Je n'arrive pas à m'en souvenir. Le temps n'est pas aussi clair que ce que je pensais. La nuit tombe presque, déjà. Où est passé la brume ? Elle semble être dans mon esprit à présent. Seul le vent se fait familier, jouant avec mes cheveux et me susurrant de douces choses à l'oreille. Je suis assise à même le sol, contre un mur de briques qui sent le vieux. La pluie et la moisissure, la rouille et le soleil. Qu'est-ce que je fais là ? Je porte une de mes robes d'Inferna, elle me semblait être blanche au départ. Elle trempe dans la boue et sent le vieux linge humide. Mes cheveux pèsent tellement sur mes épaules et mes mains sont sales, pleines de poussière. Où suis-je ? Mes pensées virevoltent dans ma tête, formant un brouhaha infernal, une migraine insupportable.  Je connais cet endroit. N'y vais-je pas tous les jours ? Oh oui, j'y reste tellement de temps que j'en oublie l'heure. Quel jour sommes-nous ? Je n'arrive pas à me souvenir. Mais oui, c'est ma rue ici. "La mienne" est-je envie de dire en posant la main sur ma poitrine. Mais j'y suis tellement seule que les araignées finiront bien par tisser leurs toiles sur moi.
Pourtant, il y a quelqu'un. Une ombre qui est tournée vers l'impasse, vers le mur sur lequel mon dos s'appuie douloureusement depuis ce qui semble être, un bon moment. J'essaye de me relever, d'échapper au rêve qui ne quitte pas mon esprit, mais mes membres sont toujours si engourdis ! Je lève le bras, ouvre ma main et tends les doigts pour saisir l'ombre qui semble être si lointaine. J'essaye de prendre appuie sur le sol avec mes pieds pour me relever, mes genoux décollent du sol mais je glisse encore une fois dans la boue. Je dois sembler si pathétique. Mais je lutte tellement. Comme si un feu brulait en moi, comme si je menais un combat. C'est si dur, si dur. Je glisse encore et encore, finissant toujours assise, avachie contre le mur. Et je tends la main vers l'inconnu, vers l'ombre qui ne bouge pas. Les larmes me montent aux yeux. Pourquoi ? Pourquoi la pluie s'est-elle arrêtée ? Certaines goutes s'écrasent sur le sol par-ci par-là, mais j'ai perdu toute la tranquillité que j'avais retrouvée. Et je suffoque, alors que mon corps ne me répond plus. Seule ma main reste tendue, semblant essayer d'attraper la lumière, d'un geste désespéré.

CODAGE © CÉLESTINE


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