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Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.

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MessageSujet: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Sam 26 Avr - 15:34

Jemima Jun Reihl
"Et le bonheur, c'était ça. Tu le découvres après, quand il est trop tard. Quand tu es déjà, pour toujours, un exilé : à des milliers de kilomètres de cette image, de ce son, de cette odeur. À la dérive." [A. Baricco, Châteaux de la colère]


Date de naissance : 13.01.1991 Âge : 23 ans   Sexe : Féminin  Orientation sexuelle : Tout. Partout. Toujours.   Monde d'Origine : Terre  Monde Actuel : Infernia la plupart du temps, mais elle ne tient jamais longtemps en place. Groupe : Égarée.   Profession :  Certains la diront fille de joie. Pour d'autres elle sera une muse ratée, à quelques-uns elle saura procurer les extases mouvantes des paradis artificiels. D'autres encore aiment et achètent les peintures de l'auto-proclamée artiste. 

POUVOIR Un bandeau sur l'oeil gauche de Jem. Pirate. Un bandeau qui cache la soeur jumelle de cette bille bleue volée à l'azur, parce que là dessous il n'y a ni orbite creux ni vilaine cicatrice. Juste un oeil gauche, un oeil bleu. L'oeil fantastique qui voit au delà. L'oeil des sens. Car quand elle se pose sur vous, cette prunelle capte aléatoirement la plus grande extase ou la plus grande douleur que vous ayez pu connaître. Et Jem la ressent à son tour, décharge aussi fugace que puissante, d'une force inouie. Parfois Jem s'en va sans masque, qu'importe vos peine ou votre béatitude, elle est prête à tout recevoir, à tout connaître, car l'artiste se doit de s'ouvrir à tout le panel d'émotions que distille l'être. Son pouvoir lui offre ces deux émotions extrêmes à l'état pur, sans qu'elle ne puisse connaître ce qui en a été l'origine chez vous. Elle ressent juste, comme vous avez pu ressentir. Mais bien souvent, comme plaisir et douleur sont séparés par des abîmes aussi bien que par une frontière floue, tellement ténue qu'elle s'efface parfois pour que l'un empiète sur l'autre, elle couvre son oeil fou, son oeil médium, et marche à l'abri de vos émotions sauvages. Pendant l'amour, au climax très exactement, le bandeau tombe, et deux iris bleus vous fixeront. Car au plus intense plaisir elle aime ajouter cet excès, pour le vivre le plus intensément possible. Néanmoins voici une mise en garde, ou selon vos inclinations, une invitation : à l'apogée des sens, quand vient la jouissance, l'union des corps influence son pouvoir. Ce que Jem ressent alors en vous regardant, il arrive que vous le ressentiez aussi. Il y a ainsi des gens qui recherchent son corps, par curiosité. Il est des gens qui sont prêts à parier, entre l'extase et la douleur, sur une nuit d'amour. Elle, elle les appelle juste ses clients.

Rang Désiré : Peintre des sens — indécence.

Behind Blue Eyes
Physique
Jem sait qu'elle est belle. Jem s'en fout. Si l'on devait résumer tout le physique de la jeune fille, de l'apparence à l'attitude, ces deux phrases feraient très bien leur travail. Mais il est l'heure de s'engager dans les précisions, car il est en ce monde comme dans tout autre un certain nombre de femmes qui se savent belles, mais qui s'en foutent. Vous pourrez le remarquer de très loin, c'est plus flagrant encore que le nez au milieu de la figure : Jem est rousse. Un roux assez clair, qui parfois vire au blond, parfois semble plutôt châtain. Un roux flamboyant tout de même, facilement reconnaissable, miroitant dans les longueurs de ses mèches un peu trop folles. Sous la tignasse rousse, il y a un visage fin. Quelque chose de félin, qui se confirme dans sa démarche et dans ses gestes. Le visage de Jem, c'est un champ de bataille où toutes les expressions possibles peuvent trouver leur place en quelques secondes. Jem est expressive, un vrai petit théâtre ambulant, et elle en joue souvent. Deux yeux, parfois juste un seul ; bleus. D'un joli bleu, certains diront azur et d'autres encore eaux claires, on n'est jamais à court de métaphores sur les yeux bleus. Jem a des yeux bleus, des yeux bleus en amande qui rient souvent et parfois lancent des éclairs. Les pomettes rehaussées de quelques tâches de son. Et une bouche, une bouche à vous faire tomber, une bouche qu'on voudrait garder rien qu'à soi pour l'éternité. Jem est grande et gracile, une jolie taille, de jolies jambes. Jem a des airs de funambule et marche portée par le vent. Elle se déplace avec souplesse, mais semble parfois perdue. Quand elle arpente les chemins et les rues, son corps tout entier semble crier : "je suis perdue, mais je m'en fous !" Et, entre nous, c'est un petit peu ça. Mais Jem a de la prestance. Le port altier d'une reine déchue, le regard qui va loin, plus loin que l'horizon, avide de conquêtes. Grande et élancée. Tout pour être magnifique, si ce n'est que la féminité, elle ne connaît pas vraiment. Oh, quand il s'agit de séduire, elle se force. Mais comprenez que parmi une foule de catcheurs, elle n'aurait parfois aucun mal à se faire passer pour la plus virile. Quand elle n'a pas besoin de jouer un jeu quelconque, soyez sûr que rien dans ses manières ne laisse transparaître une jeune femme fraîche et féminine. De sa voix légèrement rauque, Jem n'hésite pas à parler fort et si par malheur elle s'énerve, ayez la décence de couvrir les oreilles des enfants. Jem jure et des fois elle crache. Jem porte parfois des robes, mais s'assied comme un bonhomme, les jambes écartées. Jem sait qu'elle est belle. Mais Jem s'en fout.   
Psychologie
Admettons une falaise, haute de quelques dizaines de mètres, et juste en dessous la mer, un bras turquoise et avenant. Il y a ceux qui se tiendront bien éloignés du bord, par crainte de la chute. Certains descendront d'abord, fort précautionneusement, pour s'enquérir de la température et de la profondeur des flots, avant d'envisager un plongeon. Il y a un troisième cas de figure : ceux qui prennent leur élan et qui sautent, sans se poser la moindre question, les avides de sensations. Jem est de ceux là. Elle a bien changé, la petite terrienne, depuis que son souvenir n'est même plus une empreinte dans son monde d'origine. Mais c'est ce qui demeure : Jem la passionnée, l'indomptable. Jem la téméraire. Elle veut tout voir, tout faire, tout connaître. Les interdits lui sont étranger, les limites sont un concept insaisissable. Et face aux tempêtes, contre ses démons revient toujours son invariable maxime, Jem se répète et s'entête, c'est très simple : "je suis plus forte". Plus forte que ça, plus forte que toi, plus forte que tout. Ne jamais laisser voir ses failles, c'est ce qu'elle a appris alors que son souvenir doucement vacillait avant de s'éteindre dans un passé loin de son emprise. Ses moments de faiblesse, elle ne les offrira pas au premier venu. Fière en toutes circonstance ; alors vous la trouverez parfois froide, parfois agressive, bornée, insupportable. L'ancienne Jemima pouvait, parfois, se laisser aller à être frêle, submergée par ses émotions. Aujourd'hui c'est hors de question. Se montrer insensible, intouchable, c'est une condition sine qua non à la maîtrise de son pouvoir. À ses risques et périls elle a banni la peur, autant que possible, pour pouvoir se permettre de vivre à fond. Mademoiselle prend souvent des risques inconsidérés, mais gare à vous si vous osez le lui dire ! Ses réactions sont souvent violentes, à grand renfort de cris... voire de coups. Jem vit pour son art. Elle vit pour saisir un instant indescriptible et le retranscrire sur une toile, et s'il fallait plonger dans un bain de lave pour s'emparer de cet instant plus fort que tous les autres, nul doute qu'elle n'hésiterait pas une seconde. S'il y avait quelqu'un pour s'en souvenir, il verrait bien dans cette drôle de gosse le portrait craché de son père. Même s'il est parfois dur à assumer, elle considère son pouvoir comme une bénédiction, qui lui permet d'appréhender le genre humain dans ses extrêmes les plus beaux. Ressentir, c'est toucher, et toucher c'est comprendre. En comprenant elle a le droit, la possibilité exquise de passer du ressenti à l'esquisse. C'est tout ce qu'elle demande. Vous rencontrerez, si vous ne lui cherchez pas querelle ou que vous n'avez pas votre mot à dire sur ses pratiques, une jeune femme enjouée et sociable. Elle s'intéressera à vous à coup sûr, mais ne parlera pas beaucoup d'elle. Quand il s'agit de sa propre vie, mademoiselle est plutôt introvertie. Laissez-la tranquille de ce côté là, n'insistez pas. Il sera très facile de s'entendre avec ce réservoir ambulant d'énergie, mais c'est encore une fois, c'est impératif, il faut se plier à ses règles, supporter ses sautes d'humeur, accepter qu'elle saute à pieds joints dans votre intimité pour en extraire l'essence la plus pure, avec laquelle elle badigeonnera ses toiles, l'indiscrète. Jem, c'est tout de même une bonne épaule sur laquelle pleurer, elle sait écouter. Il faut cependant accepter sa franchise sidérante, vous aurez compris qu'elle n'est pas du genre à prendre des pincettes. Jem c'est aussi une femme fatale, et si vous lui demandez pourquoi elle racole, comme ça, dans le secret de la nuit, les hommes prêts à payer son prix... Sans doute qu'elle vous répondra, pourquoi pas ? Elle a une curiosité, que certains jugeront malsaine, à assouvir. Tout l'intéresse, nous l'avons dit, et la morale dans tout ça, c'est un concept trop flou pour qu'elle perde du temps à tenter de le saisir. Jem, il faut la vivre, il faut l'éprouver à cent pour cent. Il faut s'épuiser et s'user pour comprendre Jem, mais c'est un beau voyage, promis. Un voyage plein de couleurs.
Once Upon A Time
"L''horreur est la médaille de l'humanité, une médaille qu'elle arbore avec beaucoup de fierté, beaucoup de vertu et souvent une bonne dose d'hypocrisie." [Poppy Z. Brite, Le corps exquis.]
Simon Reihl était photographe reporter. Ceci est un détail relativement important, d'une part car le caractère de cet homme, qui l'avait poussé à opter pour ce métier des plus périlleux, se retrouva par la suite comme ancré en profondeur dans les gènes de son unique descendance, et de l'autre car ce même métier eut une incidence énorme sur l'existence de Jemima Jun Reihl, et ce à l'époque où elle était trop petite encore pour faire violence à ceux qui auraient l'audace de l'appeler par son prénom sans l'abréger. Simon Reihl était photographe reporter, et aux quatre coins du monde les agences de presse s'arrachaient les clichés qu'il prenait. Des clichés de guerre et d'horreur, c'était là la spécialité du photographe. Nul doute que ceci tend à prouver à quel point, même s'il sera le premier à le nier, l'être humain a soif de violence : il nous faut des guerres, des images de ces guerres. Et si vous désapprouvez que des gens aillent risquer leur vie pour capturer l'instant où l'obus enflamme l'air, ou encore celui où le civil traverse en courant la rue, priant pour qu'aucune balle ne vienne stopper sa course et déverser sa cervelle encore chaude sur l'asphalte, alors n'importe qui serait en droit de vous demander pourquoi vous, vous tenez tant à les voir quand même, ces photos, dans un grand encart illustrant un article. Pour être sûr que c'est bien vrai que des gens crèvent pour rien ? Mais ce n'est pas important, ou du moins, ce n'est pas important maintenant, tout de suite, puisque nous parlons de Simon Reihl, photographe reporter. Nous parlons aussi de Sarajevo, le 8 avril 1992. Accessoirement, nous parlons dans le même temps d'une cabine téléphonique et de la femme au bout du fil (Elsa Rheil tient dans ses bras Jemima, un an, quatre mois et des gazouillis baveux et incessants). Ils parlent, avec la tendresse des mariages encore jeunes que la distance déchire. On sait que Simon Reihl a le temps de finir sa phrase, laissant derrière lui des derniers mots doux à entendre "Mais je vais très bien... Ne t'en fait pas." À Sarajevo, en plein coeur de la guerre, Simon Reihl va très bien, ne vous en faites pas. Et le combiné n'a pas le temps d'atteindre sa juste place, et Elsa Reihl l'entend très bien, la volée de tirs qui arrose la rue. Sursaut violent, elle lâche la petite. L'ironie veut que Jemima tombe sur ses fesses, trop hébétée par le choc pour songer à pleurer, au moment même où le corps de son père vient embrasser un sol dont il ne se lèvera plus. Mais ça, elle ne le sait pas. Elsa attend. Et les secondes s'enchaînent tandis qu'à des centaines de kilomètres un combiné téléphonique, toujours en ligne, pend tristement à quelques centimètres du sol. Plus personne ne lui répondra, et Elsa attend encore un tout petit peu, mais elle sait et... Tout explose en elle, d'un coup, sans prévenur. Elsa Reihl passa des heures, des heures entière à hurler, à en avoir la gorge en sang, et hurler encore jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un tout petit filet de voix, un tout petit rien, puis plus rien du tout. À partir de maintenant la Veuve Reihl ne parlerait quasiment plus.

Jemima grandit. Amputée d'un père qu'elle n'avait jamais vraiment connu, son fantôme arrachant quelques sanglots à sa mère aux heures les plus solitaires de la nuit. Plus tard, elle se dirait qu'on aurait bien fait de supprimer son souvenir à lui aussi, dès le moment où le feu était sorti des canons sciés. Ou alors, il aurait fallu une seconde de plus à la vie de ce pauvre homme, juste une putain de seconde pour qu'il raccroche ce foutu téléphone et que maman n'ait pas à l'entendre se faire canarder. Mais Jemima n'en était pas là encore, et grandit sans vraiment comprendre, elle coula quelques années insouciantes dans un petit village perché sur une colline, où la vie est plus calme, langoureuse, où le vent emmène partout avec lui le parfum des aiguilles de pin. Pas très appréciée des autres enfants, qu'on avait mis en garde contre la mère de la gamine, folle à lier depuis ce tragique accident. Une môme un petit peu solitaire, il y en a beaucoup. Ses jeux mettaient en scène des amis qu'elle seule pouvait voir, car les enfants solitaires développent parfois cette imagination débordante, où un lit devient un navire bravant les tempêtes, un arbre un fort imprenable et une vieille grange à moitié en ruine, un palais somptueux où s'agitent une foule de courtisans, etc. Aux alentours de cinq ans Jemima devint Jem, découvrant soudainement qu'elle n'aimait vraiment pas la manière dont ces deux "m" s'enchaînaient, encadrant le "i", faisant de son nom une espèce de plainte désagréable à l'oreille. Jem, c'était bien mieux : c'était comme "j'aime". Jem les petites voitures, Jem pas les aubergines, Jem bien Mia.

Mia d'un an son ainée, qui chaque année au mois d'août était exilée chez des grand parents gâteux, dans ce petit village perché, tout seul, sur sa pauvre petite colline. La seule qui venait toquer à la porte pour l'emmener jouer dehors, devint sa très estimée meilleure (et seule) amie. Ainsi soit-il. Et comme l'âge avançait, les jeux se faisaient plus audacieux, passant des grands cris et des éclats de rire à des amusements plus secrets, ceux qu'on tait et qu'on murmure, seules dans la vieille grange. Papa et Maman, mais deux Mamans et pas forcément de bébé, baisers timides de deux enfants et une main qui s'égare, étrange, chatouillis. Il paraît que c'est proscrit, qu'on n'a pas le droit ? C'est bien ce qui rendait l'affaire excitante. Personne ne le sut jamais, car dans certains cas très particuliers, les enfants savent garder les secrets. Puis quelques étés plus tard, toutes deux se lassèrent, comme ça, et revinrent à des jeux plus conventionnels. Jem en tira tout de même un semblant de leçon : bien que ne pouvant déclarer avec certitude qu'on retrouvait la même histoire de petite graine paternelle partant à la conquête du ventre de la Maman, deux Mamans, c'était pas si mal. Moins dégoûtant en tout cas que quand Joachim l'avait embrassée avec sa langue toute dégoulinante, dans la cours de récréation. Les autres s'étaient moqués (ouh, les amoureux). L'été de ses neuf ans, Mia vint, sans raison apparente, avec un cadeau. Une boîte de peinture acrylique. Simple coïncidence, ou conséquence logique, Jem ne revit pas Mia l'été suivant. On lui apprit qu'elle avait déménagé, dans un pays, très loin, et qu'elle ne viendrait plus qu'un été sur deux. Jem utilisa tous les tubes de peinture, bariolant une myriade de feuilles, et racheta une boîte quand il n'y eut plus la moindre trace de pigment dans les tubes, et ainsi de suite. C'était comme être dans un autre monde, réalisa-t-elle au bout d'un moment, une dimension où il n'y a qu'elle et la feuille de papier, et toutes ces couleurs. Avec sa concision enfantine, elle en vint à la conclusion que le dessin était bien mieux que les gens l'entourant, ceux qui la rejetaient implicitement, sans vraiment savoir pourquoi, juste parce que c'était une loi tacite que chacun respectait à la lettre : Jem, quoi qu'étant une copine de jeux acceptable, n'était certainement pas admise dans le groupe au même titre que les autres. De solitaire, elle passa à l'exil volontaire, près des autres mais tellement loin, inaccessible. Peignant, dessinant, coloriant, des mondes annexes, des couleurs vives, des portraits cruels de ceux qui constituaient son paysage social quotidien. Dans le secret de ses pensées elle les méprisait, sans trop savoir pourquoi.

En réalité, Jem ne revit jamais Mia. Au cours de l'année suivant sa découverte de la peinture, elle apprit que sa mère était malade. Soucieux de ménager la petite, personne n'employa le mot cancer avant qu'un oncle et une tante ne se présentent, le frère de feu Simon Reihl, et sa femme. Un couple de citadins sans enfants, qui seraient ravis de s'occuper de la petite jusqu'à ce que...  Non, tout n'irait pas mieux. Même Jem, du haut de ses dix ans, l'avait très vite compris. Et quelque chose en elle fut réduit en lambeaux, en charpie, parce que c'était injuste. Injuste que ce soit sur sa famille que le sort s'acharne, alors qu'il y en avait tant d'autres là dehors qui coulaient des jours heureux. Et elle les détestait, et elle les détesterait longtemps. Il faudrait attendre de longues années, attendre qu'elle quitte ce monde elle aussi, à sa manière, pour calmer cette rancoeur intrinsèque, qu'elle ne cessait d'éprouver envers l'univers entier. Elsa Reihl s'éteint alors que Jem avait douze ans. À force de visites, voyant le piteux état de sa génitrice, elle avait déjà fait son deuil, et deux ans de larmes versées en secret amortirent la douleur de sa chute. Le sort et cette "nouvelle famille" l'emmenèrent dans la ville qui, bien plus tard, la perdrait. Oh, bienvenue à HellishDale. Les Reihl (bis, s'entêtait à ajouter une petite voix mesquine dans sa tête) étaient un couple agréable à vivre, quoiqu'assez routiniers. Et à leurs yeux, Jem un véritable amour. Parfois elle se demandait comment toute cette amertume pouvait ne pas déborder d'un seul coup, parce que cela les aurait à coup sûr noyés dans la foulée, tellement il y en avait à revendre là dedans.

Vint le temps de son adolescence, et son lot d'inconfort. Les adultes aiment à parler de "crise d'adolescence". À croire qu'ils ont tendance à oublier que ce n'est certainement pas un mal qui affecte comme ça, ponctuellement, cet être bizarre plus vraiment enfant mais loin d'être adulte. À l'adolescence on se rend compte que plein de choses ne vont pas bien. Mais ce qu'ils appellent la "crise", réalisa Jem, c'est plutôt ce moment où l'on prend conscience du fait que rien n'ira jamais mieux, et qu'il faudra accepter toutes ces questions sans réponse et cette déception immense pour éviter que tout ceci ne nous submerge. Parfois, même entouré, on a l'impression d'être infiniment seul contre tout. Cette ville, cette ville si étrange, où elle était purgée de la réputation de sa mère, lui avait permis de trouver un petit gang d'amis, une bande complice dans laquelle elle se sentait bien. Mais un jour cela ne suffit plus. Alors HellishDale, comme elle sait si bien le faire, entraîna peu à peu Jem vers ses bas fonds. Et la môme y prit goût.

Ici bas, ceux qui souhaitent sombrer ont pour ainsi dire l'embarras du choix. La ville et ses ruelles sombres offrent un panel étonnamment vaste de dépravations diverses et variées. Que choisir, entre l'alcool, la came, le deal, la prostitution... ? Oh, ne faites pas vos fillettes. Si vous vous posez encore la question, Jem décida de goûter à un petit peu de tout, à effleurer du bout des doigts chacun des vices, inutile d'en être surpris. Dans les clubs cradingues, les caves où se vautrent les junkies, les chambres où se monnaient les activités plus ou moins licencieuses, on aurait toujours pu trouver un témoin pour avoir vu passer une petite furie rousse, à condition qu'il s'en rappelle. Jem la curieuse embrassa les ennuis, les bagarres, les nuits au poste, l'absinthe pure à travers la cuiller élégamment trouée, les pilules colorées, les cartons bariolés, les garçons et les filles. Jem s'envoya en l'air plus de fois qu'à son tour, avec ou sans rémunération. Et quand elle n'en eut marre d'affronter le regard déçu et affolé de son oncle et de sa tante, de ses anciens amis et de tous ces gens très biens dans la rue qui reluquaient son regard cerné et sa peau devenue blême, Jem disparut. Elle avait dix-sept ans et l'intime conviction qu'eux ne comprenaient rien à la vie, rien à sa séculaire amertume, rien à rien. Comment se sentir vivante autrement qu'ainsi ? Qu'y avait-il d'autre, en fin de compte, quand on savait qu'à l'issue de tout ça, il ne restait rien d'autre que de la viande froide dans une boîte, qu'on vous cacherait sous terre, dans une dalle en béton, de sorte à ce que même les asticots ignorent votre corps se momifiant lentement ? Dans le squat devenu son repaire, protégée comme dans l'arbre-château-fort de son enfance, Jem peint. Elle n'avait jamais arrêté de peindre, prenant pour modèle ces étranges créatures qu'on rencontre la nuit dans le secret des ruelles, dans les boîtes entre deux enceintes, ces corps transpirants, ces chiens errants dénudés, avec leurs sourires technicolor et leurs yeux-génocides. Jem les peignait eux, parce qu'elle savait, parce qu'elle était comme eux, dans le même groupe prenant pour saint l'Oubli, désirant l'Oubli, acceptant n'importe quelle drogue, n'importe quel alcool, dans l'espoir de le rencontrer enfin. Le fleuve d'amertume avait fini par déborder, une seule victime à déplorer : Jemima Jun Reihl.

Ils ont fini par la retrouver : on la distinguait à peine sur les draps du lit d'hôpital, tant sa peau avait pris une teinte cadavérique. Jem, fantôme, parodie de corps, Jem avait flanché pour de bon et elle n'eut pas besoin de se faire dire deux fois, sur le ton ferme qu'ils employèrent, maintenant tu rentres à la maison. Et elle y resta, à la maison, jusqu'à ne plus en sortir du tout. La môme avait dix-huit ans, la môme resta à la maison et peint encore, peint, elle se peint elle, se rappelant sa face hagarde, sa gueule de mort.... Des autoportraits cruels, violents, et Madame Reihl de dire, arrête de peindre ces horreurs. Même plus la force de s'énerver. Toute sa rage avait été lessivée, tue pour un temps, un temps en suspens à la maison. Une période qui dura quelques mois tout au plus mais ne fut pas sans séquelles. Elle retrouva l'extérieur et un emploi "convenable" dans un café. C'est presque coupable qu'elle réalisa que même après les excès qui auraient pu lui être fatals, même après l'accalmie, cette vie qu'elle devait maintenant s'interdire lui manquait, au moins en partie. Mais elle tint bon, pour une fois, face à la tentation des rues qui vous rappellent, car la ville a son fruit défendu que jamais elle n'aurait dû goûter. Comment maintenant regarder tous ces petits messieurs s'en aller au bureau, comment se traîner elle-même le matin jusqu'au troquet pour y servir le même café dégueulasse en sachant qu'à quelques rues de là, on lui proposait une journée commençant sur les coups de minuit, avec des protagonistes et des intrigues toujours différents ?

Un soir sonna le glas. Comme un appel silencieux, qui la projeta dans la rue, à la recherche de quelque chose qu'elle ne connaissait pas encore, dont elle avait à peine conscience, quelque chose... L'ultime excès, il le lui fallait. Dans le dédale de rues qui avaient abritées tant de ses nuits, Jem parvint à se perdre. Là où tout était si sombre. Juste une lumière. Un drôle de véhicule abritant un drôle de gamin... Un drôle de sourire. Vous connaissez la suite, n'est-ce pas ? Le ticket, froissé, dans sa paume, serrée. Comme les gamins. Comme un trésor précieux, ces galets qu'on garde dans nos poches, les capsules de bouteille, les trombone qu'on tord cent fois. Comme un ticket étrange qu'on nous colle dans la main, qui nous traîne vers les impasses... Quelles impasses ? Il faut savoir forcer le passage. Ou compter sur une main tendue, n'avoir rien à perdre et tout à découvrir. À dix-neuf ans Jem fut raturée, éradiquée de la mémoire de tous ces innocents sans avoir grand chose à regretter. Une vie tissée de rien mourrait là derrière elle. Une autre lui tendait les bras. Elle aurait pu pleurer peut-être, en réalisant qu'elle n'avait plus la moindre larme à verser pour tout cela. Mais Jem ne voulait plus jamais pleurer, ni douter, ni flancher.

Jem voyage. On la croise souvent, du côté d'Infernia, s'adonnant à tous ces bons plaisirs que son imagination tordue lui dicte. Jem se fout bien de son Essence, Jem marche libre et sans entrave, pas d'hier, pas de demain. Pas d'adieux, que des bonjours, et que les jours sont bons ! À HellishDale, elle revient parfois. Pour se moquer du monde. Un étale de fortune dans une ruelle, où elle vend à la criée ses toiles en se riant des passants. La nuit elle se mêle parfois aux autres filles de joie, et Jem vend son corps, pour voir leur tronche quand ils se la prennent, cette foutue rafale, plaisir ou douleur, qu'importe, vous n'y connaissez rien, c'est si différend que cela devient pareil. Du pareil au même. Il est là, l'Oubli. Chez les autres : dans la vie confortable des autres tandis qu'elle, elle exulte. Jem va bien. Ne t'en fais pas.

AUTRES INFORMATIONS

• Elle ne peint pas pour que cela soit beau. Elle peint pour que cela intrigue, dérange, elle peint pour que la toile soit un miroir ou une eau profonde.
• Elle ne porte pas souvent de chaussures. Elle aime toucher le sol, effleurer la terre, piétiner vos pas, s'érafler sur le pavé. Ressentir.
• Elle aime le rouge. Le rouge, c'est bête, c'est cliché, sang-passion, mais c'est beau. Le rouge, on s'y noie, on s'y englue, c'est beau.
• Elle note ses rêves, le matin dès le réveil, dans un petit carnet. Cela ne lui sert à rien. Elle ne le relit pas souvent. C'est juste une chose sur laquelle elle aime avoir le contrôle. L'impression de l'avoir, au moins.
• Essayez seulement de l'appeler Jemima, pour voir.   

Derrière l'écran
VLAD. → Âge : Un peu entre deux eaux, dix-huit ans à peu de choses près. Sexe : Enfin voyons, pas le premier soir quand même c: (g d zovèr)  Comment avez-vous connu le forum ?  : Il m'a fait d'l'oeil sur un topsite. Puis après je suis tombée éperdument amoureuse. Personnage de l'avatar : Asuka Langley, Neon Genesis Evangelion. Code du règlement : Code Validé par Silver~ Un autre compte ? : Un jour, peut-être.
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Dernière édition par Jemima Reihl le Dim 27 Avr - 6:38, édité 9 fois
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Moon Engineer
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Surnoms honteux: Bestiole; La Démence; Le Truc; La Mante Religieuse...
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Dementia
MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Sam 26 Avr - 15:50

Bieeeeeeenvenue à toi demoiselle borgne! (Oui on aime les borgnes ici, et les estropiés, et les tarés, et les tourterelles, et les barbus.) Ravie de te compter parmi nous en espérant que tu te plaise lors de ton séjour à HellishDale! Bonne continuation pour ta fiche également, je reste disponible par mp au cas où tu aurais des questions ou un quelconque besoin de précision! o/

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Cadow
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Frozen Heart
Masculin Messages : 72

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Surnoms honteux:
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte):
MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Sam 26 Avr - 16:27

Bienvenue à HellishDale, demoiselle. :)

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Chasseur d'horizons - Ombre sauvage
Masculin Messages : 234

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Surnoms honteux: Trop pour les citer ; on le dit volage, sauvage, presque fou peut-être. Amusez-vous avec ce matériel.
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte):
MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Sam 26 Avr - 18:44

C'EST TERRIFIANT. Comme nos personnages sont fait pour être mis en contact. ( SANS MAUVAIS JEUX DE MOT. Ou point trop. /out )
J'aime oh mon dieu, je vénère. Ton écriture est piquante, et ton personnage sauvage, éclatant, épicé, je gnnn.
A bientôt.

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Kairec <3
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MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Sam 26 Avr - 22:25

HAN MERCI.  
Je suis une fausse borgne mais on va faire avec, je suis suffisamment tarée pour compenser promis (et j'arrête de me raser si c'est nécessaire). (Puis ce forum a réussi à me faire sortir d'une hibernation de deux ans dans le rp jveuxdirevoilà ijhgfc).
Sinon Bartel piquée par la curiosité J'AI LU TA FICHE ET  TT___TT JE. Oh. Ui. Je.

EDIT —Bon ma fiche est FINIE youhouh tralalalala. Je l'ai écrite un peu d'une traite, vu que je suis pas particulièrement la princesse de l'orthographe et que la grammaire et moi on se fait la tête, j'ai essayé de me relire bien comme il faut pour que ce soit.... correct, j'espère que ça ira. Et que c'est pas nul aussi.
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Celui qui souffle la poussière s'en remplit les yeux.
Masculin Messages : 53

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: L'Escarbille, le Singe, la Noiraude.
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Démentia.
MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Dim 27 Avr - 11:46

Bienvenue jeune recrue (non tu n'es pas encore validée, faux espoir hinhin) !

Ton personnage est assez atypique pour ce genre d'univers et ça c'est cool. Surtout si tu t'entends avec Bartel.
J'ai beaucoup aimé ta fiche, comme tout le monde, et je ne doute pas que tu sauras foutre le bazar t'intégrer à notre joyeuse bande.

Au plaisir, jeune fille. 8D
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MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Dim 27 Avr - 13:03

Oh merci beaucoup ! Contente que ma fiche te plaise ♥
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MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Dim 27 Avr - 13:53

AH PUTAIN CETTE FICHE EST GENIALE JE T'AIME JE JE JE JE JE HAAAAAAAN
GNrkjjrljoaooa je veux écrire avec toi et relire ta fiche un peu. *w*

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MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Dim 27 Avr - 15:00

OH BAH. JE. Oh. Merciiiii. T'as intérêt à m'accorder un rp dès que possible, voilà.
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MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Dim 27 Avr - 15:46

Compte sur moi, j'adooooore commencer des rps de manière déraisonnable. Hinhin. /out
( Mais je te préviens, tu t'exposes à d'horribles pavés. Là, j'écris une réponse pour Silver. J'en suis au tout début. Elle fait trois pages. ET DEMIE. ) ( je veux mouriiiiir pourquoi est-ce que c'est si intolérablement long ? ;_;)

Tu es mal barré si tu es aussi inspirante que le sont ses post. /out

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MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    Dim 27 Avr - 21:49















 Tu es Validée!!



Bien, bien, bien. J'aime ÉNORMÉMENT ta fiche. La vie que tu as insufflée à Jem, son parcours, tout ça. Le tout sans en faire trop.

Elle a un caractère tout à fait sympathique, de plus, son pouvoir est réellement intéressant sans pour autant partir sur de grandes limites à lui imposer puisqu'il ne permet pas nécessairement à ton personnage d'avoir un avantage sur autrui. L'histoire est également intéressante et respecte parfaitement l'univers du forum. (Jem me fait penser à une sorte de version plus jeune et féminine de Bartel ahah XD) Je te valide donc!

Tu peux à présent aller créer ton journal intime et bien entendu commencer à rp! Félicitations!

Silver.
(c) Fiche par Calys de L.Graph'



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MessageSujet: Re: Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.    

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Jem • Moins perdue que ceux qui croient savoir où ils vont.

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