Partenaires




 


Partagez|

Carrousel brisé [PV ~ Silver]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
AuteurMessage


avatar
Bonhomme en pain d’épice.
Féminin Messages : 23
MessageSujet: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Mar 25 Fév - 14:20

Entrechoquées les couleurs, dans leurs rondes d'explosions simultanées déportées en claques sur la rétine du gosse. Il tourbillonne, hurlant par les yeux une sorte de folie, une innocence trempée de démence qui suinte toutes les beautés de l'enfance ; et ses lèvres ne valent pas mieux, étirées comme l'horizon mouillé d'aube et emperlé d'étoiles mourantes, son sourire fait une courbe comme une lune rouge, barbouillée de nuages qui s’effilochent doucement. Il est beau à en crever, les joues rouges tâchées de son, les yeux d'ambre éclatée pailletés d'une brillance trompeuse, beau comme une pierre ouverte en deux, beau comme un fruit qu'on aurait disséqué. Dans un éclat trompeur, ses dents font des tours au milieu de l'avalanche sucrée des mèches dorées qui lui chatouillent le nez, s'envolent en flocons de neige jusqu'à ses cils battants en révérences dorées, papillons d'un crépuscule agrafé sur son âme. Jeunesse fauve et ronronnante au sourire-chalumeau qui fait flamber les îles flottantes de ses rêves en rondes molles, au beau milieu de ses joues aux tourbillons de cendres rousses, ils prennent un essor bancale comme des oiseaux blessés- retournent au nid pour y trouver du vide, et s'empalent sur les branches torturées à l'outrance des arbres du Jardin. Misael en sa niche, gentille chose moelleuse et décadente. Il tombe en morceaux comme des du carton mouillé, et le chapelet de son rire se disperse sur le sol. Les notes en roulent par terre et s'entrechoquent, s'éclatent, échelons brisés d'une joie qui sonnerait presque faux chez un autre bambin. Mais l'enfant n'est pas de ces doux menteurs aux bonheurs sur mesure : stupide animal, il se pâme en ces lieux, indifférent au désespoir maquillé de folie qui imprègne Démentia. A ce décor pressant et brouillon comme un dessin d'enfant, gribouillé à bout de souffle du bout d'un doigt tremblant, il fait des bises acidulées parfumées de sucreries, il ajoute à l'étrangeté des lieux par ses offrandes trop belles et trop stupides, quelques touches de couleurs, ça et là ; les bras plein de cadeaux et les yeux rieurs, penché au bord de son bonheur qui tangue. Une joie nauséeuse à faire vomir vos rêves, si intense, si infondée, que ses valses burlesques en paraissent inquiétantes. C'est qu'il dérive sur la mer démontée de ses rêves, tenace à serrer contre lui un onirisme crevé aux soubresauts morbides. Il ne le lâchera pas, jamais, quand bien même cette bête morte se décompose entre ses bras blafards- il la tiendra par une patte et embrassera sa décomposition couvée d'une fièvre aux bouillonnements pitoyables. Il aime trop cette enfance pourtant rongée par le manque, alors vainement, dans sa boîte aux trésors, il préserve ses pauvres morceaux délités. Il pleure dessus, gamin perdu, et sourit dans ses larmes, trop long à la détente.

<< Je ne serais jamais grand jamais jamais jamais jamais >>

Sa litanie défile dans le jardin, procession maniaque de mots qui tintent comme du toc qu'on voudrait faire passer pour du cristal. Il les vomit, il les hurle, tape sur le tronc des arbres puis leur fait des câlins, désolé désolé désolé, je ne voulais pas te faire mal on reste amis dis ?, tiens j'ai un croissant on partage si tu veux... Parle aux fleurs et se serre contre la terre qui doit bien avoir quelque chose de louche elle aussi, colle son museau criblé de tâches sur l'herbe mauve sortit d'un mauvais trip. Quel goût, est-ce qu'on peut faire des gâteaux avec de l'herbe mauve ? Est-ce que Dieu il approuve l'herbe mauve déjà ? Peut-être qu'il n'est pas d'accord, dans les livres d'image elle est verte, alors ce n'est pas normal. Dans les livres d'images il y a aussi plein d'animaux et des lettres qui indiquent qui est quoi. Le monde manque de légendes pour le rendre plus compréhensible.


-Je veux mes imagiriiiiiiies !
Il geint, blottit contre quelques racines, les yeux pulsants et le cœur endiablé, essoufflé par sa rondes aux accents d'innocence délitée. Hoquette, au bord des larmes de fièvre. Peut-être un peu malade, le nez rouge. Il renifle comme une petite bête dans ses frusques usées, clochard mendiant aux portes de l'enfance. Devant lui, au milieu des feuilles bleues et des pétales soyeux d'une impossible teinte, ses présents gisent comme les restes ternis d'une averse démente : tartes aux fraises ébranlées, gâteaux bon marché aux teintes fanées, jouets démantelés et babioles brillantes qui font des perles sur un écrin dégoulinant. Ses offrandes, négligemment jetées à bas cette terre imprégnée de folie. Pauvres trésors d'un gosse dénué de fortune- infortuné gamin à la mémoire brouillée. Il compte les pains au chocolat qui soupirent, affaissés entre des sacs plastiques déchirés par ses soins. Et soudain, se remet à sourire.
La prochaine fois, il emportera toute la boulangerie.
Puis ses lèvres retombent comme des bras fatigués, cessant de soutenir la rondeur de ses joues. Il rampe doucement vers un papier froissé pour renifler l'odeur sucrée qui s'y colle fermement. L'attache à ses narines pour avoir l'impression de devenir un gâteau. Oubliée sa tristesse, ravalée, enterrée dans son cœur ; le plus doux des tombeaux. Il est temps de jouer. Ses rêves implosent et l'onde de choc va remuer ses yeux de confiture à l'abricot. Au miel de son regard, la réalité va brûler ses mains grises, et soudain, soudain, alors...

Ooooooh, copiiine !
Il se redresse d'un bond, le papier voltige, parfumé du spectre d'une pâtisserie engloutie depuis quelques heures déjà. De nouveau son visage se déchire sur un sourire trimbalé de joue en joue, et il tend ses bras vers la chose. Ouvre sa poitrine fragile, qui céderait si vite sous des dents affûtées... Précipite ses jambes courtes vers l'Asphodèle dressée, fleurie là soudain, dans son propre jardin.
Son visage s'écrase contre le torse osseux. Comme une boule de pâte encore chaude d'avoir été malaxée, et ses joues brûlent, irradient la chaleur des jours d'été qui soupirent dans leurs habits d'encens.

Dis je t'ai apporté des cadeaux, dis regarde. Tu veux un brownie ? On joue ? Est-ce que le soleil c'est une ampoule ? Pourquoi l'herbe elle est mauve ?
Il se tortille pour lever sa face livide vers l'Autre, étrange cierge aux flammes noires et liquides. Son menton se plante dans sa chair pâle, ses lèvres fascinantes s'agitent sur un sourire. Un regard halluciné aux tons d'automne figé se pose, fou d'adoration, dans celui de l'Architecte. Il le vénère, l'idolâtre, comme c'est le cas pour chacun qui croisera sa route, et son corps ravivé semble une braise gémissante.
Il brûle, dépendant, consumé par sa beauté de métal en fusion.

Je t'aime.
Ses yeux au sirop fluctuant remué d'étoiles filantes proclament l'hymne au bonheur des imbéciles.
Même que je t'ai ramené des loukoums !

_________________
DC de Bartel Pan.

Coquelicots:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Celui qui souffle la poussière s'en remplit les yeux.
Masculin Messages : 53

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: L'Escarbille, le Singe, la Noiraude.
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Démentia.
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Mar 18 Mar - 15:57



Spoiler:
 



Poussière fait semblant d'aimer les forêts. En vérité, ça l'angoisse, ça lui pique la peau, y a une odeur de pin, de sec, qui lui brûle ses narines morveuses. Il se rend compte qu'à moitié qu'en fait, ça lui rappelle tellement Neverland.
Poussière se souvient des grands arbres qui semblaient bouger. De la nuit trop noire, si bien que l'Ombre se muait en elle, et puis les cris, les rires, le rien pareil au livre, le seul jusqu'au bout. Il se souvient quand il a vu le singe se hisser jusqu'aux branches les plus hautes pour avoir une chance de se gorger d'air, l'air qui manque là-bas parce qu'il est chargé d'obscur et d'amer, et il se souvient qu'il voulait son costume de singe vraiment fort. Sans son costume de singe, Poussière peut pas grimper, bah non. Alors il respire moins, il inspire moins.

Poussière attend que Silver sorte de la maison. Il s'est fait jeter. Parce qu'il est allé loin, plus loin qu'il faut, parce qu'il sait pas s'arrêter et que Silver a paniqué. Pas paniqué de peur, paniqué de dégoût, d’écœurement, d'effarement. Silver devrait comprendre que Poussière fait presque pas exprès. Que lui non plus il sait pas d'où ça vient.
Alors Poussière erre. Il erre autour de la Maison, comme un chat abandonné auquel on aurait dit non. Même qu'il s'est mis à gratter à la porte. Il a fait semblant de pleurer, parce qu'il sait pas très bien pour de vrai. Il erre dans le Parc qu'il connait si bien, il s'y distrait, si agite, il rit de ses propres chutes. Le tourniquet lui fait un drôle d'effet. Il erre jusqu'à la Forêt.

Il erre parmi les troncs biscornus. Il pisse sur les insectes et rigole lentement, doucement. Il se roule en boule dans les feuilles mortes, plonge ses doigts dans les toiles d'araignée pour voir si elles se cassent – elles se cassent – et après ce prélude, il se décide. Il choisit un tronc gros, à l'écorce très râpeuse – il a vérifié – et aux branches assez basses. Il tente, tombe, retente, retombe, ça dure environ vingt minutes, mais lui il s'en rend pas compte. Il a des écorchures jusqu'aux bordures des yeux.
Après, il atteint le sommet et il attend.


Encore après, il y a ce genre de geignement. C'est la voix d'un enfant, mais elle est enrobée d'une bizarrerie acidulée, comme si trop de notes vibraient en elle, trop de couleurs, trop de trucs. Poussière se cramponne à la branche – il n'a pas son costume de singe, qui est resté à la maison – et penche la tête en direction de la voix-sucre. Ses cheveux d'ébène, un peu crasseux, lui tombent légèrement devant les yeux.
C'est un garçon. Il bouge anormalement, ça intrigue Poussière. Peut-être qu'il est handicapé. Le garçon est aussi bariolé que lui est terne. A ses joues bourgeonnent des tâches et des rougeurs, ses yeux sont envahis de soleil et ses cheveux ressemblent à l'été. Le mouton de poussière découvre la pelote de fil doré.
Le sourire du garçon est si grand. Poussière essaye de l'imiter. Le singer. Il le force, le feint, et le sourire lui donne un air de pantin.

Le garçon s'envole soudain. Vraiment comme s'il s'envolait. Il décolle, vire, une étoile filante. Il ressemble au Peter Pan du livre d'images. Poussière envie ses cheveux de feu.


Poussière se laisse tomber maladroitement, il se foule la cheville et s'écorche méchamment la lèvre. Sa culotte est déchirée. Il court, mais moins vite, moins beau, que le garçon soleil. Il le suit, le traque.
Il s'arrête derrière un arbre, parce qu'il a vu Silver. Son cœur rate un battement, puis repart, plus vite, plus enflammé. Le garçon s'est jeté sur sa maman. Il l'a happé, collé, comme ça d'un coup, on dirait un aimant carrément. Poussière fronce les sourcils. Silver se méfie quand c'est lui qui colle. Qui c'est le garçon soleil ? Qui c'est qui dit je t'aime ? Est-ce que Silver aimera ses cadeaux plus que les siens ? Poussière se sent tout seul, tout vide, tout rien. Ses lèvres tremblent, grésillent comme une plume agitée par le vent. Des grosses larmes muettes s'écoulent de ses paupières crispées, se mêlant à la morve claire qui encombre son nez.

Il se croit déjà perdu, déjà perdant, mais il se défend par réaction. Il attrape une pierre et la lance en direction du garçon soleil. Il visait la tête mais ça atteint l'épaule. Après, il lorgne le visage creux et androgyne de son idole. Il y a du défi dans ses yeux, de la hargne. Mais surtout du chagrin. Lui aussi souvent, il oublie qu'il est un humain.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Moon Engineer
Masculin Messages : 286

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: Bestiole; La Démence; Le Truc; La Mante Religieuse...
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Dementia
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Jeu 20 Mar - 2:04














 ❝ Come little children, ❞
"I'll take thee away, Into a land of enchantment."





« Dehors ! Je t'ai déjà non Poussière, non ! Tu sais que je ne veux pas de ça ! »

Silver est fatigué, ce soir. Les nerfs à vifs. Il n'en peut plus. Il aurait aimé ne pas s'emporter, être plus patient. Ne pas renvoyer l'enfant. Mais il est à vif, oui. Le voilà qui gratte à la porte. La noiraude ne lui ouvrira pas. Il l'entends pleurer. Il ne l'écoutera pas. L'Architecte glisse une main sur son front, continuant sa course malhabile dans sa tignasse de charbon. Il aurait presque pu être sa mère. Sa véritable mère. Alcide n'était pas là ce soir. Il n'y avait que lui et Poussière. Plus pour très longtemps, certes. Pauvre enfant. Quel genre de choses avait-il pu vivre pour s'adonner à des gestes si déplacés que La Démence, elle même entrée dans sa vingtième année ne pouvait envisager sans être éprise de répulsion... Son amour inconditionnel des enfants n'y changeait rien. Il avait tenté de s'y faire, de le réprimander simplement, de passer outre... Il ne pouvait simplement pas. Bien évidemment, que le mioche ne pouvait pas tout savoir, qu'il ignorait ce qui poussait sa « mère » à le rejeter parfois ainsi de la sorte. Je préférerais que ça se passe autrement mon trésor. Mais ce n'est pas ma faute. Comment puis-je te faire comprendre alors que tu es si jeune, que te voir essayer de toucher ce que tu ne comprend pas me rappelle les cicatrices qu'il regardait se refermer sur ma peau.. ? Comment puis-je te faire comprendre que la simple idée d'un geste s'apparentant au sien me fait monter des nausées.. ? Tu ne comprendrais pas. Tu es bien trop jeune... Alors il le laisse gueuler à la mort dehors.

Il est tard maintenant, et Poussière est parti. Silver ne sent plus son odeur, mais sa présence ne s'est cependant pas estompé de ses terres. Il doit encore errer quelque part. La Démence soupire. Elle a retrouvé October. Il y a de cela deux jours. Pourtant, elle semble plus désemparée que jamais. Les choses sont devenues si compliquées. Comme si tout était à acquérir de nouveau auprès de cet homme exigeant. Comme si ces années avaient suffit à faire d'eux des étrangers l'un envers l'autre alors qu'avant, il aurait suffit à la sirène de s'étendre à ses côtés pour sentir un bras se refermer autour de sa taille. Tout semblait s'être ternis. Silver craignait qu'il en soit de même des sentiments de l'Automne vis à vis de lui. Ça serait terrible. Ça serait insupportable. Alors l'Architecte soupirait longuement, constatant le monde l'entourant d'un air désabusé. Il observait le bambin de la même manière, ne semblait même plus s'intéresser au bon fonctionnement de son monde. La nuit empiétait bien souvent sur le levé du jour. La rouille semblait se propager plus rapidement encore que d’ordinaire sans que l'androgyne ne semble s'en préoccuper. Silver n'était cependant pas chose à perdre si facilement la face. Repoussant lentement sa chaise, la créature s'élança au dehors, traversant son jardin sans y prêter attention. Laury s'occupait des plantes plus que de quiconque entre les murs du Pink Palace. Ceci dit, cela n'était aucunement étonnant de sa part.

L'Architecte seul, arpentant la vaste étendue de sa propre création. On a rarement vu plus triste. A peine le bruissement de vent, les crissement des automates et des attractions immobiles au loin. Ce monde, La Démence parvient à le rendre plus mort que vivant. On contrôle mieux que quiconque le reflet de son imaginaire. On en perd le contrôle tout aussi vite. Les automates du parc se figent à son passage, comme d’ordinaire. Certains cessent simplement de fonctionner, s'effondrant au sol tel des pantins épris de terreur. Pitoyables. Silver a appris à s'y faire. La créature n'y prête guère jugement, continuant d'avance jusqu'à la forêt, ou du moins ce qui y ressemble. De tous les lieux de Dementia, elle est certainement celle qui fut représentée avec le plus d'exactitude, tant le prédateur avait pu arpenter les bois. Mais ici, les arbres semblaient presque creux, couleurs improbables et aquarelle entachées, étirant leurs feuilles de crépon et leur fioritures de métal à travers des kilomètres. Lorsqu'on traversait ces bois suffisamment longtemps, en revenait tout simplement de l'autre côté de ce monde. Près du Pink Palace. Cette dimension était minuscule. Déjà le scintillement des attrapes-rêves de métal se fait apparent dans son champ de vision ombragé de cils noirs. La chose ignore où elle a bien pu voir ces choses auparavant. Certainement en rêve. Mais ce n'est déjà plus les sculpture d'acier qui attirent son regard, mais belle et bien une étoile filante, la goutte de miel jetée hors du pot. Le miel est ambré. Silver le sait parce qu'on lui a dit autrefois. Lui aussi, il est un peu comme un enfant.

La friandise s'écrase contre sa poitrine, le faisant grincer de douleur subite. Mais il oubli vite lorsqu'il s'agit de lui. Du petit Misael qui daigne enfin revenir pointer le bout de son nez. Il devrait rester. Toujours, tout le temps. La Démence lui en veut terriblement de ne pas y songer, de la laisser plus seule encore à chaque fois, mais ne peut pas lui en tenir préjudice bien longtemps. Et déjà l'enfant parle. Encore et encore, inondant l'esprit de l'Architecte, inondant Dementia même de sa simple présence. Misael est l'Innocence. Il pourrait être l'essence même de ce monde. Silver en a presque oublié Poussière. Il est pourtant son enfant au même titre que l'est Misou. Au même titre que l'est Alcide. Au même titre que l'est chaque enfant déphasé, perdu sur cette Terre trop cruelle. Silver est la Mère. Silver leur offrira ce que l'existence a voulu leur retirer. Je t'aime. Ces mots réveillent la créature de sa torpeur latente figée au yeux acajous d'October. Il a besoin de ces mots. Il pourrait presque s'en nourrir. Il souleva l'enfant, un bras tremblant contre le dos, l'autre sous ses jambes, le tenant avec peine pour l'asseoir quelques secondes contre sa poitrine, la joue sur la tignasse rousse.

« Où étais tu donc passé Misael... »

La chose n'a pas cœur au jeu ce soir, mais sa joie n'est pas factice. Qu'importe que ce gosse l'idolâtre, qu'il le pose ou non sur un piédestal. La noiraude ne lui demande pas plus que d'être là. Là lors des soirées comme celles-ci. Ces soirée où il ne pourra pas dormir apaisé. Misael est un ange, toujours si lumineux, si sucré, à ne jamais se plaindre de cette peau trop froide, de ce manque d'humanité certain. Silver pourrait en pleurer aux pieds du petit bonhomme. Il a besoin de ses enfants comme il  a besoin de leur père.

Paf ! Clok clok.

Une iris améthyste s'ouvre, énorme, dévorante, se posant vivement sur la pierre ayant roulé au sol après avoir heurté l'épaule du petit. Puis le regard prédateur jette son dévolu sur le coupable. Qui a osé s'en prendre à son enfant ? La créature entrouvre les lèvres, ses pupilles se rétractant vivement. L'espace d'un instant, on croirait qu'il va s'empresser de se jeter sur Poussière pour lui arracher la gorge. Puis le Monstre cède de nouveau la place à Silver. Ce n'est qu'un enfant. Il repose Misael au sol, approchant lentement de la petite boule de cendre terrée derrière l'arbre comme un raton pris en faute. Un chat et une souris. Il est déjà en face de lui. La noiraude s’accroupit devant le gamin, incline doucement la tête, le dévisage.
La gifle part toute seule.
Ce n'est qu'un enfant. L'Architecte ne perd nullement contenance. Il lui semble que c'est ainsi qu'on apprend à un enfant à se tenir tranquille. Il attend quelques secondes de plus.

« Je ne veux plus te voir jeter des pierres ou même t'en prendre à Misael. C'est mon enfant, comme toi ou Alcide. On ne fait pas se genre de choses aux autres. Tu es en colère parce que je t'ai chassé, soit. Mais tu sais que je l'ai fais parce que tu m'as désobéis. Tu a été un mauvais garçon et tu le sais très bien. Maintenant, on va rentrer tous les trois, et je veux que tu essaye de t'entendre avec lui, c'est bien compris ? »

Il avait saisi le visage du garçonnet durant son petit discours pour le forcer à le regarder dans les yeux, n'y montrant aucune trace d'animosité mais sachant se montrer persuasif. Il commençais à s'y faire. Se redressant en se saisissant de la petite main terreuse, il conduit le mouton de poussière jusqu'au rayon de soleil, se plaçant d'office derrière lui pour l'empêcher de se dissimuler.

« Misael, je te présente Poussière. Je l'ai recueillit comme je l'ai fais avec toi et-mais vous êtes terriblement sales tous les deux, pas étonnant depuis le temps que vous traînez dehors ! Et toi Poussière, qu'est-ce que tu as encore été fabriquer pour t'écorcher ainsi... ? Je vais m’occuper de ça en rentrant, je ne voudrais pas que ça s'infecte. »

Une main pour chaque bambins, voilà la Mère se dirigeant de nouveau jusqu'au Pink Palace, pressentant la catastrophe sans se l'avouer. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la porte est refermée et l'eau chaude est mise à couler. Le petit noiraud assit de force sur une chaise tandis que la créature fouine dans un placard. Il n'y a qu'une crème. C'est qu'elle est la bonne. Ce qu'il trouve là-dedans est toujours ce qu'il cherchait de toute façon. Quelque chose pour éviter à ce gamin de finir avec la jambe coupée. Il n'aurait pas eu fière allure.

« Je vais vous garder à la maison pour cette nuit, tous les deux » S'empressa t-il d'insister à l'attention du blessé tout en appliquant la crème sur les écorchures, jusqu'à son visage. « Misael, tu veux bien vérifier la température de l'eau s'il-te plaît ? »

Silver ne risquait certainement pas de pouvoir le faire lui-même.



© FICHE D'APOLLINA POUR LIBRE GRAPH



_________________

   
   
   

Cadow
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Bonhomme en pain d’épice.
Féminin Messages : 23
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Mar 1 Avr - 11:59

Il se laisse prendre, fou d'adoration pour la chair glacée de la créature. Totalement consentant, n'aspirant qu'à la toucher, qu'à se serrer contre elle, et ses yeux débordent d'un amour ubuesque qui frise presque la folie. A le voir, souriant de tous les dragées de ses dents, on le croirait de retour au paradis perdu- et c'est un peu le cas, pour ce gamin tumultueux et candide. Chaque étreinte est son paradis, et peu importe qu'elle soit ardente ou glaciale... Il trouve, là, contre le torse grêle, les vallons osseux dégoûtants du Candélabre noir, l'Eden assassiné qu'il a toujours cherché. Il retrouve sa mère, il retrouve ses sœurs. Ses mains sont aussi longues, aussi pâles, aussi délicates que celles de Tirill, dans son dos. Est-ce que Silver sait dessiner ? Est-ce que Silver voudrait le garder avec lui pour toujours et le couvrir d'amour ? Oh, bien sûr, ce n'est qu'un rêve solitaire, un songe errant... Misael ne sait pas qu'au fond de lui, il ne veut pas rester, qu'il ne cherche qu'une seule mère, une seule entité créatrice et câline- que cette mère là ne connait même plus son visage, qu'elle a voulu le noyer. Il ne sait pas qu'on ne soignera pas ses blessures, que son pouvoir le jettera de nouveau sur les routes, sans qu'il en ait conscience, sans qu'il se demande à quel point son abandon pourrait être cruel au cœur en ruine de l'Architecte. Il ne sait pas Misael, il ne sait rien du tout. Tout ce qui importe est là, dans cette étreinte où il aspire à frémir comme un soleil levant. Pourquoi donc se poser des questions ? Silver est là. Silver le protégera. Peu importe qu'il soit froid, peu importe que parfois ses dents aient l'air si effilées, peu importe que son regard mauve halluciné évoque la fresque démente d'un peintre psychotique, peignant ses œuvres avec des mûres écrasées, trempant ses pinceaux dans un sirop aux doux parfums putrides. Il ne veut pas voir plus loin que ce contact subite, et au fond, il ne peut pas, piégé dans une enfance versicolore où s'édifient des lendemains en guimauve ; empereur rose-bonbon se vautrant dans l'innocence, régnant au fond de l'abysse, pataugeant dans le sucre qui deviendra son tombeau. Il n'en a rien à faire que le monde soit laid, puant, qu'il suinte de vices et cherche à dévorer les âmes en perdition. Dans son abîme, le bonhomme en pain d'épice a créer un royaume, un royaume dont il est le souverain et où tout fonctionne selon ses propres règles. Il peut, d'un claquement de doigt, étendre l'illusion en dehors de son crâne, et ça, c'est ce qui importe, cette douce, douce tyrannie presque involontaire, bercée dans les affres du manque affectif. Cette mégalomanie enfantine, voilà son pouvoir, voilà l'importance de ses désirs, la suprématie illusoire de ses rêves. Il y aura toujours un autre jeu dont le monde entier sera le terrain, toujours un nouveau songe pour le transporter loin de la réalité. Et rien ne l'arrêtera, rien ne pourra le contraindre à rejoindre les rives tangibles : personne ne peut stopper le môme. Il n'en sait rien, mais ainsi en a décider son Voyage. Il ne pourra qu'à jamais se complaire dans ses douces illusions, maître de l'esprit des autres alors même que le sien lui reste impénétrable. Prisonnier inconscient d'une enfance figée, taulard de son monde onirique cloîtré dans une candeur bienheureuse et contrariante à toute vie véritable. Condamné pour toujours à cette stupide pantonyme, sans espoir d'évolutions, de retours...
Et tout cela n'a aucune importance. Silver est là, impérieusement glacé, si long, si creux, claqué d'une pâleur moribonde- plus strictement rongé qu'un cadavre déjà parfumé de décomposition. Mais si présent, si tangible ! Tellement nécessaire. Si charnelle malgré sa peau diaphane, malgré son air de dessin décalqué du bout d'une mine sadique et timorée. Immortel dans ce cœur d'enfant tendu les mains dégoulinantes de sirop, absolument indispensable en ce jour au moins, puisque les yeux du môme se sont posés sur lui.
Il en crèverait d'amour. Il pourrait. Toutes ses fredaines le font haleter jusqu'à en perdre le souffle. Un jour, il ne pourra pas le rattraper. Un jour... Un jour... C'est loin, "un jour", c'est vague et trémulant, ça n'a probablement aucune misérable once d'intérêt quand on se noie dans l'étreinte creusé d'une mère squelettique.


-Où étais tu donc passé Misael...
Il lève les yeux à la question, déploie les vents flavescents de ses cils. L'ambre liquide de ses iris, le miel gelé autour de sa pupille, tourne en danses mornes. Il interroge ce ton las d'un air curieux, les joues rouges contre le torse glacé de la créature.

-J'ai été voir Ailine, parce-que dis, je dois prendre des cours pour pas devenir grand, et Ailine elle sait comment on fait, et on a joué avec ses peluches et moi j'aime bien le lion, il ressemble à Samson- oh hé tu sais quoi, il sait dessiner Samson, il m'a montré ! C'est bizarre, parce-que dans l'histoire il a juste des longs cheveux, mais là c'est pas pareil tu vois, mon Samson il sait même comment on utilise des pinceaux et j'ai peins avec les doigts- oh dis dis dis, tu veux voir mon dessin ? J'ai fais maman et papa qui chantent, sauf qu'en fait ce sont des fleurs et maman c'est un coquelicot et-
Il ne s'arrêtera plus, gesticulant contre la créature, souriant au milieu de l'averse de mots, tournoyant dans des souvenirs confus qui lui font pétiller les yeux. C'est toujours comme ça avec le môme. Il parle sans s'arrêter, il tourbillonne pour une danse avec les phrases enchaînées l'une à l'autre, balancées la bouche grande ouverte sur des risettes absurdes, délicieusement gratuites.
Il parlerait toute la nuit si on le laissait faire, mais soudain, il hoquète et sursaute. Alors, ses yeux se plissent, puis s'ouvrent, et ils s'emplissent de larmes. Gamin se met à renifler plus vite que sa compréhension ne peut saisir l'agression ; il sait juste que tout à coup, son épaule lui fait mal, et la sensation semble si effrayante qu'il se met à paniquer. Oui, ce n'est pas grand chose au fond, rien qu'un cailloux rebondis sur son pull, ridicule tentative de reprendre l'attention volée par le gamin- il n'a presque rien sentit, protégé par l'épaisseur de son vêtement d'hiver. Mais c'est inattendu, terriblement malvenu. Et la douleur est là, légère, mais trop chargée de sens.
Un éclair déchire sa mémoire, un javelot qui passe sans rien laisser du tout. Réminiscence des premiers jours d'errance mêlée au souvenir terrifiant d'une main leste qui s'abat en meurtrissant sa chair ; quand papa voulait aussi chanter avec lui. Misael hurlait le plus fort possible pour qu'il soit satisfait, il répétait les mots de maman, appliqué dans sa souffrance à dire les bonnes paroles, à chanter aussi bien que les autres.
Et puis, l'idée passe. Il se retrouve tout simplement abandonné au vide de l'air, bêtement debout sans le soutient d'une étreinte. Quand l'enfant se retourne, il voit l'Autre.
Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est sale, c'est écorché. C'est plein de terre, et ça n'a pas l'air doux, ça n'a pas l'air gentil. Ça a le regard farouche, les yeux noirs comme des braises, ça se tord sur une moue, convulsée, ça a une tignasse emmêlée, obscure, des mèches dénuées de reflets qui lui raturent les joues. C'est comme un petit garçon, mais ça fait peur, ça renifle salement, ça saigne. Misael oublie de pleurer, les yeux écartelés sur l'image de l'Autre. Il a les mirettes braqués sur lui, comme un mirage dansant, comme si Poussière était une créature sortit d'un vieux cauchemars. Il le fixe d'un regard terriblement inquisiteur dans sa curiosité, ange blond aux détonants accents de rousseur. C'est de la fascination qui lui tranche les pupilles, des interrogations sur les lèvres.
Il ne pense pas que Poussière a pu lui jeter une pierre. Non, Misael ne fait pas le lien, et puis, il n'a pas tellement mal. Lui, il regarde juste le petit garçon en face, la Chose. Elle ressemble à Silver. Peut-être est-ce son enfant ? Silver ne lui a jamais parlé d'un petit garçon ; Silver ne parle que d'Alcide, parfois il la cherche, et quand cette dernière daigne pointer le bout de son nez, alors ils jouent ensemble. Mais Alcide est triste, elle ne parle pas beaucoup. Alcide ne réagit pas à ses câlins, et elle regarde ses pâtisseries d'un air morne. L'Autre, devant, la mine froncée, doit-être différent. Et puis, c'est un garçon, les garçons sont moins ennuyeux que les filles.
Gamin se met à sourire, les yeux brillants. Si Silver a deux enfants, alors il pourra voir l'Autre souvent, jouer avec lui, trouver un autre ami à Démentia, faire des tours aux automates en sa malicieuse compagnie... Peut-être pourront-ils changer la face impavide d'Alcide ? Tant d'idées lui agitent déjà l'esprit qu'il ne voit pas la claque, soupirant d'aise dans circonvolutions teintées de rousseur flottante. Il se met à tourner sur lui même, béat dans ses rêveries ; furieusement stupide, au moins autant qu'innocent. Et dans son monde confus, il ne sait plus faire taire le sourire de ses lèvres, il n'arrive plus à penser sous la lune en papier mâché, sous les étoiles de crépon, égaré dans le scintillement fugace des attrapes rêves en acier, promesses de cicatrices, échappé au milieu du velours dangereusement factice de la nuit qui fait crisser, au loin, des automates sur un déclin constant.
Il va tomber au milieu de ces ruines aquarellables, tomber sur les genoux, sur les mains, sur les joues- sur le cœur.
Puis la voix de Silver brise le prisme dément de son univers à la dérive. Il ne cherche pas en rapporter les éclats contre lui, qui sautent en cadence sur le rythme de mots martelés par l'univers sanguin des lèvres de l’Architecte. Il se tourne, et se pose bien sagement le regard sur Silver, souriant dans les vapeurs de sa joie en pleine ébullition.


-Misael, je te présente Poussière.
Poussière. Ça fait des nuages, Poussière, ça colle aux doigts. C'est gris, secret, sale et vaporeux. Est-ce qu'on peut jouer avec un enfant qui a le malheur de s'appeler Poussière ? Gamin en doute, intrigué de front avec une moue limpide.
Je l'ai recueillit comme je l'ai fais avec toi et-mais vous êtes terriblement sales tous les deux, pas étonnant depuis le temps que vous traînez dehors !
Misael sourit à ces mots, retournant s'éparpiller dans un bonheur futur. Il sait ce que signifie ce ton doucement indigné, ces manières diligentes ; Silver les gardera ce soir, oh oui, ils resteront pour jouer et peut-être, peut-être... Et la Lune, froissée, les draps à nouveau, plus de nuit contre la terre froide... Le bonhomme en pain d'épice s'égare à nouveau, se demandant peut-être, quelque part dans son crâne-montgolfière, s'il restera cette fois, combien de temps il pourrait se permettre de rester avec Silver... Mais il y a toujours quelque chose à faire, quelqu'un à revoir peut-être. Un jour, Misael voudra aller chercher un cadeau à son hôte, lui apporter des fleurs, des pâtisseries, lui présenter quelqu'un ; alors il partira, plein de bonnes intentions, puis oubliera tout simplement de revenir, pourchassant finalement un nouvel horizon de promesses entraperçu dans la foule, empoignant une main avec des yeux avides, abandonnant le Candélabre, une fois de plus, fantastiquement errant, douce, si douce comète de sucre roux s'évanouissant dans la nuit en un présage cristallin...
Ils n'en sont pas encore là. Le môme hoche la tête, facile à conduire, à guider- à briser. Il approche de Silver, jetant son air radieux à Poussière dans un éclat de sourire.

Et toi Poussière, qu'est-ce que tu as encore été fabriquer pour t'écorcher ainsi... ? Je vais m’occuper de ça en rentrant, je ne voudrais pas que ça s'infecte.

-Tu veux un loukoum ? Chuchote le rouquin tout en suivant Silver, et finalement, il n'en a rien à faire, il lui tend, lui met entre les mains, puis s'éparpille à nouveau comme une nuée de papillons aux ailes repeintes de miel. Son regard file comme des trais d'ambre sur les murs, glisse sur les tapisseries fanées, rampe contre le sol encombré de poupées, tourbillonne au milieu de merveilles du Pink Palace déglutit par l'esprit malade de l'anthropophage. Trop sensible à la folie des lieux, il se laisse entraîné et dérape bientôt avec les bibelots et les bougies éteintes, cascadant dans la noirceur défigurée de couleurs pastel, balafrée par les frises qui soupirent dans un dernier éclat nauséeux sur les murs. Il s'enchaîne en compagnie de Silver dans cette cage versicolore d'innocence parodiée.
Ils entrent dans la salle de bain, qui s'ouvre comme une boursouflure humide sur des chairs déchirées, une fleur purulente dans un champ d'hématomes ; celle du bas, perdue dans la foule immobile des poupées. Le môme se met à coasser sans raison apparente, convaincu que la pièce carrelée va se mettre à lui répondre ; peut-être la maison n'est-elle qu'un autre de ces automates vacillants qui se traînent à l'ombre des attractions affaissées sur un silence aussi épais que du sirop pour la toux... Misael se souvient d'avoir demandé à Silver ce que faisaient là les créatures acharnées et branlantes, pour quelle raison obscure se poursuivaient leurs danses ubuesques, pourquoi il n y avait qu'une seule maison ici, pourquoi le ciel était mauve, pourquoi ce manque d'oiseaux, cette absence de vent, pourquoi pourquoi pourquoi...
Réponse expéditive : << C'est moi qui ais créer ce monde, Misael. >>
Il n'était pas certain d'avoir compris, mais en bon petit ange peu résolu à entendre quoi que ce soit aux choses trop compliquées, il avait vivement hoché la tête avec un air sérieux.


-Je vais vous garder à la maison pour cette nuit, tous les deux.
Le gamin glapit de joie en réponse, jetant ses bras en l'air. L'Autre resta silencieux.
Misael, tu veux bien vérifier la température de l'eau s'il-te plaît ?

Docile, le bonhomme en pain d'épice se dirige vers la baignoire. Il y trempe une main hésitante, puis, rassuré par l'eau chaude mais agréable, fait entrer tout son bras sous la surface. Il le retira en gloussant, gants et laine trempés.

-C'est booooon !
Et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Misael s'est débarrassé de ses vêtements, jetés en boule au pied de la baignoire. Bonne comète, il saute dans l'eau en y provoquant autant de remous que possible, y diluant sa rousseur comme une étoile d'aquarelle.
Ils sort la tête, déjà rose de chaleur, et pose le menton sur le rebord de la baignoire en souriant largement à Silver, aussi charmeur que tous les anges blonds de son acabit. Puis il se tourne vers l'Autre... Les iris champs-de-blés, la pupille nacre-sombre, il observe Poussière d'un air curieux.
Il n'a toujours pas entendu la voix de l'étrange gamin raturé de mèches noirs.

_________________
DC de Bartel Pan.

Coquelicots:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Celui qui souffle la poussière s'en remplit les yeux.
Masculin Messages : 53

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: L'Escarbille, le Singe, la Noiraude.
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Démentia.
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Lun 21 Avr - 18:51


Poussière accroche son regard charbonneux au portrait mouvant de Misael.
Poussière essaye de retenir les hoquets larmoyants qui lui agitent le corps.
Poussière traine des pieds tandis que Silver l'entraine dans sa marche raide et maternelle, les pas fâchés, les gestes fâchés. Il est encore sous le choc de la gifle. La terre crotte ses souliers, les larmes son visage.


~


Le garçon lumineux parle incroyablement vite, ses mots viennent frapper la conscience de Poussière avant qu'il ait le temps de les comprendre, de les saisir. Ses phrases s'enchainent, trébuchent, s'envolent et valdinguent, on dirait des feuilles mortes, des bouts de papier emportés par le vent. On a beau courir après, elles nous échappent, nous esquivent. Silver est mécontent. Silver a les yeux foudroyants, les yeux plein d'un feu qui grince des dents, qui va faire mal. Poussière l'attend, le corps vibrant. BAF. Le rouge monte à la joue, l'eau monte aux paupières, le souffle s'essouffle.
Ses yeux à lui essayent de s'évader, parce que Poussière a honte. Poussière craint Silver comme l'on craint une mère, un professeur, quelque figure d'autorité respectée, estimée, dont on sent l'emprise partout sur nous. Mais Silver sait le tenir, le maintenir et le retenir. En la présence de l'Architecte, l'enfant sauvage se dompte lui-même. Il veut que le regard ardent redevienne assez chaud pour l'encoquiller, le couver. Pas l'incendier, comme ça, pas le cramer sur place.

Et pendant ce temps.
Misael le regarde longtemps, il le décortique du haut jusqu'en bas avec son visage peinturluré. Poussière pense que Misael sourit de sa douleur, de sa honte. Que la gifle lui plait, beau spectacle, belle revanche. Poussière veut le griffer, appuyer sur ses yeux trop secs, faire trembler ce sourire trop immuable. Ben non, il peut pas. Il ose pas. Silver.
Alors l'Escarbille, qu'on croirait enveloppé d'un filtre noir et blanc tant il parait terne en comparaison du garçon soleil, se laisse emporter. Il dira jamais non à la main de Silver. La gaieté tenace de Misael le perturbe et l'irrite parce qu'il ne la comprend pas. Il pense que l'autre se moque, qu'il se trouve tellement plus beau, et tellement plus précieux aux yeux de la Démence. Poussière éructe des pensées qu'il n'arrive pas à faire sortir, il crache en lui-même et bouillonne furieusement. La colère protège la douleur qui prendra, sinon, trop d'ampleur.

Mais Poussière ne résiste jamais bien longtemps. Il sait pas faire. Comprimer, cacher, grandir. Il étouffe en présence de Misael, enseveli par sa joie électrisée, ses loukoums et ses tâches de rousseur. Il envie son visage et ses dents qu'on voit tout le temps. Il ne le supporte pas. Il se sent ébloui, énervé, bousculé. Pourtant Misael ne fait rien. Poussière s'imagine.
Alors Poussière pleure, il ôte la compresse de ses larmes et c'est l'hémorragie. Ses sanglots sont lents, rauques et geignards, pas tellement sonores mais interminables. Ses yeux se vident, dégoulinent, c'est une averse qui trempe ses vêtements, s'emmêlant dans la morve et la bave qu'il n'arrive pas non plus à retenir.
Apathique, mou comme du chiffon, il se laisse soigner par Silver. C'est la sirène lui-même qui doit déplacer ses membres tant il est léthargique, assommé par sa propre démonstration. A chaque contact cuisant de la Démence, les sanglots sont relancés et atteignent les hauteurs avant de retomber lourdement, trainant, trainant. On dirait une mélopée chiante et bizarre.


~


C'est Silver lui-même qui le déshabille. Poussière essaye de le dévêtir aussi, profitant timidement de l'occasion, mais l'Architecte le repousse d'une tape de la main. Les sanglots, évanouis, tentent un retour craintif, mais la Noiraude est épuisée de ses propres efforts.
Il tente un léger caprice au moment d'entrer dans l'eau, parce que l'eau il n'aime pas ça, trop propre. Mais il n'a plus la force de s'opposer à Silver. Peu à peu, la baignoire se teinte d'une brume crasseuse, grisâtre, tandis que l'eau chaude vient lécher la peau maculée de Poussière, écumant oisivement contre sa silhouette recroquevillée.
Misael le fixe toujours, Poussière ressent son innocence et il se sent puissant.

Et puis...

– Oh ! T'as un tout petit zizi !

Il agite ses mains dans l'eau en s'éclaboussant allègrement, s'étranglant d'un ricanement dissonant.

– T'as vu, Silver ? Silver, Misael a un tout petit zizi ! En plus il est tout bizarre au bout.

Il se penche et observe la chose, un sourire goguenard frémissant sur les lèvres.
Brusquement, toujours secoué de son rire biscornu, il plonge sa main chétive et blême vers l'entrejambe de Misael et lui pince violemment le vermisseau.

– PETIT VERRE DE TERRE !

Il ne se rend pas compte que ce n'est pas drôle.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Moon Engineer
Masculin Messages : 286

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: Bestiole; La Démence; Le Truc; La Mante Religieuse...
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Dementia
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Dim 27 Avr - 0:45














 ❝ Peut on trouver ❞
" Dans les yeux d'un enfant... "





Parfois, la Démence se demandait sincèrement comment atteindre ces enfants. Misael l'écoutait sans l'entendre – à moins que cela ne soit l'inverse – et s'appliquait du mieux qu'il le pouvait  bien qu'il ai fortement tendance à s'éparpiller. Parfois, l'enfant en sucre  partait, longtemps, disparaissait de sa vie pour mieux y revenir. Il l'oubliait tout simplement. Comment pouvait-on l'oublier ?! De la même façon dont tu étais presque parvenu à oublier October. Le Monstre savait toujours frapper à l'endroit le plus douloureux, Silver devait bien l'admettre. Et Poussière. Poussière. Cet enfant... Les mains occupé à désinfecter les plaies du noiraud, l'Architecte retint un soupire. Oh, il aimait ce marmot, bien entendu. Il aimait tous les enfants déphasés croisant son chemin. Mais celui-ci était plus difficile à gérer. Ses attitudes et réactions la plupart du temps déplacées inquiétaient la Mère qui ne se sentait plus capable alors de gérer l'enfant seule. La Démence craignait parfois qu'il ne tourne mal mais avait constaté que Poussière semblait ne pas grandir. Le sommet d'un sanglot lui fit serrer les dents s'y fort qu'elles s'entrechoquèrent entre elles dans un sinistre claquement. Il n'avait jamais rechigné à rassurer l'enfant, certes. Mais ce caprice... Ne pouvait-il pas tout simplement s'entendre avec Misael ? Et pourtant, l'Architecte ne comprenait que trop bien ce sentiment. Jalousie. Idole des amants, maîtresse des amours contrariées. Cette horrible mélopée qui tanguait à ses oreilles des notes empoisonnée, lui ordonnant le pire pour obtenir le meilleur. S'il le fallait, elle avait au moins son apparence tant il était l'image même de la jalousie maladive. Tant elle lui rongeait les chaires dans ses inquiétantes dissonances.

La Jalousie vous saccage une vie, métamorphose chaque instants savoureux en amertume brûlante, empoisonne vos naïves divagations en conspirations pour vous faire perdre la face. Silver en souffrait plus que quiconque, et certainement pas à l'échelle d'un enfant. Il était près à déchirer, arracher, annihiler cette vie tremblante qui soupirait déjà entre les mains fragiles d'Ephialtes Graves. Envieux, obsessionnel, désireux plus que tout que de s'accaparer tout cet amour pour sa seul personne. L'Architecte de Tenebris l'avait bien fait, alors pourquoi pas lui... ? Les événements avaient appris à Silver qu'il pouvait obtenir n'importe quoi avec de la patience et des actes éclatants de conviction. Et je l'obtiendrais cette fois encore, dussé-je le briser et le réduire à l'état de coquille vide pour y parvenir.

Son regard s'était voilé de lointain à force de divagations et c'est un nouveau sanglot du gamin qui le ramenas à la réalité. L'heure n'était pas encore à la victoire. Loin de là. Accroupi en face du noiraud alors que l'étoile de sucre barbotait déjà allègrement, la sirène fut bien contrainte de déshabiller cet enfant bien incapable de le faire de lui-même. Saura t-il seulement se laver... ? Pas que cela ne lui plaise pas de jouer à la mère parfaite – n'était-ce pas ce qu'il était déjà ... ? - mais dans ce genre de situation, pour lui, et avec l'équation Poussière à rajouter au tableau... Les choses pouvaient rapidement s'envenimer. Tandis qu'il déboutait distraitement la chemise crasseuse, ses améthystes déjà lointaines dérivaient aux sombres silences de la nuit au dehors. Pas celle de Dementia, pas cette nuit chiffonnée dépeinte à la gouache noire. Ni même celle d'HellishDale, orange de lumière artificielle, baignée de lampadaire, Éden des papillons de nuits. Il rêvait, délirait à ces nuits où ses yeux restaient résolument ouverts, désertés de sommeil dans ceux de cet être qui le maintenait par les hanches. Acajous. Pas si bruns que ça. A moins qu'il n'en ai aussi oublié la nuance... ? Qu'elle malheur cela aurait été après tout ce temps passé à admirer ces orbes malicieuses qui toujours le regardaient de haut alors qu'il était cloué sur ce matelas comme un Christ profanateur, le visage encadré par ces striures noires penchées sur lui, dévorant voracement le blanc de son épiderme pour continuer leur course sur les draps émanant de leurs odeurs mêlées et bien au-delà encore.

La Démence qui n'était à l'époque que Perdition roula sur le côté, embrassant les couvertures à grands mouvements de bras, pressant leur douceur quelque peu rêche contre son museau pour en aspirer le spectre d'une odeur. Son corps marmoréen jouait à la statue de cire, figé dans cette orgie d'odeur entre encens, sueur et persistante émanation de pourriture qui venait probablement de sa propre personne. Silver jouait à l'ignorant parce qu'il avait sourit. Un sourire qu'il n'aimait pas, un sourire qu'il sentait être dérangeant lorsqu'il le posait sur lui. L'abstinence pour un sourire. Humiliant, cet ourlet de lèvres. La noiraude mâchonna ses cheveux quand des doigts vinrent les faire glisser sur sa joue. Étendus de la sorte, il ressemblaient à l'aile cassée d'un corbeau imprudent. Bestiole. Silver fronce les sourcils, fait mine de rien et se renfrogne d'autant plus. Pas si stupide, la créature, pas si conciliante. Mais les mains s'empressent autour de sa taille, l'autre museau contre sa nuque, tiraillant ses cheveux. La sirène hors de l'eau se trémousse sur le drap comme pour chercher son air, riant névrotiquement.

« Bestiole... »

Il cède. Il cédera tout jour aux caprices de l'Automne, même pour un sourire. Silver rêve encore de ces nuits étouffantes, dévorantes au point qu'il ne puisse dormir sans toutes ces bougies allumées, sans une présence pour la rappeler que non, la nuit n'est pas si noire, pas si horrible. Qu'il est lui même un enfant de la nuit.


Une tape nette sur la petite main qui s'aventure déjà jusqu'aux fermoirs au dos de sa robe. Il avait faillit ne pas la sentir, l'inquisitrice. Il en avait pourtant déjà parlé à Poussière, lui avait fait la leçon  sur les manières à ne pas adopter. A commencer par ne pas chercher à déshabiller ou à observer les gens dans leur stricte intimité. Mais le petite nuage noir oubliait sans cesse, ou alors n'écoutait pas. La sirène n'en a que faire de ses jérémiades, il montera dans le bain seul ! Il est bien assez grand pour cela. On dirait cependant que la gifle ayant probablement fait son effet, Poussière se fait alors plus docile qu'il ne l' a jamais été. Cet enfant avait-il des limites finalement... ? La créature fronce le nez en les regardant sans même les voir. Ses yeux semblent toujours rivés à la fenêtre qui se teinte déjà d'une légère brume L'heure n'est pas aux rêveries. Pas ce soir. Son devoir est encore de s'occuper de ces enfants. Ses enfants. Peut-être cela l'aiderait-il à dormir. A oublier l'espace d'une nuit qu'Alcide ne l'aime, qu'October lui en veut et jusqu'aux propos étrangement possessifs de Randall. Peut-être qu-

« POUSSIERE ! »

L'exclamation à brisé la petite agitation quotidienne, éclatant le silence en pluie de débris fracassants. Il ne pouvait pas le gifler de nouveau pourtant. Avançant vivement jusqu'à là baignoire, il se soutint à cette dernière pour s'accroupir en face de l'enfant déclencheur du conflit, les mains fermement appuyée de part et d'autres de la faïence blanche.

« Ce genre de choses, ça ne se fait pas ! Et ça ne se dit pas non plus ! C'est mal élevé tu comprend ?! »

Clac clac clac faisaient les dents élimées de la sirène en s'entrechoquant lorsqu'elle parlait, presque menaçantes envers le petit trublion, comme s'il avait été capable de lui arracher le visage d'un instant à l'autre. Avec de tells canines, oui, il en était cent fois capable. Poussière avait une chance inouïe à l'instant même d'avoir su sans trop de mal se trouver une petite place dans le cœur pourtant énorme de Silver. La noiraude soupira pour la énième fois de la soirée, s'efforçant de poser une main sur une des épaules menues des deux gamins. Sur celle de Poussière pour appuyer ses propos, sur celle de Misael pour le rassurer.

« Je t'en prie, essaye de te tenir. Essayez de vous entendre tous les deux... Je ne peux pas m'occuper de tout, pas ce soir... Je suis fatigué... »

Et les ecchymoses violacées cerclant ses améthystes avec persistance parlaient pour lui. Pourtant, Silver savait que malgré cela, malgré ses dents effrayantes, malgré son corps malingre et difforme dans une certaine mesure, il serait toujours aux yeux de ces gosses la plus belle maman du monde. Ou quelque chose comme ça. Il n'avait jamais eu de mère pour attester de l'expérience. S’éloignant de la baignoire, l'Architecte s'efforça de paraître de dos aux deux petits montres pour ouvrir le dos de sa robe, la laissant ainsi glisser sur ses jambes. Auparavant, ses cheveux auraient constitués une barrière de pudeur non négligeable, mais sir Dodgson c'était bien chargé de le priver de ce luxe. Une main dans ses cheveux noirs sacrifiés sur le chemin de la fausse guérison. Ce n'est certainement pas nu qu'il apparu aux bambins mais seulement vêtu de ce qu'il portait originellement sous sa robe. On aurait dit une poupée négligée quand aurait laissée dans un coin sans la coiffer. Mais les vêtements étaient semblables à ceux d'une demoiselle de porcelaine à laquelle on aurait retiré sa robe pour rire. Pour voir comment c'est en-dessous. Et comme bien souvent dans ces cas là, on se retrouvait déçu. Il tirailla nerveusement sur la dentelle aux extrémités de la culotte bouffante qui cachait partiellement ses cuisses. Ils n'étaient que des enfants après tout. C'est ainsi que dans l'espoir d'éviter tout nouveau conflit, la sirène entra dans la baignoire entre les deux garçonnet, le tissu des restes de vêtements collants à son corps au contact de l'eau. La scène aurait presque pu sembler malsaine s'il avait s'agit de quelqu'un d'autre que Silver. Il restait lui aussi un enfant dans le fond.

« Bien. On va peut-être pouvoir le prendre tranquille, ce bain. Vous pourrez aller manger après. Vous savez ce que vous avez envie de manger, dîtes moi... ? »



© FICHE D'APOLLINA POUR LIBRE GRAPH



_________________

   
   
   

Cadow
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Bonhomme en pain d’épice.
Féminin Messages : 23
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Sam 9 Aoû - 2:31

Sale bestiole, méchante chose, créature poussiéreuse et vilaine. Puante. Sale. Oh oui, ces cheveux noirs, ces yeux boueux, ce sourire dégoûtant, ces doigts qui glissent comme des araignées, pincent comme des petits insectes... Même sa voix est laide, elle grince, tremble sur les lèvres. Comme des couteaux au bord des doigts, des dents pointues déchaussées qui sautillent au bord du visage de l'enfant-d'ombres et de gadoue. Mauvais lutin au regard goudronneux, aux yeux de pétrole, à la peau écorchée. Mais que fait-il donc là ? De quel droit touche t-il son corps soyeux, son corps moelleux de brioche et de sucre candi ? Pourquoi ses mains se muent elles en oiseaux malfaisants ? Misael se pose mille questions en l'espace de deux secondes d'horreur, mais ne trouve aucune réponse. Il ne peut pas : son esprit implose dans un violent ressac de couleurs chaudes, diluées soudain dans la blancheur des joues.
Quand Poussière le touche, quand Poussière le viole, il ne trouve qu'à être secoué d'un terrible sursaut. Et son sourire vole en éclat, ses yeux s'ouvrent trop grand, ses lèvres hoquettent, sa langue pointe, s'élève indignée dans la caverne parfumée de sa bouche. Ses dents elles-même semblent saisies d'une crise. Il y a quelque chose qui vacille sur son visage, qui se déchire et s'élance, éparpillé, cataclysmique. Misael semble aussi liquide que le bain dans lequel il macère, et un vague tremblement agite ses joues tâchées, ses joues rebondies et griffées d'une brusque décoloration.
Il a perdu ses rougeurs, ses blondeurs, toute ses iridescences- il a viré au blanc d'os. Seuls ses yeux brillent encore, mais ils ont l'air de deux galets polis peints en jaune fluo. Ses pupilles tournent lentement vers le mouton de poussière, s'accrochent à sa face émaciée, filent vers lui comme des boulets de canon obscurs. Elles cillent deux fois, avant de se décider à rester bien ancrées au milieu de ses iris. Elles ressemblent à deux horribles trous noirs sur son visage atrocement blanc, atrocement martelé de tâches de rousseurs aux airs de copeaux de sang séché. Tout à coup, le gamin en pain d'épice ressemble à un gâteau impie, fait d'os, de calcaire, de peaux mortes et de cheveux synthétiques. Il semble luire, cireux. Fongueux et lisse tout à la fois. Le parfait petit sain de plâtre à la sauce gothique-punk. Ses épis de cheveux roux se transforment en lames rouillées, ses cils ont l'air de petites dents entourant des bouches remplies de pourriture ; jaune, noir, blanc, rose, tout se mêle et grouille sous ses arcades sourcilières, comme un bouillon d'asticots bigarrés.
Poussière tire sur son entre-jambe, et tout son corps se met à devenir agressif dans un brusque mouvement ; il ne bouge pas, ne frappe pas, mais perd plusieurs degrés, s'éteint comme une étoile et se rallume en tant que pâle néon. On sent venir le drame. C'est le danger qui approche, évident, gigantesque. Et en quelques secondes, il enfle, bourdonne- explose.
Misael est comme un manège qu'on lance, un carrousel des horreurs qui se met soudain en branle. Il suffisait de tirer la corde qui pend du plafond tournant, d'attraper le nœud magique offrant un tour supplémentaire.
Et il sent à peine la main crochue mais maternelle qui se pose sur son épaule. Il ne lève pas les yeux, il regarde Poussière. Immobile, granitique et gelé. Pourtant, il tourne à plein régime, son crâne éructe à l'intérieur, crache des phrases emmêlées, répète des boucles sans fins de petits cris muets, remâche des images qui se retracent encore et encore à la craie sur le tableau noir de son esprit, répète les mêmes séquences jusqu'à une sorte de nausée mentale. Misael a toujours été ce gosse un peu autiste, cette chose lente et bourbeuse qui s'englue dans ses rêves. Mais ce soir, dans la baignoire, un petit bout de chair encore piquant, il a fait table rase du monde entier. Il n'existe plus qu'à l'intérieur de lui, dans le carnage de ses pensées, dans l'horreur fantasmagorique de son imaginaire. Il y a plus de cauchemars dans la tête des enfants que d'innocence et de lumière... Ils émergent en cohortes et lui vomissent d'atroces polaroid mouvants sur la rétine, glissent dans ses veines, surfent sur sa peau gelée. Il oublie qu'il y a bien un dehors. Ses yeux se vident et sa tête se remplit.
Au loin, dans un non-lieu, maman parle à ses deux enfants ramassés par terre, comme des petites fleurs qu'on coupe et qu'on met dans un vase. Elle les rejoint dans le bain, froide, osseuse, mais tendre et rassurante. C'est une gigantesque créature marine, un squale décharné dont les flancs acérés forment une barrière entre les deux enfants- un noiraud simiesque et un rouquin ravagé à l'hélium.
Misael ne voit ni n'entend rien de tout ça. Il tourne en boucle, répète la scène. Il rembobine. Encore et encore. Dans le non-lieu, là où son corps existe, où l'eau clapote sur sa peau soudain froide, sa tête se pose entre les côtes du monstre maternel. Ses pensées vont cogner là, contre ses tempes toute proches des barreaux de la cage à oiseaux qui forme la poitrine du candélabre noir. Silver doit les sentir qui pulsent au travers des os fragiles de ce crâne de rouquin, cherchant à s'échapper, à ravager le monde. Ou peut-être pas. Peut-être que personne ne comprend ce qui va arriver.
Misael revoie Poussière tirer sur sa chair inviolée. Il revoit ses mains froides et sales qui fondent comme des oiseaux de proie, ses yeux noirs qui jubilent, ses lèvres qui égrènent un rire mécanique. Il fait un arrêt fixe sur les doigts inquisiteurs et vifs. Il zoome. S'éloigne. Tourne autour de leur corps d'enfant, enfermés dans le vase de céramique qu'est la baignoire. Il s'imagine qu'ils sont des fleurs. Des fleurs qui fanent, qui bourgeonnent à nouveau. De jolies fleurs ramassées par Silver- non. Il est la seule jolie fleur. L'autre est vieux machin rabougris, desséché. Noir, charbonneux, insignifiant. Une plante marécageuse germée dans une mauvaise tourbe.
Mais ça ne va pas. Misael rembobine. Ils ne sont pas des fleurs. Alors, alors... Deux petits garçons, deux petits... Trucs. Des bestioles. Oui oui. C'est ça. Des bestioles. Des petits animaux recueillis par Silver, par maman Silver, par copine Silver, par Silver la maîtresse. Elle leur démêle le poil, ensuite elle les brossera. Comme des petits chiens.
Deux petits chiens. Son esprit flanche, hésite, approuve. Et le non-lieu redevient le monde, son corps se remet à chauffer. Un instant, le bain semble brûlant, alors il gémit- puis sa chair se réchauffe, il recommence à irradier, lui aussi. Un petit sourire étire ses lèvres roses. Gamin se serre contre Silver, colle son corps redevenu moelleux dans les creux pâles et gelés de sa mère adoptive. Il voudrait disparaître entre ses côtes, devenir une ombre sur le corps maternelle. Une ombre qui glisserait dans son nombril, irait se loger dans le creux de ses tripes. Il pousserait une deuxième fois, il serait mieux réussit ce coup-ci, c'est promis. Aussi réussit que Tirill et ses longues mains froides.
Il y pense à peine. L'autre idée l'obsède.
Deux petits chiens. Et un grande louve qui les protège, qui les mène à la Lune.
Le bonhomme en pain d'épice lève sa bouille rebondie vers Silver, et croise ses yeux violet, une mèche de cheveux roux en travers du visage. Elle sinue, ondule, lui barre le nez, comme la vrille mourante d'un lierre calciné par l'automne. Mais ça n'a vraiment aucune espèce d'importance. Ce sont ses yeux qui inquiètent. Ses iris qui tournent comme des aiguilles détraquées, sa pupille qui pulse. Un regard d'outre-monde complètement démentiel, complètement magique, complètement défoncé. Angoissant, terrible, saturnien et heureux ; c'est un regard de lutin psychotique, un regard d'étoile humanisée. Et la lueur qui baigne les pleins de son visage joufflu, échappée d'on ne sait quelle étoile malsaine et invisible, souligne un réseau de veines bleues, violettes, roses. Comme un champs de fleurs qui s'ouvrent sous sa peau, qui éclot soudain tout autour de ses yeux.
Il y a des rouages cassés dans le crâne du gamin. Silver a le temps de comprendre, pendant une poussière de seconde... Et puis Gamin ouvre la bouche.


-Les petits garçons ne sont pas méchants comme ça. Poussière c'est un chien. Toi tu es la maman louve. Moi je suis ton bébé. Je veux qu'on aboie sous la Lune.
C'est l'explosion. Il y a une onde de choc qui ne blesse rien ni personne, un monstre à mille bras invisibles qui déchire l'espace-temps, qui déchire le crâne de Misael comme un œuf de papier et qui engouffre ses mains affûtées comme des armes blanches dans la tête des deux cibles, des deux compagnons de jeu. C'est une image subliminale, elle clignote une seconde, puis disparaît, et tout le monde a oublié ce qui vient de se passer.
Et tout le monde a oublié ce que c'est d'être humain. Et tout le monde a oublié qu'il n'était pas canin. Misael saute hors du bain, il se met à quatre pattes sur le carrelage, et il imite un loup. C'est son jeu. A lui. Ses règles. Il veut que Poussière se sente misérable, qu'il soit un pauvre petit cabot désarmé face à deux fiers chasseurs nocturnes. Ce n'est qu'un jeu, mais pour le moment, c'est aussi vrai que tout ce qui est vrai, c'est même plus vrai que ça, c'est plus vrai que l'univers lui même : le pouvoir du gamin est entré en action.
Ce soir, ce soir ils sont une meute. Et ils iront danser sous la Lune de papier.

_________________
DC de Bartel Pan.

Coquelicots:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Celui qui souffle la poussière s'en remplit les yeux.
Masculin Messages : 53

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: L'Escarbille, le Singe, la Noiraude.
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Démentia.
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Dim 7 Sep - 14:58


Spoiler:
 


Poussière s'est tu. La révolte assourdie de Misael est bien plus efficace que la gronderie redondante de Silver. Il ne boude pas, ne tremble pas, ne répond rien. Il est à la fois amorphe et figé, scrutant tour à tour les visages qui s'éloignent. Car Poussière les sent s'éloigner, lentement mais sûrement. Ils s'agrippent tous les deux, liés dans leur dégoût, dans leur rejet de lui. Ils le fixent comme derrière une vitre. Comme derrière une fenêtre avec des barreaux. Des larmes perlent aux yeux de Poussière, mais il ne hoquette ni ne les essuie, ce sont des larmes vraies dont il n'a même pas conscience. Il a l'impression qu'il a perdu, qu'il est ratatiné, puni.

La phrase de Misael lui échappe, son sens glisse sur lui, les mots dansent et tentent de s'imbriquer en une guirlande esthétique, logique, ordonnée, mais ça ne marche pas. Chien, loup, bébé, les images sont plutôt brutes mais ça ne rentre pas. Même sa mémoire vacille et s'effondre sur elle-même, comme si ses fondations avaient explosé. Poussière est loin, il se noie déjà, alors que l'eau dépasse tout juste son nombril.
Il replie alors ses jambes contre lui, pris d'une soudaine pudeur, et le visage à demi enfoui dans ses genoux, il jauge de ses grands yeux noirs et vides le visage fermé de Misael. Il lui trouve une dignité charismatique qui contraste terriblement avec l'innocence guimauve qu'il trimballait partout une seconde auparavant. Poussière perd son ascendance. Et comme un chien, oui, comme un chien, il se soumet, baisse les oreilles et cesse d'aboyer. On ne joue plus.

Le dessous de Silver s'imbibe dans l'eau et ondoie légèrement, Poussière décide de fixer son regard dessus. Les sentiment se défixent en lui, il cherche une raison d'être en colère, haineux, vengeur, mais il n'y a plus rien. Juste une confusion triste et... et loin.

– Moi je...

Sa voix est enrouée, basse, mais plus aiguë qu'à l'ordinaire. C'est une voix d'enfant qui a eu peur.
Poussière s'approche par petits sauts légers de Silver et happe le pan du tissu. Il n'ose pas regarder sa mère improvisée dans les yeux. Il a peur de voir une louve. Il scrute la fenêtre, espérant ne pas y voir pointer la lune. Pourquoi ne peut-il pas être un loup, lui aussi ? Pourquoi ne s'est-il pas tu, s'il s'était tu, Poussière serait un loup. Poussière ne serait pas loin.
Poussière sent enfler en lui une sensation oppressante qui le gratte et lui serre les côtes, il ne sait pas ce que c'est. C'est sûrement la première fois qu'il a du remords. Une envie d'uriner le saisit et il se retient de toute sa force, rougissant sous l'effort. Il halète même un petit peu, pour se ventiler. Il redoute trop que ce dernier affront soit de trop. La goutte de trop.

Poussière n'a plus envie de tester l'amour de Silver, car il n'est plus sûr de sa résistance. Il doit le retrouver, être prêt, à nouveau. Il doit devenir un loup, quand bien même faudrait-il tricher. Certains chiens ressemblent à des loups !

Très lentement, comme s'il voulait montrer qu'il ne fait pas exprès, sa petite main s'égare jusqu'à la chevelure de cendre de la Démence. Il s'empare d'une mèche et, le regard fuyant, la fourre dans sa bouche. Il mastique, lentement, toujours baissé. Le geste l'apaise.

– Moi je veux... reprend-il enfin. Je veux manger ce que Misael mange.

Il jette enfin son regard de charbon vers le garçon soleil, le regard tressaute, ocille, il n'a rien de stable mais Poussière se force à le fixer sans cesser de mâcher la mèche de Silver.

– En vrai je ne suis pas méchant avec Misael, hein Silver ?

Car il a le sentiment d'avoir fait quelque chose qui ne fallait pas, un sentiment si fort, fulgurant, une vraie muraille de pierre mais dont le souvenir est nappé d'un brouillard suffocant ! Poussière tangue complètement.
Il sourit, sourire faux, feint, forcé, à sa mama, se cramponnant aux derniers vestiges de complicité qu'il espère trouver sur son visage qui a changé. Il veut se rattraper, gauchement. Je rigolais, c'était une mauvaise blague, je ne suis pas tant un chien.

Mais si. Mais si, car le pouvoir de Misael l'affecte. Un peu tard. Un peu trop fort. Poussière est un chien, Poussière a tout d'un chien. Il siffle-chouine, comme eux, il sent un amour soumis inconditionnel à l'égard de Silver, si intense qu'il lui broie le crâne.
Des larmes coulent sur ses joues, il ne les remarque pas et mastique plus fort. Il ne sait même pas qu'il est triste. Dans un élan un peu mystérieux, Poussière se met à envoyer de l'eau vers Misael, doucement. Il lui offre son eau. Les rôles ne sont plus inversés, ils sont carrément disloqués, renversés. Poussière lâche la mèche et la remet délicatement dans l'eau où elle noircit encore plus.

– J'ai été méchant.

Brusquement, Poussière s'enfonce d'un seul coup la tête dans l'eau.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur


avatar
Moon Engineer
Masculin Messages : 286

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: Bestiole; La Démence; Le Truc; La Mante Religieuse...
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Dementia
MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   Lun 22 Sep - 22:56














❝ Innocence is Beauty ❞
" Ignorance is Death "





Maman Silver, maman louve. Déjà il glisse, dérive, fronce le nez. Ne se sent plus lui-même ou ce qu'il devrait être, perdu, puissante, aimante et sage. Louve ? Pourquoi ? Quelle genre d'idée saugrenue peut donc traverse ce petit crâne fertile ? La Démence n'a pas le temps de poser la question que déjà elle se renfrogne dans le bain, se sentant perdre conscience, affublée d'une nouvelle, de celles qui ne vous appartiennent pas. Son esprit se tord, résiste, récalcitrant qu'il est au moindre contrôle. Créature rampante et sifflante qui griffe dans son crâne, s’emmêle dans ses cheveux pour perdre pieds, grognant à cette altération mentale qu'elle ne peut encore maîtriser. Faible corps. Altérée la puissance. L'Être incontrôlé plie l'échine mais n'en reviendra que plus fort. Une prise psychique ne marche pas deux fois sur la noiraude. Elle dompte, décèle les vices cachés d'un pouvoir pour mieux le contrer par la suite. L'Architecte n'en a en soit pas conscience, mais, l'esprit semblable à une machine en perpétuel mouvement, il finit par en grincer de douleur. Qu'importe puisque déjà il en oublie ce qu'il est et à été, ce qu'il deviendra également pour s'offrir à la lune de papier, sous la demande si puissante de l'enfant de pain d'épice qui réclame sa mère aux crocs acérés. Misael ne sait pas qu'assurément, s'il désirait être enfanté, il sacrifiait sa mère pour venir à la vie. De la même façon que l'embryon mi étrange, mi grotesque avait grandit, grandit, avant de dévorer le ventre de sa mère. Né dans le sang et les hurlements, le froid et la solitude. Misael ne voulait définitivement pas de cette vie là, n'est-ce pas... ? Mais qu'importe. La Démence n'a pas le temps de comprendre et l'espace d'un instant, l'espace d'un caprice, elle n'est même plus Silver.

Éteinte, étourdie et bercée par l'instinct, la noiraude glisse une œillade améthyste au léger tiraillement sur sa mèche sombre, baissant les armes, montrant les crocs. On ne fait pas louve un être si versatile, prédateur d'origine et plus encore de tous poils si tant est que l'on puisse les imaginer à sa peau blafarde qui luit sous la lueur de l'astre, ondoyant sous l'eau comme un papillon de nuit noyé. Pour les beaux yeux d'un gosse qui ne sait pas appréhender la douleur. Maman louve lui apprendrait bien l'existence à coups de pattes, réflexion bien loin de ce Silver doucereux, tendrement cinglé. Cinglé comme l'univers qui se tord, dont les cordes vibrent au bon vouloir des doigts du gamin sucré, stridentes notes dissonantes sur la partition de l'espace temps violé. La créature se redresse à la suite de sa progéniture cette fois, éclatant hors de l'eau son corps ruisselant qui ne craint pas le froid mais qui y réagit pourtant normalement. La poussière se dissimule, tâche d'encre dans l'eau grisaille que l'Architecte – si toutefois il puisse encore être appelé ainsi sous les ordres de Misael – saisi d'une main ferme pour le redresser hors de l'eau, ignorant une quelconque exclamation de douleur, comme si les informations autre que l’instinct primaire lui glissaient sur le corps comme l'obscurité à la tombé du jour. Maman Silver remonte le gosse jusqu'à son visage, le soulevant à peine du fond de la baignoire, tiraillant sans remord aucun le cuir chevelu obscur.

«  Bouges. »

Ses crocs claquent, s'entrechoquent au visage de Poussière comme devant tant d'autres avant lui, involontairement lors de ses bavardages grandiloquant. Aussi, le petit être est encouragé à la suivre comme à conserver une certaine distance, rejeton pariât, fils illégitime à sa fierté qui n'a pour autorisation que les restes de l'autre. Plus tard, lorsqu'il aura retrouvé ses esprits, Silver s'en voudra de nouveau, à moins d'avoir oublié cet épisode malheureux. La Démence repose le petit bâtard au sol, courbant son corps pour se placer en position accroupie sans trop de mal, son métabolisme à peine humain aidant certainement à la tâche. Elle glisse un main élimée vers le petit soleil qui cavale, l'enroulant d'un bras pour le rapatrier sous son girons, là où ses côtes creusent des sillons presque accueillant pour y nicher ses joue de pâtes à pain. La truffe dans les mèches folles et les violines demi closes, la créature n'est que ce qu'on attend d'elle. L'espace d'un instant, son esprit gagne en force, esquissant l'innocente question du regard des autres sur lui s'ils le voyaient dans cet état. Des autres tels que les cinq, tel qu'un Guide chéri à la folie et au sens propre de la chose. Mais la logique se fane, meurt d'un bêtement de cils et Silver perd de nouveau pied. Près de la baignoire il a laissé Poussière japper tranquillement, surveillant du coin de l’œil sans daigner y toucher.


© FICHE D'APOLLINA POUR LIBRE GRAPH



_________________

   
   
   

Cadow
Spoiler:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur

Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Carrousel brisé [PV ~ Silver]   

Revenir en haut Aller en bas

Carrousel brisé [PV ~ Silver]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Fée Verte :: Les Autres Mondes :: Dementia :: La forêt-