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Silver SilentCry - La Démence

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Moon Engineer
Masculin Messages : 286

Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: Bestiole; La Démence; Le Truc; La Mante Religieuse...
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte): Dementia
MessageSujet: Silver SilentCry - La Démence   Dim 23 Juin - 17:43

Silver "Leia" SilentCry
Date de naissance : 1er Avril. Âge : 16 ans depuis... Très longtemps.  Sexe : Plus ou moins masculin. Hermaphrodite.   Orientation sexuelle : Indifférent Amoureux.   Monde d'Origine : Tenebris.   Monde Actuel : Il oscille entre la Terre et son monde: Dementia.   Groupe : Architecte.   Profession : Créateur d'un monde, guitariste à l'Undergound à ses heures perdues,  emmerdeur professionnel à plein temps. 

POUVOIR : Télékinésiste. C'est une puissance incontrôlable qui se cache dans le corps de cet adolescent. Capable de déplacer des objets et des personnes par la simple force de sa pensée, ce pouvoir reste tout de même très limité si l'on considère qu'un utilisation de quelques minutes lui provoque des maux de têtes et qu'une utilisation encore plus longue le plonge facilement dans un sommeil pouvant durer plus d'un mois. Aussi, il restreint cette capacité destructrice autant que possible, ne sachant pas la maîtriser correctement. Lorsque la colère prend le pas sur sa raison pour réveiller son pouvoir, les yeux de Silver vire au noir d'encre.

Behind Blue Eyes
Physique
La Princesse Blanche Neige qui aurait subi quelques dégradations mineures… Pour commencer, cette… Chose, non, ce n’est pas un homme. Vraiment pas. En vérité, c’est peut-être même plus proche de l’animal. C’est encore ce que l’on peut se dire en espérant conserver l’image de la virilité masculine… Pourtant si, Silver est bel et bien de sexe mâle, ou en tout cas plus ou moins. Un corps fragile, frêle et trop tendre. Si facile à briser… Trop uniformément pâle pour être en bonne santé, sa peau est plus proche du blanchâtre d’où ressort par endroit quelques veines bleutées. Les cheveux noirs corbeau, sombres comme du charbon, coupés courts et presque rasés derrière. Devant, plusieurs mèches tombent sur son visage de poupée, chatouillant ses joues et venant bien souvent recouvrir sa vision. Rarement coiffée, sa chevelure se retrouve bien souvent décorée de multiples petits épis. Un visage enfantin aux quelques rondeur encore présentent malgré ses joues légèrement creuses. Un nez banal et pourtant charmant, légèrement retroussé et fouineur, lui conférant par instant un air de rongeur. Puis ses lèvres. Charnues et surtout écarlates, toujours quelque peu abîmées. De jolies lèvres en forme de cerises qui incitent au baiser ou au morsure, qui ajoute quelque chose d’encore plus féminin à cet être sans sexe et dont s’échappe une voix asexuée, quoique plutôt grave et traînante. Ses paupières lourdes bien souvent maquillées de noir couvrent ses grands yeux en amande, couleur d’améthyste taillée, voilés de longs cils noirs. Ses oreilles sont percées et très légèrement pointues, bien assez pour dénoter de son manque d’humanité. Un seul trou du côté droit où ses cheveux sont à peine plus longs, deux trous sur son oreille gauche, là où ses mèches sont plus dégagées.
Son cou est mince, ses épaules anguleuses et son torse maigre. Sans ses vêtements, Silver ne fait pas tellement envie. Si maigre… Ses côtes roulent sous sa peau au moindre mouvement, son ventre est plat et ses hanches presque inexistantes à défaut d’être seulement fines. Il y a quelque chose d’à la fois attirant et répugnant chez Silver. Il pourrait être mignon, s’il n’avait pas cette maigreur maladive, si les os de sa colonne vertébrale n’étaient pas si proéminents pour peu qu’il veuille se pencher en avant. S’il n’était pas aussi étrange. Il a quelque chose d’à la fois charmant et malsain. Ses mains son minuscules et il a gardé les ongles longs après toutes ces années pour une simple question d’esthétique et d’utilité. Autre détail choquant : ses poignets et ses chevilles sont minablement fins, on pourrait presque en faire le tour en formant un rond avec son index et son pouce. Une simple broutille qui contribue cependant grandement à donner cette sensation de mal être en l’observant. En vérité, cette créature ressemble à un bâton, voir à une poupée désincarnée dont les membres s’agitent encore pour ne pas mourir.
Ce physique étrange et inquiétant ainsi que sa petite taille avoisinant le mètre soixante-trois lui confèrent une agilité hors du commun. Aussi, il n’est pas rare de le croiser percher sur un meuble quelconque dans une position plus proche de celle d’un animal que d’un humain. Il est également tout à fait capable de se réfugier dans des endroits inaccessibles à n’importe qui d’autre, comme sous un lit, par exemple. Sa rapidité est également exacerbée et lui permet de se glisser d’un endroit à un autre en un éclair, ce qui s’avère fort utile pour la chasse et la fuite.
Autre que ce triste tableau qu’il dissimule bien souvent sous des vêtements amples, il cache tout particulièrement une poitrine à peine développée mais suffisamment pour qu’elle se rappelle sans cesse à lui. Pas qu’il la déteste… Il trouve ce détail simplement gênant et très peu harmonieux. Mieux vaut cacher ce qui pourrait attirer l’attention des méfiants…
Psychologie
     D'une part il y a Silver. De l'autre, il y a Le Monstre.

    Des deux, c'est peut-être la premier que l'on a le plus envie de rencontrer. Le moins dangereux. Le moins étrange. Silver, c'est le petit punk rencontré au détour d'une ruelle sombre. La « femme fatale » sans complexe avec des tics nerveux toujours omniprésents. Pour vous rappeler que la faille n'est pas loin, au moindre faux pas de votre part. Il sautille partout, sans arrêt, provoque presque sans le faire attention, s'amuse d'un rien et râle surtout, beaucoup, tout le temps. Avec son sourire enjôleur qui se veut adulte tout en restant enfant, il semble sympathique, jusqu'à ce qu'il perde son sourire, que son regard se voile dans le lointain, lorsque vous essayez de le toucher.
      Le Monstre. Cette créature qui dort en lui et menace de se réveiller à chaque instant. Ce mauvais côté qu'il trahie sans cesse en se tortillant les doigts, se tripotant les cheveux et peinant à respirer lorsqu'on lui pose une question trop complexe, trop personnelle. Celui-là, c'est l'enfant qui tente de freiner l'adulte, de le réduire à l'état de doux rêve, le fantasme que Le Monstre se refuse à accepter. Quelque part, Silver est resté enfant. Quelque part, grandir le blesse, le met à vif. Parce qu'il n'a pas eu le choix, parce qu'il aurait aimé ne pas être brisé en pleine enfance. Aurait. Le passé c'est bon pour la mémoire, et il n'en a jamais eu beaucoup. Mais l'enfant demeure, mène une bataille intérieure sans merci avec l'adulte forcé. Quand il devient Monstre, Silver n'est plus réellement atteint par la réalité autour de lui. Il parle doucement, plus pour lui-même que pour être entendu, hurle à la moindre contrariété, hystérique et instable. Quelque part dans son attitude, dans ses gestes, il est enfant, tout en ne changeant pas d'apparence. Tout est dans sa façon d'être. Il est comme une petite fille, à jouer avec les ailes de fragiles papillons, ces hommes, avant de se lasser, et de les égorger comme des porcs. Car c'est ce qu'ils sont à ses yeux. Tous des porcs bon pour l’abattoir. Alors il éclabousse les murs de sang, sa jolie robe par la même occasion, maculant ses joues pâles d'écarlate. Ils ne l'amusent plus, alors ils deviennent plus utiles une fois morts.

        Silver n'a pas conscience de devenir Monstre, et inversement, d'ailleurs le passage de l'un à l'autre est presque inexistant, invisible puisqu'il vit avec ces deux parts de lui en permance. Pourtant, il ne souffre pas d'un quelconque dédoublement lattant. Il est seulement rongé intérieurement par la haine, la colère, le regret... Toutes ces choses qui s'insinuent en lui comme un vil serpent et le pousse à tout rejeter. A ne pas grandir. A refouler sa sexualité. Le Monstre voudrait accepter cet adulte, mais n'est pas capable d'en assumer les actes. Alors il reste Silver, mi-adulte mi-enfant, près à basculer d'un extrême à l'autre en quelques minutes.
Once Upon A Time
Désolée mon amour j'ai la bouche bien cousue
De ces fils barbelés en forme de motus
Où s'accrochent tour à tour mes idéaux perdus
Ces mensonges emboités comme des poupées Russes
(Le crâne Corbeau - La Fille d'Octobre)


Partie I
Le goût de la cendre.



Il naquit Monstre d'emblée, durant la nuit qui séparait la dernière heure de Mars du premier matin d'Avril. Vint au monde une minuscule créature braillard aux yeux de biche, pas plus grosse qu'un chou, de la chaire à vif encore pendante au coin des lèvres. Sa pauvre mère n'aurait pas dû. Elle n'aurait pas dû être si naïve, être assez sotte pour se laisser séduire par cet homme un peu trop bien sous tous rapports. Comme juste punition, elle enfanta d'un Monstre, petite chose ni vraiment humaine, ni complètement sirène. Mais Saphyra n’eut même pas droit de vivre assez longtemps pour contempler les grands yeux innocents de son rejeton déjà rongé par la faim.

Car voyez-vous, comme n’importe quel bébé, un nouveau-né sirène doit également être nourrit au premier jour de sa vie, mais pas par le lait maternel. Les deux premières heures furent les plus douloureuses. Lorsque le bébé commença à la dévorer de l’intérieur pour se frayer un chemin dans son corps, elle ne voulut que l’arracher à son ventre, logea des croûtes de sang séché sous ses ongles. A cet instant elle se moquait totalement que cette chose soit issue de la semence d’Ivaldo ou pas. Puis la souffrance irradiant son corps fut trop forte pour que ces sens ne puissent que le concevoir. Elle était déjà en train de s’éteindre lorsque, à peine plus tard, le bébé s’éleva dans la masse nauséabonde de ses chaires déchirées. Elle n’était plus femme, elle était dépouille. Elle était mère. Poisseux de sang, l’enfant se mit à hurler après sa défunte génitrice.  Il n’aurait sans-doute jamais survécu dans cette chambre froide et humide - les bébés sirènes ne survivaient d’ailleurs jamais bien longtemps si leur mère accouchait seule - s’il n’avait pas pleuré si fort au point d’alerter les propriétaires de l’auberge. Le couple de paysans dû forcer la porte pour entrer, manquant de s’étouffer avec les effluves pestilentiels du corps de la mère. Cette femme avait loué cette chambre il y avait de cela quelque jour et n’en était pas sorti, déjà enceinte en arrivant. Malgré ses réticences compréhensibles, le mari dû se résoudre à aller arracher le petit être de sa prison de chaire, le petit criant encore plus fort lorsqu’il fut séparé de la chaleur maternelle.

« On devrait le noyer. » proposa-t-il de sa voix brute avant que sa femme ne lui prenne le bébé des bras, maculant son tablier de sang pour l’enrouler dedans en guise de lange de fortune. Elle proposa de le confier à la famille restante, décision jugée brillante par l’époux peu désireux de s’embarrasser d’un enfant de plus. Toujours tout ensanglanté mais ayant retrouvé un semblant de chaleur humaine, l’enfant se mit enfin à gazouiller, agitant ses jambes minuscules.

A peine quelques jours plus tard, Silver – car tel était le nom qu’indiquait les écrits laissés par la mère – fut confié à sa tante et son oncle, résidants alors dans un petit village totalement isolé. Le couple accepta de garder l’enfant, la sœur jumelle de Saphyra elle-même enceinte de plusieurs mois à cet instant. La petite sirène terrestre fut élevée loin de ses rares paires, comme un véritable membre de la famille. Il assista peu avant sa première année complète à la venue au monde de son cousin, Enjyu. Un petit ange aux yeux transparents qui n’eut jamais de premier cris, ni même jamais le moindre mot. Silver grandit à ses côtés et noua avec son cousin une relation inébranlable. Si le plus jeune ne parlait pas, il lui montrait parfois ses tours, lorsqu’il pouvait faire voler des choses sans les toucher… Enjyu était le réceptacle d’une grande puissance capable de provoquer  désastres comme miracles. Un jour, à force de concentration, l’enfant avait brisé la nuque d’un chat errant qui passait par là. L’aîné avait pleuré toute la journée après ça. Pourtant il l’aimait, d’un amour pur et inconditionnel.

Mais Silver n’était pas de ceux capables de s’accrocher au bonheur.

Il avait déjà un peu plus de treize ans lorsque la catastrophe éclata. Ce jour il… Il chassait en forêt. Oui, voilà. Il devait sûrement courir après quelques oiseaux, riant à en perdre haleine tout en batifolant de branches en branches. Ses cheveux avaient certainement ramassés leurs lots de branchages, s’y agrippant comme des toiles d’araignées, avant de définitivement se prendre à un arbre, le faisant choir dans sa course. Dos contre terre, son regard n’en croisa que mieux les volutes de fumée s’élevant dans le ciel. Il fronça les sourcils, ne réalisant tout d’abord pas l’ampleur de ce signe, avant que l’idée insidieuse ne vienne glisser dans son esprit pour le corrompre lentement. Tous les scénarios passèrent dans son esprit à une vitesse affolante. Son cousin ayant perdu le contrôle de ses capacité et ayant déclenché un incendie, une bande de pilleurs venus ravager les maisons… Ses petits pieds nus et sa course rapide le conduisirent enfin au village dévasté par les flammes. Affolé, l’adolescent eu le réflexe de chercher ce qu’il restait de sa famille dans leur demeure, ne pouvant pas y accéder à cause des débris de planches qui barricadaient les entrées, même pour un être aussi agile que lui.

« On rentre ! Ça devient trop dangereux par ici ! »

Silver fila rapidement trouver une cachette en entendant les voix d’hommes discuter entre elles. Ils faisaient allusion à un certain Maître. Le petit être compris alors qu’ils faisaient allusion à l’Architecte de leur monde. Ce monstre qui les condamnait à la famine et à une mort certaine… Du haut de son jeune âge, il n’était pas encore capable de tout comprendre, de tout discerner dans le mécanisme complexe de la gestion politique de ce monde, mais il avait retenu le principal. Il avait compris qu’ils étaient gouverné par un homme mauvais, aigri par sa vieillesse et ne semant que malheur et désolation. Il avait compris qu’il n’était plus tout à fait un enfant le jour où il avait réalisé que Tenebris dépérissait, ou tout du moins encore plus que d’habitude.

Ce monde n’était plus qu’une vaste ruine mal gérée aux yeux des dirigeants des autres mondes. Ils étaient bien misérables et l’Architecte, bien que encore craint et respecté, n’allait pas en s’arrangeant dans sa folie. C’est à cet instant que le jeune homme compris. Des Guides. Ces ouvertures vers les autres mondes qu’on évoquait ici à mi-voix, tel des êtres divins. Ils étaient si rares et si convoités que le vieux devait certainement être prêt à tout pour en obtenir.

Enjyu.

Ils avaient provoqué l’incendie, ils voulaient lui enlever son Enjyu ! Il avait toujours été spécial… Pourtant il ne distinguait rien entre les mains de ces brutes. Esquivant les envahisseurs, Silver se faufila entre les braises, ne craignant nullement la chaleur. Ses pas le conduisirent jusqu’à la ruine que constituait à présent l’église et il lui sembla y distinguer quelques cheveux roux.

Le Ciel était chargé de lourds et sinistres nuages noirs en cette fin d'après-midi étouffante. Les volutes de poussières sombres s'élevaient dans l'air, s'insinuant dans les moindres recoins. Les corps sans vie brûlaient lentement, dégageant une odeur nauséabonde tandis que le bâtiment sacré se consumait un peu plus à chaque seconde. Ses cheveux, aussi noirs que la fumée qui infestait l'atmosphère, traînaient au sol. Ils auraient pu être bien beaux s'ils ne battaient pas la cendre qui maculait la terre sous les secousses féroces dont était prise leur propriétaire. Ses prunelles étaient brouillées par les larmes qui coulaient sans interruption sur son visage de porcelaine. Et "elle" hurlait, se débattait de toutes les maigres forces qui lui restaient, un filet de salive luisante s'écoulant le long de ses lèvres abîmées. C'était fini, tout était fini, terminé... Sa raison de vivre avait disparu dans les flammes, dévorée....

Puis une apparition blanchâtre, pâle comme la lune et entourée d’une couronne d’automne. Des mains glaciales qui se posent sur ses joues et un baiser de mort déposé sur son front. Un dernier cadeau de Enjyu, puis plus rien.

A son retour à la réalité, Silver compris qu’Enjyu avait disparu. Il était… Simplement ailleurs. Il le sentait. Viscéralement. Il était parti, mais il n’était pas mort. Il ne pouvait pas mourir. L’aîné le sentait, il voulait y croire. Il attendrait le jour où il pourrait enfin le retrouver. Mais en attendant… Il était condamné à l’errance. Et à découvrir la vérité sur cette nuit-là…A découvrir le coupable de l’incendie. Celui qui avait allumé les braises et avait réduit sa vie en cendre. Traînant la patte comme un animal acculé, il regagna les bois dans lesquels il réussit à survivre sans trop de mal pendant plusieurs mois, se nourrissant de chasseurs d’esclaves qui passaient par-là et d’animaux. Il n’avait plus besoin de faire des concessions, comme au village où il devait se contenter de bêtes. A présent, la viande humaine était une collation bien plus agréable et conséquente. Plus particulièrement lorsque cette dernière provenait d’hommes peu scrupuleux et prêt à vendre la vie d’autrui pour quelques pièces. Il opérait souvent de la même manière, les traquant dans les arbres, se camouflant dans les feuillages, avant de bondir sur celui qui aurait eu le malheur de rester esseulé.

Le manège dura un petit moment, avant que la tendance ne s’inverse. Immobilisé rapidement et maîtrisé avec tout autant de facilité, la créature retournée à l’état sauvage fut mise en cage. « Une sirène ! Il n’en reste plus beaucoup par-ci, on en tirera sûrement un bon prix ! » C’est ce qu’ils avaient braillés en reculant alors qu’il essayait de mordre les barreaux. Il avait voyagé une semaine ou deux comme ça, entre quatre grillages, enroulé dans ses cheveux en guise de piètre défense. Il y en eu d’autres, des humains, des voyageurs des bois ou des voleurs à la manque. Ils étaient destinés au marché noir, là où le trafic d’Hommes allait bon train. Ce jour-là, Silver remarqua vaguement un humain, monté sur un impressionnant cheval noir, l’œil terne, ayant l’air d’avoir bien vécu. Le vieillard ne semblait que porter un très vague intérêt à l’agitation ambiante, jusqu’à ce que son regard se pose sur les esclaves.

Car plus haut sur l’estrade, il y avait cette créature, plus petite et plus faible que les autres, mais la tête haute, le menton hautain. Le froid mordait sa peau et les effets se faisaient sentir sous le tissu fin de la chemise de nuit blanche qu’il portait pour seul vêtement. Pourtant il demeurait impassible, comme si cela semblait ne pas l’atteindre. Le vieil Architecte ignorait alors qu’il ferait l’une de ses plus grandes erreurs en décidant d’acheter cette créature dans le lot.

C’est en arrivant au manoir que Silver compris à qui il avait à faire. Tant mieux ou pas, dans tous les cas il était d’autant plus proche du but. Si l’incendie avait éclaté à cause de l’un des hommes de ce vieux Roi, il ne pourrait que mieux le retrouver ici. A peine après son arrivée au manoir, il apprit à laver et à cuisiner pour le maître, chose qu’il avait déjà l’habitude de faire dans son foyer déchu. Pas de discussion avec les autres serviteurs, juste une tentation omniprésente de les dévorer, la faim qui tenaillait son estomac.

Ses attitudes étranges n’échappèrent pas au maître qui l’observait déjà depuis un moment. Une sirène. Il l’avait deviné. Une rareté. C’est principalement ce qui l’avait poussé à acheter un adolescent si faible avec les autres. Il l’avait laissé travailler aux cuisines dans un premier temps, lui lançant de temps à autre quelques regards. Du haut de son bon nombre d’année derrière lui, le vieux Roi s’ennuyait. Son règne se ternissait un peu plus chaque jour alors qu’il sombrait peu à peu dans la folie. La jolie sirène avait eu le mérite de piquer sa curiosité. Silver l’avait senti. Il avait eu peur, puis s’était souvenu de son désir de vengeance. Tout supporter plutôt que de laisser la mort de son amour impunie.

Pourtant… Ses souvenirs s’altéraient. Les évènements de cette nuit lui semblaient flous. Juste une sensation, un malaise ou un brin d’odeur qui lui échappait aussitôt lorsqu’il tentait de se remémorer des détails. Tout semblait lui échapper. Depuis combien de temps cela était-il arrivé ? Et lui… Depuis combien de temps avait-il fuit… ? Quel âge avait-il... Treize ans ? Un peu plus, oui voilà. Un détail bénin qui lui échappait parfois tous comme les forces quittaient parfois son corps sans crier gare.

Et à seulement treize ans, peut-être quatorze, la sirène compris que le corps n’était qu’un outil pour arriver à ses fin, que grandir se vivait comme une déchirure. Il l’avait deviné. Il l’avait ressentit dans ses chaires. Son instinct l’avait alarmé, lui avait ordonné de fuir. Et pourtant, lorsque le maître décida de le prendre à part dans ses appartements, il ne fuit pas. Il voulait des réponses. Il voulait comprendre les raisons du feu, les raisons de cette destruction violente et soudaine. Si pour cela il devait grandir, alors il le ferait. Enjyu méritait tous les sacrifices. Et quoi de mieux que la place la plus proche de l’Architecte pour tout contrôler dans l’ombre ?! Il était temps de réveiller Le Monstre. Pendant que le vieux était sur lui, l’écrasant de tout son poids, l’adolescent ne cilla pas, n’émit pas une plainte, pas un pleur. Ce jour-là, alors qu’on lui volait la virginité qu’il avait préféré vendre dans la souffrance, il pensait déjà aux multiples façons dont il pourrait se venger.

« Tu es une sirène, s’ils l’apprennent, ils voudront te voir mort. Moi je te protégerais, je te garderais près de moi. Montre-toi obéissant et ne fait pas trop de bruit, en échange, j’assurerais ta protection.

- Alors j’imagine que je n’ai pas le choix… »

Il souriait en disant ces. Ce rictus malsain ne le quitta plus après cela. Spéculer des mauvais tours dans l’ombre devint son occupation principale dans cette cage dorée au-dessus d’un monde de cendre. C'était devenu son unique moyen pour supporter la présence du vieux maître. Imaginer tous les stratagèmes possibles pour lui rendre la vie difficiles, le temps de trouver la vérité sur son passé qui lui échappait de plus en plus. Après la première fois, le maître délaissa son état de serviteur pour en faire son favori. Un bon brin de toilette et des vêtements neufs pour la poupée royale. Il commençait à s’habituer à cet état… Le seul moyen de comprendre avait été de devenir l’animal de compagnie de l’Architecte. Il aurait pu le repousser, mais il avait préféré essayer de courir après des souvenirs devenus flous. Au final, à qui la faute… ? Silver n’était que l’instigateur de sa propre destruction… Sans jamais oser se l’avouer. Il avait besoin d’un autre fautif. Cet horrible maître cruel avec son propre monde faisait bien l’affaire. Il ne l’avait pas forcé, pas une fois ! La créature s’était brisée elle-même, ironiquement.

C’est ainsi que se forgea cet être exécrable. Prenant exemple sur l’entourage qu’il avait acquis pour se forger, Silver apprit à mentir aussi facilement qu’il respirait, à simuler ses émotions tant et si bien qu’il arrivait presque à s’y perdre lui-même… Un animal désobéissant, restant docilement sur les genoux de son propriétaire lors des réceptions pour ensuite aller séduire et forniquer avec les convives dès qu’il avait le dos tourné. Bien entendu qu'il n’aimait pas cela, il ne faisait pas cela par plaisir, seulement par petit revanche personnelle. Il avait également pris pour habitude de dévorer ceux qui avaient été chargé par le maître de s’occuper de lui. Ceux qui coiffaient ses cheveux ou faisaient sa toilette. « J’avais faim, ce n’est pas ma faute. » était son unique excuse lorsque le vieux entrait, les yeux écarquillé devant la surprise.

Parfois, il l’enfermait à clef dans une pièce sombre et sans fenêtre en guise de punition. Silver développa rapidement une claustrophobie et une violente peur du noir qui le poursuit encore aujourd’hui. Le vieux Roi était possessif, en plus d’être violent et passer ses nerfs sur lui lorsque l’envie lui prenait dans sa demi-folie. Mais le jeune homme n’en démordit pas. Son temps libre, il le passait à lire, à éplucher la bibliothèque et les archives du manoir à la recherche d’informations éventuelle sur la destruction de son village. Mais rien. Jamais la moindre trace. Il perdait patience.

Trop de douleur pour trop peu de réponses. Un coupable vite… Le maître… Il devait payer. Il était responsable de tout. De la mort, de la douleur… Il n’avait pas le droit de vivre.

Ce soir-là, Silver l’attendait dans le lit. Il le forçait souvent à dormir avec lui. Comme d’habitude, il le laissa s’approcher de lui, comme d’habitude, il ne portait pas grand-chose. La seule chose qui sortait de l’ordinaire, c’était que cette fois, la sirène avait caché un poignard sous les draps et que son cœur était envahi de noirceur. Le maître le laissa passer au-dessus ce soir-là, loin de se douter des intentions de l’animal. Quelques minutes de séduction, une lame luisante qui se lève au-dessus d’un regard désincarné, du sang qui coule, les yeux enragé du vieillard qui le jette hors du lit, lançant un coup de pied dans ses côtes. Il hurlait, il l’accusait, et la voix de Silver fut la plus forte, la plus criarde.

« TU L’AS TUE !! Tu me l’as tué, espèce de vieux salaud ! Il était tout ce que j’avais et toi… Tu as provoqué l’incendie et tu l’as tué ! »

Il pleurait, les ongles enfoncés dans les jambes du vieillard, espérant provoquer une pointe de douleur dans cet être sec. Mais rien. Rien de plus qu’un rire méprisant et une main venant l’empoigner par la gorge.

« Tu me crois assez idiot pour avoir ordonné que l’on brûle ton misérable petit village alors qu’il abritait un être si précieux ? Ne me fait pas rire Silver ! Si l’un de mes hommes a commis cet accident, il doit déjà être mort de ma main à l’heure qu’il est d’avoir laissé mourir un Guide ! »

Sa tête lui vrillait. Il ne voulait pas accepter cette vérité. Il s’était tant persuadé que ce monstre était l’auteur de ce désastre que… Il disait la vérité. L’adolescent voyait la sincérité dans son regard, ça entre autres vices, mais elle était bien là. Ces dires étaient logiques. A force de vivre en compagnie de l’Architecte, il avait appris tout ce qu’il y avait à savoir sur les Guides, sur les Essences, les échanges entre les Mondes… Les êtres capables de faire voyager étaient si rares… En tuer un par pur caprice n’était que folie. Les larmes se mélangèrent au sang sur ses joues et la vérité lui sembla encore plus lointaine. Pour rien... Il avait enduré ces maltraitances volontairement, POUR RIEN ! Une nuit de plus enfermé dans cette pièce sombre et vide, à ressasser ce que lui avait coûté cette révélation de foire ! Il avait hurlé les premières heures, terrifié par l’obscurité, puis s’était progressivement calmé, tombé dans un état catatonique. Tout ce temps, passé à se ronger par amour, à se laisser dévorer par la folie et à écarter docilement les jambes pour ce vieillard… Tout ça pour rien… Sa volonté de comprendre était encore là, oui, mais comment… ? Il voulait vomir…

Le maître compris que le cas de sa créature était irrécupérable. Lorsqu’il le fit sortir, son premier geste fut de lui poser une serpillère entre les mains, soupirant en se passant une main sur le visage.

« Tu peux reprendre ton travail, ou même partir si tu veux, ça m’est égal. Tu es trop désobéissant, tu me fatigue, Silver… Reste au manoir si cela te chante, sinon, hors de ma vue… »

Le calvaire était fini mais la haine qu’il avait marquée au fer rouge dans le corps, dans le cœur de Silver était toujours bien là, à guetter le moment opportun pour enfin obtenir ce qu’il lui devait après ses services. Il le payerait de sa vie. Il lui avait volé son ignorance, ses espoirs… Et à présent il le jetait comme un… Vulgaire chiffon. Soit. Tout vient à point à qui sait attendre et Silver avait la patience en vertu. La sirène revint à ses dégradants travaux. Il redevint un petit être misérable au regard hargneux et aux lèvres sèches, aux minuscules mains mutilés de coupures tous les jours différentes. Il allait au puits pieds nus sans se préoccuper de la température. Toujours voûté au sol, à passer le chiffon en vociférant des mises à mort de sa voix douce, si souvent que l’odeur de serpillère s’était incrusté jusque dans ses vêtements.

C’est lors de cette même période que Silver réalisa la puissance latente qui dormait en lui. Depuis combien de temps ? Il prit d’abord peur. Puis tenta de s’y habituer, cherchant à en identifier les limites, les capacités. Faire voleter les objets en essayant de ne pas provoquer de migraines. Apprendre à mieux maîtriser ses émotions pour mieux contrôler ses pouvoirs. Il finit par y prendre goût en vérité. Il passait ses journées à tenter de nouvelles prouesses entre deux tâches ménagères, comprenant que cette capacité était la source de sa fatigue. Il n’était pas Guide pourtant, il ne l’avait jamais été. Le vieux l’aurait sentit. Alors il ne comprenait pas. Il vivait avec, voilà tout. Cela aurait pu durer longtemps.

Puis il y eu ce garçon. Il se cacha lorsqu’il l’entendit entrer, manquant de glisser sur le sol humide et de s’emmêler dans ses cheveux en allant se dissimuler sous l’escalier. Il ne le vis pas, pas complètement. En réalité, il sentit surtout sa présence, cette puissance qu’il cachait en lui. Il vit la lame briller dans sa main. Silver compris qu’il serait libre. Il attendit que le danger passe, que les présences s’atténuent sans pour autant se dissiper totalement. L’ombre de son petit corps passa entrebâillement de la porte. Ses améthystes s’arrêtèrent sur le corps sans vie, la gorge tranchée et les yeux ouverts sur le néant et la terreur.

« Non mais regardez-moi cet abruti… C’est pathétique… Crever si facilement après tant d’années de règne. »

Il avança jusqu’au cadavre bien amoché. Pas de doute que l’assassin avait dû s’en donner à cœur joie. Silver donna un coup de pied brutal dans la tête de l’ancien Architecte qui tourna sur le côté dans un craquement sinistre. Il s'accroupie près de lui, murmurant à son oreille.

« Tu aurais mieux fait de protéger tes arrières… Mon seul regret et de ne pas avoir pu te tuer de mes mains... »

Oh oui il regrettait… S’il avait su, il aurait eu le réflexe de faire le travail de lui-même avant mais qu’importe… Tout était fini. Il pouvait aller où bon lui semblait. Enfin, il sentait quelque chose s’apaiser en lui. Il se sentait plus serein que jamais pour affronter les souvenirs de l’incendie. Éclatant d’un rire sinistre et incontrôlable, Silver se glissa hors du manoir, hors de sa prison d’argent, descendant agilement jusqu’en bas pour rejoindre le vieux pont. Un travail de perdu, une nouvelle vie de gagnée. Silver était déjà bien entrée dans sa dix-septième année et n’allait pas en s’arrangeant.



Partie II
Trois petits hommes et un lapin blanc.



Le vent tourna à Tenebris. Le Maître était bel et bien mort, et chaque Roi laisse place à un « digne » successeur.  Joli coup d’état, il fallait bien l’avouer.  Mais pourtant tout serait bien plus simple si les choses s’étaient arrêtées là. Mais le conte macabre continue, la Démence est loin d’être encore née. Il déambulait  dehors, entre les branches mortes, depuis déjà un mois ou deux, si enivré de sa liberté nouvelle et occupé à chasser de trafiquants d’esclaves  qu’il ne vit pas l’Automne arriver. La saison fit son entrée avec son lot de vent et de pluie grisaillée,  apportant un peu plus d’obscurité encore  dans le ciel de ce Monde. C’est ces gouttes d’eaux éclatantes qui poussèrent la jeune sirène à chercher un abri. Le manoir. Il le connaissait par-cœur pour l’avoir récuré de fond en combles. Il est était curieux de  voir en quoi la bâtisse avait changé depuis qu’elle avait de nouveaux occupants, s’ils étaient restés.

Il avait grimpé à mains nues, sans même se soucier du danger que cela représentait, malgré la pierre friable rendue glissante par l’eau de pluie qui y ruisselait. Bondissant de gargouilles en rebords, il parvint à se hisser jusqu’à une fenêtre laissée ouverte, s’accroupissant un instant à son cadre. La pénombre de la pièce le stoppa net dans son élan et lui fit plisser les yeux. La faible lumière perçante à travers les nuages lui permit au moins de distinguer l’intérieur de la pièce. C’était ça ou finir trempé jusqu’aux os… Il posa un pied sur le sol moelleux, appréciant un bref instant la sensation avant de faire passer son autre jambe à l’intérieur. Il se retrouva ainsi au sec, ruisselant de petites gouttes et pas franchement très habillé pour couronner le tout. Il n’avait pas eu l’occasion de se changer depuis qu’il avait fui la demeure et portait toujours cette chemise blanc sale, débraillée et déchirée à plusieurs endroits. Lui qui ne ressentait pas la température n’y voyait pas tellement d’inconvénient et trouvait même cette tenue très pratique pour crapahuter dans les bois et partout ailleurs.

Il roula des yeux, renifla les alentours et décida qu’il allait se plaire ici. Plus que du temps de l’autre tyran en tout cas… Il tenta d’identifier les odeurs qui éveillaient ses sens exacerbés. Encre, souffre… L’odeur de la pourriture qui demeurait toujours incrustée ici. Différente, mais elle était bien là. Du Sang. Ses pupilles se rétractèrent instinctivement. Il n’était pas seul ici. Il y avait quelque chose avec du sang battant dans ses veines, quelqu’un avec de la chaire, des muscles. Il réprima un frémissement et se tourna vers la source de cette chaleur humaine, grande masse incrustée dans les draps sombres. Son estomac le vrilla le vrilla violemment. Il le boufferait, vivant ou mort, quelle importance, puis trouverait bien quelque chose à faire de ce qu’il ne pourrait pas manger. Un nid où dormir, n’importe quoi…
Il bondit sur le lit, crocs en évidence, recevant un coup dans le ventre en tentant de maîtriser sa proie. Arrêté net dans sa manœuvre, il glissa hors du lit et se faufila dans l’angle d’un mur, accroupie dans une position d’attaque. Son nez était froncé, ses pupilles rétractées à l’extrême et ses crocs bien mis en avant pour remettre en place l’adversaire qui s’avérait plus coriace que ce qu’il aurait pu croire. Les muscles tendus comme les cordes d’un violon, la créature observait attentivement le moindre mouvement de l’être dans le lit, épiant le moindre geste de trop. De sa gorge s’échappa une sorte de râle, un feulement étrange et tirant sur la longueur, comme le bruit d’un chat prêt à l’attaque.

Contre toute attente, la « proie » se redresse, visiblement pas très frais. Normal. Il venait sans doute de le tirer d’un sommeil réparateur. Quel dommage… Silver s’enfonça encore un peu plus contre le mur, se terra dans sa masse de cheveux, traînant par terre comme des algues noires. Oh, il n’avait pas l’air franchement bien vif. Une sorte de noiraude un peu trop grande et un peu trop fine, quoique plus épaisse que lui. Un adolescent déjà un peu vieillit qui se leva finalement au bout de quelques minutes passées à le fixer. Il avança tranquillement jusqu’à lui et le grognement de Silver se métamorphosa en feulement plus aigu.

"T'as bien du courage pour une bestiole aussi ridicule, de venir fouiner dans mes draps la nuit. A moins que ce ne soit de la stupidité?"

La sirène plissa les yeux, arrêta de grogner, le souffle toujours agité et prêt à l’attaque. Quelque chose ne tournait visiblement pas très rond dans la boîte crânienne de Tâche de Rousseur. N’importe qui avec un minimum de bon sens aurait fui, se serait défendu, aurait cherché à le faire partir ou à le faire repasser par la fenêtre. N’importe quoi autre que ça ! Tenebris avait visiblement écopé d’un autre grand malade. Non, cette espèce de grand mou ne pouvait pas être le nouvel Architecte. Il y avait quelques détails qui ne collaient pas, quelque chose de trop… Laissé aller…

"Tu peux rester dans ton coin cette nuit si tu veux. A quelques conditions près : fous pas le bordel, viens pas me réveiller, et déguerpis avant que j'me réveille

Parfait. Il le laissa retourner à son lit sans un mot. Il aurait aussi bien pu bondir sur son dos et en profiter pour lui ouvrir la gorge, mais il avait surtout besoin d’un abri pour se protéger du ciel qui crachait des trombes d’eau. Il attendit que l’autre semble se rendormir. Il pouvait tout aussi bien venir le tuer lorsqu’il serait endormi, encore aurait-il fallu qu’il sache comment faire. Comme les cafards, les sirènes avaient tendance à faire preuve d’une résistance hors du commun… Il dû attendre un bon petit quart d’heure que l’inconnu lui semble replongé dans un demi sommeil avant de sortir de son coin. Il crapahuta jusqu’à  la fenêtre laissée ouverte et s’agenouilla contre le rebord, y croisant les bras pour y poser sa joue. Regarder la pluie tomber lui semblait déjà plus intéressant qu’attendre le moment où l’autre allait se mettre à ronfler.

Il finit par s’endormir là, contre le mur de la fenêtre et enroulé dans ses cheveux. Même s’assoupir sur le sol d’une chambre lui semblait plus confortable que de faire la sieste sur les branches d’un arbre. Le matin venu, il n’était pas parti. Il dormait encore, et plutôt bien avec ça… Oui, avant de se faire réveiller à coup de pied dans le derrière. Encore complètement dans le gaz, il se redresse vivement, se retrouvant sur ses deux pieds dans une position à peu près stable, courbée en avant.

"Qu'est-ce que j't'avais dit? Casse-toi avant que j'm'énerve. T'empeste la pourriture."

Silver sentit son sang bouillonner dans ses veines, premièrement parce qu’il avait faim et surtout parce que l’attitude hautaine de monsieur noiraude commençait sérieusement à lui courir sur le haricot, ce qui en soit était plutôt ironique venant de lui qui s’était introduit ici par effraction.

"Pour ton information, c’était ma chambre ici. Alors j’ai encore un droit sur les lieux Freckles."

Il mentait un peu en vérité. Cette chambre ne lui avait jamais vraiment appartenu mais il venait souvent s’y réfugier lorsque la pièce était encore vide, comme dans toutes les autres pièces du manoir ou presque. Il grogna, donna un léger coup de menton en avant pour dévoiler ses crocs serrés.

"En fait, j’aurais même dû prendre ton lit cette nuit et te laisser dormir par terre, alors estime toi heureux ! Je ne pense pas qu’une personne qui regarde la pluie te dérange tant que ça, si ? Non mais les petits aristocrates,  je vous jure…"

Il roula des yeux et se recroquevilla à nouveau par terre, se dirigeant à nouveau vers la fenêtre d’une démarche étrange pour les non habitués. Il avait déjà grimpé sur le rebord pour avoir une meilleure vue quand il entendit la voix derrière lui s’agacer encore plus. Visiblement, celui-là n’avait jamais appris à faire avec ce qui se présentait à lui  et Silver n’était pas franchement d’humeur à jouer à l’enseignant.

"Moi ? Moi je suis Silver. Et toi ? Mis à part un inconscient en puissance visiblement…"

Il se retourna à peine, commençant à retirer quelques brindilles et feuilles mortes de ses cheveux emmêlés.

"Et oui, je me suis vu. – il essuya une tâche de crasse sur sa joue, dévoilant une peau blanche sous l’épiderme légèrement bruni de saleté. – Tu ne me balanceras pas dehors. Parce que si tu le fait… En fait non, je ne te laisserais pas le temps de le faire. Desserre un peu les dents et fait comme si je n’étais pas là au lieu de babiller comme un vieil homme. Je risque de revenir souvent alors commence maintenant."

Il afficha un sourire légèrement forcé et bondit à nouveau dans la pièce, crapahutant un peu partout en levant le nez. Au moins, ce que l’occupant avait fait de cette pièce lui redonnait un aspect un peu plus agréable. Quelque chose attira son attention et il fila vivement jusqu’à l’objet, attrapant le livre entre deux doigts. Quand il vivait encore ici, lire était son occupation principale. Tout ce qui lui tombait sous la main. A force, il avait perdu l’habitude, comme il avait perdu le pli de marcher debout correctement.

"Bon… Je vois que je suis au moins tombé sur quelqu’un d’intéressant et cultivé. Ca ne court plus tellement les bois ici…"

Il leva les yeux vers le lit, renifla les draps et refusa de monter. Il préférait autant ne pas salir un tissu qui sentait le propre. Enfin le « propre ». Tout est relatif. Et puis soudain, le livre se referme, sur ses doigts. Il poussa un piaillement de douleur qui s’intensifia quand Tâche de Rousseur attrapa ses cheveux et le tira en arrière, le glissant jusqu’à la fenêtre.

"Reviens si tu veux, je ferme rarement la fenêtre. Mais pour aujourd'hui, casse-toi de là ou je t'arrache les yeux à la petite cuillère!"

Il parle trop, trop… Trop fort. Trop vite. La sirène sentit ses oreilles siffler et fut obligé de lever les mains pour dissimuler son visage, reculement dangereusement vers le vide pour se renfrogner. Il ne voulait plus laisser qui que ce soit lui crier dessus. Personne n’avait le droit de lui faire des remontrances depuis que le vieux avait rendu l’âme. La réaction de la créature ne se fit pas attendre et sa main partie toute seule, ses ongles venant entaillé la joue pâle du propriétaire de la chambre, le tout accompagner d’un rugissement qui valait certainement toutes les explications du monde. Puis son corps sembla disparaitre de la fenêtre. Il fit le chemin inverse sur le flanc de la falaise et se faufila de nouveau dans le bois. Pourtant, sa main lui semblait bruler et ce grand con avait eu le mérite de laisser une trace dans sa tête. Quel genre d’énergumène semblait si peu impliqué devant un intrus dans sa propre chambre ? Sans doute le même genre que celui qui entrait sans demander la permission… Mais… Il n’avait pas eu peur. C’était notamment cette partie qui intriguait la créature qui ressassa pendant plusieurs jours. Ceux n’éprouvant aucune crainte à son égard étaient rares, voire inexistants. Les sirènes, bien que devenues une espèce presque éteinte, avaient toujours cette réputation de prédateurs qui les devançait de loin.

Il revint à peine quelques jours plus tard, la conscience en vrac. Sur le chemin il se promit d’envoyer une lettre à l’Architecte actuel, demandant d’instaurer un moyen d’accès au manoir un peu plus… Pratique. L’autre n’avait pas mentit. La fenêtre était restée ouverte. Est-ce que cela avait été intentionnel ? Qu’importe… Il grimpa à la fenêtre et se traîna jusqu’au lit. Il se faisait tard, il aurait au moins dû être levé… Feignasse. Son museau vint à la rencontre du visage qui dépassait des draps, frottant contre la cicatrice presque disparue.

"Hey… Hey Freckles… Excuse-moi de t’avoir griffé l’autre jour…. Tu peux te rendormir…"

Une réponse à peu près humainement normale en retour… ? Ah ah ah… Non, un poing balancé dans les côtes qui eut le mérite de le faire descendre rapidement hors du lit en retenant un crissement de colère. Il aurait aussi bien pu lui rendre la pareille quand il fut interrompu par un doigt sorti de son la couverture pour désigner l’angle de mur contre lequel il s’était réfugié la dernière fois. Silver leva un sourcil, pas certain de comprendre le but de la manœuvre.

"Si tu veux t'excuser va plutôt dormir tranquillement dans ta niche."

Sa… C’est en comprenant l’utilité du petit coussin et du drap qui trônaient fièrement dans le coin que la sirène terrestre manqua de s’étouffer d’indignation. Une niche ?! Pour lui ?! Et puis quoi encore !

"Espèce de…"

Il retint de justesse tout un chapelet d’insulte lui venant à l’esprit. S’il voulait pouvoir revenir et être accepté ici comme quelque chose d’à peu près humain, il avait intérêt à se montrer un peu plus conciliant que ce qu’il avait jusque-là offert à son hôte forcé. Très bien… Il alla poser son royal postérieur sur le coussin posé ici à son intention et ouvrit un livre qui traînait encore, se pelotonnant sous la couette. L’inconnu ne fit pas grand cas de sa présence à son réveille. Ni ce matin-là, ni ceux d’après. Dès ce jour, Silver commença à faire partir du décor à chaque fois qu’il venait. Le temps qu’il passait dans ce manoir remplie de souvenirs se composait principalement de lectures et de beaucoup de sommeil. Les livres de la bibliothèque s’empilaient dans la pièce à mesure de ses visites et formèrent bientôt un véritable petit sanctuaire. Il dormait en dessous, toujours des pages sur le nez. Avec le temps et la fréquence des visites, il avait aussi appris à « apprivoiser » son hôte. Ils ne parlaient pas tellement, ou très peu pour de bref échange. Il finit par apprendre son nom. October. Ce nom était merdique, à peu près autant que le sien. A peu près autant que cet être exécrable pour lequel il avait fini par éprouver une certaine forme d’attachement…

Très vite, Silver se pris de passion pour ces livres bien différents qui provenaient de la Terre. Il savait pour la Terre. Pour les Guides, les autres Architectes. Il savait aussi qu’October était l’un de ces êtres capable de voyager entre les Mondes. Il savait également qu’il était son unique porte de sortie vers un peu plus de liberté. Ce Monde de souffrance le rendait malade. Il y avait vu trop de chose pour continuer d’y vivre… Alors il dévorait tous les écrits qu’il pouvait trouer à propos de ce monde, de cette ville. HellishDale... Ce nom sonnait comme une route pleine de promesse. Alors peu à peu, il se mit à demander chaque jour à October de le conduire sur Terre. D’abord de manière détournée, puis avec de plus en plus d’insistance. Le refus de l’aîné pouvait se comprendre dans un premier temps… Une créature sauvage, craintive, n’ayant de plus aucune connaissance de l’attitude normale d’un humain autrement que pour l’avoir lu dans des bouquins entassés… Mais en quelques mois passé à fréquenter cette chambre, Silver avait appris à prendre exemple sur l’occupant et à reprendre l’habitude de se tenir debout normalement, bien que ses instincts ne soient jamais restés très loin. Il avait essayé d’arrêter de grogner et de feuler en cas de colère.

Le plus dérangeant restait encore cette sale manie qu’il avait vite acquise en se rapprochant un peu de son hôte. Souvent, lorsqu’il entrait en pleine nuit, il venait s’accroupir sur la tête de lit, se penchait sur lui et le fixait longuement, le regardant dormir avec une certaine fascination dans le regard. October ne s’était que rarement réveillé et avait toujours été trop somnolant pour le lui reprocher. La sirène grimpait alors sur le lit, se couchait sans un mot, toujours par-dessus les couvertures. Les humains n’appréciaient que rarement la proximité désagréable d’un corps glacé.

Il avait appris à reconnaitre en ce jeune homme un semblable, à peine moins pâle que lui et tout aussi inactif. Il avait presque oublié le spectre de la présence du vieux entre ces murs. Presque. Il voulait oublier sa faiblesse, oublier son choix d’avoir voulu rester auprès de ce tyran pour découvrir une vérité qui lui échappait encore. Il voulait que les souvenirs de ces nuits passées à vouloir connaître les ombres de son passé entre les bras d'un vieillard se ternissent. Alors à la place, il avait appris à se noyer dans les draps qui sentaient l’encre et la mort, à l’écouter parler et à apprendre par cœur les nuances de son odeur. Ce soir là aussi, il s’imprégnait de la pièce lorsque la main de l’aîné vint voler le livre qu’il feuilletait à même ses doigts. L’adolescent feula, tenta de grimper sur le dos de son « aîné » qui refusa aussitôt cette intrusion.

"- Arrête de lire, Bestiole, tu vas t’abîmer les doigts.
- Si tu m’amenais sur Terre je n’aurais plus besoin de lire."

Argument imparable. La créature griffait déjà le cuir chevelu de son hôte, tranquillement, attendant cet éternel « Non » qui ponctuait chacune de ses demandes. Ce non se présenta cette fois sous la forme d’une main qui enserra la base de ses cheveux pour le redresser. Silver montra les crocs, poussa ce qui aurait pu être qualifié de miaulement et referma ses crocs sur la peau à sa portée, comme un mécanisme de défense bien entraîné. Des ongles qui éraflent sa peau en retour, et l’atmosphère qui devint trop étrange, plus encore quand il le sentit sourire près de son visage, et la main qui glissa un peu trop en bas de son dos.

"Arrête."

La créature avait reculée jusqu’à l’autre bout du lit, le regard effarouché sous sa chevelure d’encre. Il lui grognait déjà dessus quand il perçu son sourire en coin ? Moqueur.

"La Bestiole n’est pas encore un adulte… ?"

La Bestiole en question baissa simplement les yeux sans rien répondre et October sembla comprendre. Silver ne lui en voulait pas. Comment pouvait-il lui en vouloir de gaffer sur un sujet qu’il gardait secrètement enfouit dans un recoin de sa tête… ? Comment pouvait-il lui ne vouloir alors qu’il se promenait un peu partout dans la pièce, même sur les meubles, pas franchement très habillé. En quelques mois, ce grand type avait été la seule relation qu’il avait été capable de nouer. Si il devait à nouveau céder, il n’imaginait pas meilleur personne… Un mauvais moment à passer. Essayer de ne pas répondre à ces insectes qui lui rongeaient les chaires de l’intérieur. Rabaissant sa garde, il crapahuta à nouveau vers son aîné et grimpa sur son corps dans un équilibre plus ou moins précaire. Le rapprochement soudain et le museau qu’il enfouit dans son cou pu s’apparenter à une invitation.

Le reste, Silver n’en garde que des bribes de souvenirs confus et n’a de réminiscence que  le sourire qu’il pouvait entrapercevoir de là où il était et les mains qui glissaient tantôt entre ses mèches sombres, tantôt sur le bas de son dos. October n’avait pas cillé devant son anatomie étrange, il ne lui avait pas fait de mal et il avait su écouter ses grognements pour savoir où s’arrêter. Apprivoiser leur corps et leurs Essences n’avaient pas été chose facile. Chaque secondes lui avaient semblé être une éternité coulant sur leur chair, le temps devenu une notion bien trop abstraite. Il a le souvenir de ses propre geste tremblants et trop brusques, affolés. Il avait eu peur, puis… Il y avait eu autre chose. Apprivoiser le corps de l'autre, faire résonance à ses mouvements et les amplifier pour affoler les sens. Voilà ce que Silver apprit cette nuit. Le vieux maître n'avait su s'imposer que par la douleur, et c'est ce qui l'avait perdu.

Silver s’était retrouvé, somnolant, allongé à demi sur le corps de son aîné et trop occupé à reprendre son souffle pour faire attention aux cheveux qui envahissaient sa bouche. La voix amusée d’October l’éveilla quelque peu.

"- Je croyais que t’étais pas vierge, Bestiole.
- J’ai dit que je ne l’étais pas. Mais j’ai pas dit que j’avais aimé le faire jusque-là… - Puis après une courte pause – Tu m’emmènera sur Terre hein… ?"

Il glissa sa tête sous le bras du plus grand et accola un peu plus étroitement leurs corps en tentant de ne pas l’envahir de sa chevelure, une pointe d’affection au creux du ventre. La première fois ne fut pas la dernière et la créature n’en devint que plus attachée à son « ami ». Son amant. Oui. Ils couchaient ensembles, voilà tout. October avait une sorte de répulsions pour tout ce qui allait au-delà. Mais Silver n’avait pas besoin de mot pour lui faire comprendre qu’il l’appréciait, qu’il l’avait changé et même fait renaître quelque part. Il avait su l’apprivoiser en fin de compte. Il avait su apaiser Le MonstreIl se serre de toi, comme le vieux l’a toujours fait, tu es juste trop bête pour le voir … Silver fit taire la petite voix qui chuchotait dans sa tête. Non. Non cette fois c’est différent. Je sais ce que je fais. Je sais qu’October n’est pas comme lui, ni comme les autres. Tais-toi, je ne veux pas t’écouter. De l’admiration teintée d’attirance presque morbide. Voilà ce qu’October avait récolté.

Il avait bien fini par l’amener à HellishDale à force de supplications. Les débuts furent difficiles… Habituer Silver aux mœurs humaines, à ce qu’ils appelaient « voitures » et à tant d’agitation fut laborieux. Au début, la Bestiole ne lâchait pas son Guide improvisé, apeuré au moindre bruit trop brusque. Puis, peu à peu, il se mit à voler de ses propres ailes dans ce monde. Il osa s’aventurer hors de la ruelle d’October, passant par les toits pour ne pas être trop remarqué. Un enfant sauvage si peu vêtu se promenant pieds nus ne passe jamais inaperçu. Il fouina un peu partout, appris à mieux connaître cette ville, carrefour des Mondes. Il se faufila entre les bâtiments et s’appropria un vieux terrain vague en retrait de la ville. C’est en testant encore les limites de son pouvoir qu’il fit la connaissance du troisième homme de sa vie. Lewis. Il lui semblait jeune à cette époque. Il lui semblait bienveillant. Il l’était. Un peu trop. Il s’approcha, Silver pris peur et se posta sur la défensive. Il le laissa lui parler calmement, s’extasiant de ses pouvoirs. Il ressemblait à une femme qu’il avait connu, apparemment.

Cet homme était un médecin. Un humain très informé sur les disputes inter-mondes et sur les Guides. Il en avait soigné quelques-uns.  Si au début le jeune-homme fit preuve d’une grande méfiance, il se laissa peu à peu apprivoiser par le médecin qui venait à sa rencontre à chaque fois qu’October l’emmenait sur Terre. Il se confia progressivement à lui, à propos de ses capacités, à propos de ses souvenirs de plus en plus brumeux. Il en manquait. Il en était presque sûr… Ils s’effaçaient plus vite que naturellement et Silver ne souffrait. L’incendie ne devenait plus qu’un bref épisode dans son esprit. Comment retrouver la vérité, comment analyser les détails marquant dans ses conditions. Il oubliait le maître également. Du moins… Il le reconnaissait comme une personne ayant marqué sa vie. Comme un tortionnaire ayant hanté ses nuits. Mais son visage disparaissait peu à peu. Seuls demeuraient le vague souvenir des sensations douloureuses infligées, de son odeur et de l’intonation hautaine de sa voix. Tout partait. Tout lui échappait. Silver avait peur.

« Je peux t’aider à te souvenir si c’est ce que tu souhaites Silver… Mais tout ne sera pas simple. L’hypnose peut être dangereuse et le traitement long. Tu devras rester ici un moment, mais je m’occuperais de toi.

- Je ne peux pas… Je dois rentrer à Tenebris, quelque chose… Quelqu’un me retient là-bas… »

Il faisait allusion à October, bien entendu. Il ne comptait pas quitter ce monde qu’il exécrait pourtant de toute son âme tant que son grincheux d’aîné y vivrait encore. Il l’avait trop en adoration pour prendre le risque de s’éloigner. Bien malgré lui, le grand brun l’avait remis sur pieds, avait calmé les pulsions de folies qui menaçaient d’exploser. Elles ne faisaient que dormir en attendant leur heure pour éclater, mais la créature soupçonnait son compagnon d’infortune d’être une sorte de… Médicament à cette éventualité. Il avait développé quelque chose de fort dans ce petit cœur rapiécé. Silver ne l’admettrait jamais mais… Il ressentait plus que ce qu’il voulait bien laisser croire. Il l’oubliait vite, mais cela se rappelait sans cesse à lui. Quand October le touchait, les rares fois où il lui souriait, surtout lorsqu’ils… Non, il ne trouverait jamais de mot pour cela. C’est parce que ce grand râleur était l’opposé même des valeurs du vieux Roi que le gosse s’était attaché. Probablement.

(A suivre au prochain post)

AUTRES INFORMATIONS
- Ne ressent pas les changements de température et à le corps froid en permanence, ce qui le pousse à rechercher de la chaleur humaine.
- Est un hermaphrodite au sens commun du terme. Autrement dit, il possède un sexe d'homme et un vague présence de poitrine.
- Porte une clef autour du cou en permanence mais ignore ce qu'elle ouvre.
- Souffre d'amnésie répétée et partielle.
- A une violente phobie de l'enfermement et de l'obscurité.
- Mange les gens. Au sens propre de la chose.
- Possède des crocs limés par lui-même.

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Surnoms honteux: Bestiole; La Démence; Le Truc; La Mante Religieuse...
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MessageSujet: Re: Silver SilentCry - La Démence   Mar 16 Juil - 22:27




Partie II
Trois petits hommes et un lapin blanc. (suite)



Alors à chaque fois, il revenait pour lui, en esquivant la proposition ô combien tentante de Lewis. A chaque nouvelle pluie, il revenait se réfugier chez lui plutôt que de se terrer dans la forêt… Mais une fois, un fois différente… Il ne fut pas là. Lui qui dormait toujours lorsque Silver entrait, il n’était pas dans sa chambre. La créature attendit… Longtemps. Octo ne revenait pas. La mauvaise surprise se réitéra plusieurs fois. Il avait pris l’habitude de s’incruster plus souvent en vérité, son aîné devait certainement être occupé. Pour briser la routine, le petit brun se décida un soir à aller fouiner dans le manoir, dépassant la barrière de cette chambre dont il avait rapidement su intégrer les odeurs. Les souvenirs remontaient à mesure de ses pas, de ses ongles glissant contre le mur. L’endroit était devenu calme, presque vide. Les serviteurs avaient sûrement dû l’imiter en désertant la bâtisse après la mort du vieux. Le peu d’occupants restant devaient certainement se suffire à eux seuls.

Il passa devant la bibliothèque, son petit havre de paix à l’époque. A force de longer les couloirs, il finit par tomber sur une pièce qu’il ne réussit pas à identifier tout de suite. L’ancienne salle du trône ? L’ancienne chambre du vieux… ? Peu importe. D’ailleurs, Silver aurait très probablement passé son chemin si son regard de fauve n’avait pas, en coin, capté une ombre vive, le soupçon d’un sourire farouche en coin. Un sourire qu’il connaissait à présent un peu trop bien pour ne pas le reconnaître. Alors il était là, lui et cette… Foutue… Tête blonde… Ces satanés yeux noisette inconnus qui arrachèrent à la créature  un cri en sourdine. Le tableau n’était pas beau à voir, et toute la prétendue beauté qu’on accordait d’ordinaire aux sirènes s’était effacée dans l’image d’un Silver aux pupilles rétractées, le souffle court et l’expression noyée dans la colère et l’incompréhension. Un spectacle tout à fait révulsant en comparaison à ces deux êtres qui se connaissaient, qui se comprenaient et partageaient leurs sourires et leurs corps.

Ce maudit nouvel Architecte. Celui-là, Silver allait le haïr encore plus que l’ancien.

Une vilaine main maigre et griffue se posa sur son épaule tandis qu’une voix mutine chuchotait à son oreille. A quoi tu t’entendais… ? Tu le savais, non ? Tu as toujours su qu’il n’était pas à toi, alors pourquoi tu semblais espérer… ? Sa conscience. Son Monstre. Toujours présent aux bons moments… Et il n’avait jamais tort. Tout en filant vivement à travers les couloirs pour échapper à cette vision, il sentit quelque chose se diffuser dans son ventre, hérissant le duvet de cheveux sur sa nuque. C’est ce qu’on appelle de la jalousie. Il n’avait connu ce sentiment qu’au travers de l’ancien maître et savait déjà qu’il n’aimait pas ce mot. Comme tout ce qui lui venait du vieux Roi… Il l’associait à ces frissons de colère qui lui parcouraient l’échine, à cette envie de faire du mal au garçon qui l’avait accueilli comme à ce sale blondinet. Il aurait dû tuer le salaud lui-même, s’il avait pris sa place d’Architecte alors… Alors tout aurait été différent. Il fuit dans les bois, encore et toujours, préférant s’acharner contre des arbres secs que contre un être vivant. Le temps lui sembla devenir une notion abstraire, mais cette fois pour des raisons différentes que celles habituelles lorsqu’il décidait de s’offrir à cet enfant de… Non… Non, October n’y était pour rien. Il ne lui avait rien promis et l’avait sauvé en plus de ça. En quelque sorte… Il saurait se montrer meilleur et plus attachant que cette peste blonde qui n’avait rien fait pour relever son monde… Mais pour ça… Il avait besoin de redevenir un être complet. De retrouver ses souvenirs.

Revenir au manoir fut une étape difficile. Attendant qu’October rentre, il semblait mortifié, appuyé contre la fenêtre de laquelle il regardait les étoiles. Il lui demanda une dernière fois de l’amener avec lui sur Terre, forçant un sourire d’une médiocrité palpable. L’autre ne posa pas de questions. Il n’avait jamais voulu en poser. Le traitement serait long, c’est ce que Lewis avait dit… Mais avec beaucoup d’efforts... Toujours est-il qu’il revint sur ce terrain vague, plus déterminé que jamais à obtenir la vérité qu’il avait tant recherchée. Ce soir-là, il prit la main offerte que lui tendit le médecin et déclara d’une voix brisée :

« Je veux me souvenir. »



Partie III
Le sixième Architecte.



Le tic-tac de l’horloge antique du salon résonnait, métronome solitaire dans l’atmosphère posée de la pièce. Le docteur observait par-dessus ses cette minuscule créature dont les paupières se faisaient lourdes et peinaient rester entrouvertes pour suivre des yeux le pendule qu’il agitait devant lui. Ses longs cils noirs venant par intermittence se poser sur ses pommettes claires lui conféraient cet air étrangement serein en comparaison à son expression habituelle. Il tapotait par intermittence la pointe de son stylo sur son calepin, jaugeant l’adolescent presque endormi qui avait laissé se clore son regard. Il lui ressemblait… Un peu trop pour son propre bien. Les mêmes traits de poupée de porcelaine au corps fissuré, les mêmes longues mèches de suie léchant le fauteuil qui supportait sa frêle masse. Son regard s’arrêta sur les veines de sa gorge, sur sa cage thoracique si cassante qui se soulevait doucement. Il y avait sans-doute un semblant de féminité là-dessous, il l’aurait parié sur son titre. Remontant ses lunettes de son stylo, il jugea le temps de concentration de l’adolescent largement dépassé.

« Bien Silver… Essaye de te souvenir d’accord… ? Nous allons voir jusqu’où tu arrives à remonter aujourd’hui. Remonte déjà au plus près, concentre-toi. »

Le jeune homme fit basculer la tête en arrière, laissant quelques cheveux chatouiller ses épaules. Un sourire imperceptible naquit sur ses écarlates et il sembla se plonger dans une profonde réflexion, avant de répondre d’une voix douce quoique quelque peu aérienne.

« Je me souviens de mon arrivée en ville… J’avais eu peur au début… L’odeur, les… Les voitures ? Je me souviens de vous, docteur… »

Il était attendrissant à voir là. Plus que d’ordinaire, quand chaque bruit nouveau lui provoquait des grognements animaux, quand ses cauchemars l’empêchaient de dormir. Il logeait ici, dans ce petit cabinet de consultation. Un endroit sophistiqué et coquet qui en soit ne lui correspondait absolument pas. Il dormait dans un tas de draps et de coussins jetés au coin de la pièce et n’acceptait d’être dérangé sous aucun prétexte. La pièce avait commencé à prendre la poussière. La voix du petit être le tira de ses pensées tandis qu’il s’aventurait sur un terrain encore sensible…

« Je me souviens de lui… Je me souviens de son sourire. Il était gentil avec moi, je me demande ce qu’il est devenu… »

Il avait perdu son joli sourire et Lewis tiqua, l’air de rien. Il ne connaissait pas ce mystérieux Lui auquel Silver faisait sans cesse allusion mais il comprenait qu’il le rendait triste. Il le touchait, lui déchirait les tripes de l’intérieur. Il n’y avait pas pire douleur qu’un manque. Qu’une absence.  Et ce Lui manquait indéniablement à son nouveau petit protégé. Il lui suffisait d’observer son regard voilé de remords lorsqu’il abordait le sujet ou ses longs soupirs de lassitude lorsqu’il regardait par la fenêtre. Il aurait certainement couvert ce Lui de remontrances s’il l’avait eu en face, là, dans son cabinet.

« Peux-tu remonter plus loin à présent… ? »

Les choses allaient se compliquer à présent. Il avait beau tout faire pour enrayer le processus, certains souvenirs de la sirène semblaient ne plus pouvoir être récupérer. De plus, ils disparaissaient sans aucune logique, de manière désordonnée et sans la moindre signification concrète. Au final, c’était sans doute ce qui rendait cette petite chose si intéressante. Ses souvenirs volages faisaient de lui un spécimen tout à fait fascinant, et c’était bien ce qui piquait l’attention du docteur au final. Ça entre autre le fait qu’il possède cette étrange capacité télékinésiste sans pour autant être un Guide. Certains humains possédaient quelques capacités minimes, rarement. Mais cette… Bête n’était ni humaine, ni Guide. Elle n’avait en aucun cas l’envergure pour posséder un don de cette puissance dangereuse.

« Oui… Tous ces gens… Et cet homme, celui qui gouvernait notre monde… Il a… Ça me faisait mal… »

Ses canines aiguisées étaient déjà à leur œuvre, griffant doucement la lèvre inférieure qui se tordait dans une moue révulsée. Ses doigts s’entortillaient sur son ventre, il tournait la tête doucement, comme pour trouver une position plus confortable. L’exercice semblait déjà douloureux mais le médecin comptait pousser le vice encore un peu plus loin. Silver voulait connaître la vérité après-tout.

« Plus loin, encore plus loin… Avant tout ça. Je veux que tu te souviennes de l’incendie, tu dois essayer de te rappeler… »

Sa respiration se coupait déjà par intermittence tandis que sa peau translucide se couvrait déjà d’une fine pellicule de sueur. Dernière ses paupières closes, il y avait ce brasier ardent qui le narguait, s’agitait et l’embaumait, emportant tout de son ancienne vie, du bonheur qu’il avait pu construire. Il continuait cependant à s’accrocher au fauteuil, les doigts crispés dans une étreinte vaine.

« - Je… Je n’y arrive pas !

- Concentre toi, tu dois essayer de te souv-

- Je ne veux pas ! J’ai peur… STOP ! STOP ! »

Sanglotant entre ses mains, il roula sur le côté du canapé en position fœtale. L’adulte jugea bon de refermer son carnet de notes et de s’agenouiller près de la créature pétrifiée de terreur, glissant une main rassurante sur sa nuque humide de sueur froide, effleurant des doigts ce corps tremblant. L’asseoir sur le bord du siège fut une tâche ardue, plus encore que de retirer les cheveux qui siégeaient tranquillement entre ses lèvres.

« Je suis désolé de vous faire perdre votre temps. Je n’arrive pas à remonter plus loin… Mon esprit refuse… » Marmonnait-il tandis que le scientifique sortait un petit mouchoir de poche pour essuyer le mascara qui avait coulé sur ses joues.

« Avec de l’entraînement tu réussiras à remonter plus loin, tu dois seulement aller au-delà de tes inhibitions Silver, même si cela peu te sembler difficile et douloureux…  Ne bouge pas, je vais chercher de quoi te changer.»

Il avait commencé à amasser un petit stock de vêtements dès que la sirène avait accepté de le suivre dans sa thérapie. Les débuts avait été difficiles et deviner ce que la créature aimait lui semblait être une notion insipide. Puis il avait compris que la créature n’avait que faire des vêtements et qu’il n’e portait que par question de pudeur. Aussi, il avait décidé de l’habiller selon ses propres goûts. Sa ressemblance évidente avec sa défunte aimée lui permettait d’imaginer un peu mieux ce qui pouvait lui correspondre, mais rien n’allait jamais. Les postures inquiétantes du petit être provoquaient chez le médecin un dégoût minime, une répulsion purement stupide. Il comprenait ainsi que Silver n’était que le pâle reflet de cette adoré, qu’il n’en possédait que les traits et que, peu importe les vêtements, quelque chose clocherait toujours dans leur ressemblance. Il entra dans le cabinet en posant une robe entre les mains de la sirène qui se leva pour se changer, manquant de s’écrouler sous le poids de son corps encore faible. Lewis l’observait toujours se changer sans même détourner le regard, l’aidant au besoin à se dépêtrer avec le tissu, ou replaçant correctement l’habit sur la créature débraillé, dans un geste maniaque.

Il l’avait regardé s’endormir sur le siège, épuisé par son effort de mémoire conséquent. Il avait caressé ses cheveux jusqu’à ce qu’il trouve le sommeil, tentant sans trop y croire de l’apprivoiser. Les jours passaient et les souvenirs ne revenaient pas malgré son rapprochement certain avec la petite chose qui bloquait, bloquait jusqu’à s’effondrer en larme lorsque ses migraines se faisaient trop douloureuses. Se souvenir de certaines choses n’était peut-être pas bon. Pas pour un être si écorché, si fragile… Mais il voulait comprendre… Le peu de détails qu’il croyait se remémorer disparaissaient à peine quelques heures plus tard et peu à peu, Lewis songea qu’il était peut-être mieux d’abandonner, de simplement s’occuper correctement de son petit patient. Jusqu’à ce qu’il se souvienne. Rien n’avait fonctionné, rien, jamais. Mais cette séance-là réveilla un pic de douleur dans le corps de l’adolescent. Lewis n’avait rien demandé de spécifique cette fois. Il n’avait seulement pas arrêté. Il avait voulu continuer, voir jusqu’où il pourrait pousser, malgré les pleurs de son patient, malgré son corps qui se tordait sur le canapé.

Silver souffrait, bien plus que physiquement parlant. Tout battait contre ses tempes, tout semblait vouloir lui revenir dans un flot de fureur, par intermittence et éclat aveuglant derrière ses paupières. Ses plaintes devinrent rapidement des cris de colère, de souffrance. Il croyait voir son Enjyu se consumer dans les flammes, lui lancer un regard glacé avant de fondre sur son corps  comme pour voler son souffle. Il entrapercevait le maître, ou ce qu’il pouvait en voir, un visage grimaçant penché au-dessus de son corps. Il le voyait sourire, lui, son nouveau bourreau personnel. October, celui qui avait attisé involontairement son cœur pour ensuite cracher sur ce qu’il en avait fait. Et surtout, il le voyait lui. Ce blondinet insignifiant qui avait volé la couronne sans aucune prestance pour la porter. Ce petit cafard qui lui avait volé son… Silver se débâtit encore plus fort, piégé dans l’hypnose maintenu par le docteur, écoutant la petite voix chuchoter derrière ses cris. Tu vois bien que ton existence est bien inutile entant qu’adulte. Tu ne changeras pas Silver, tu en es incapable. Il pleurait, griffait le tissu du fauteuil, à bout de nerf.  Personne ne voudra jamais de toi, et tu n’en a pas besoin. Ils te passent dessus et toi… Toi tu es si aveuglé que tu ne trouves rien à dire. Sa respiration s’était stoppée. Garde ton sale petit noiraud si tu veux, mais lui, celui qui prétend te soigner… Il te fait du mal. Bouge. BOUGE. Les yeux fermés de la créature s’ouvrirent, brisant l’hypnose, devenu noir de charbon, et la pièce sembla basculer. L’air s’alourdit, les volets claquèrent, les meubles tremblèrent. Il s’en serait certainement pris à Lewis. Oui. Sans aucun doute. Mais c’est son assistant qui accouru pour stopper net la furie prête à attaquer, profitant de la surprise pour enfoncer une seringue dans sa nuque. Le Monstre vacilla, s’arrêta net, puis s’effondra au sol, complètement assommé par le calmant.

Lewis souffla, constatant qu’il avait bien manqué d’y laisser sa vie, et plus encore, complètement subjugué par ce qui venait de se déchaîner devant lui. Jarred, son jeune second s’affairait déjà à tenter de déplacer la sirène, le traînant au sol, encore troublé par la couleur d’encre qu’avaient pris ses yeux et la folie qui s’était emparé de lui, petite chose d’ordinaire mélancolique et agitée.

« Fascinant… Réellement fascinant… » Avait murmuré Lewis tout en se relevant, lissant son veston de la main. Son protéger avait soudainement repris un intérêt à ses yeux. Un intérêt tout autre.

« - Je devrais l’emmener se reposer, il risque d’en avoir besoin… Est-ce que je dois le-

- Non, il faut l’amener en bas. Dans les sous-sols.

- Dans les sous-sols… ? Mais ce n’est pas…

- Voyons Jarred, ne comprenez-vous pas que c’est une aubaine ? Ce petit sera un sujet d’étude parfait, je ne veux pas prendre le risque qu’il s’échappe. Cela ne va pas lui plaire mais l’occasion est si belle… Je ne peux pas la laisser me glisser entre les doigts ! »

Le plus jeune n’osa pas contredire son supérieur dont il connaissait la lueur de folie brillante derrière ses lunettes. Il s’exécuta alors, traînant le petit brun jusque dans l’une des pièces matelassé aménagé dans les caves de l’hôpital. Sans oser lui jeter un dernier regard, de peur qu’il se réveille, il referma la porte.

[....]

Silver avait hurlé les quatre premier jours, claustrophobe comme il était, avait de se taire définitivement. Pendant les trois jours qui suivirent, le docteur en chef et son apprenti l’observèrent via les caméras, se traîner sur le sol en gémissant longuement par instant avant de se blottir dans l’angle d’une pièce sans bouger pendant des heures. Le plus intéressant ne fut pas de contempler sa descente dans la bestialité alors qu’il avait commencé à devenir humain. Lewis semblait perdu entre l’obsession et la fascination, sous le regard angoissé de son jeune second qui observait chaque l’état du médecin et de la créature se détériorer. Au bout d’une ou deux semaine, la créature pris le pli de griffer ses bras tout en se balançant lentement, pensant certainement ainsi tromper son ennui, s’il était encore capable de le percevoir tant son état psychologique était devenu précaire. Dans un premier temps, le directeur le laissa faire, jusqu’à ce que le geste répétitif entaille sa peau et finisse par lui faire perdre quelques ongles. Diffusant des calmants dans son eau, il prit lui-même la mission de lui enfiler une camisole, immobilisant totalement ses bras. Il s’était débattu au début, évidemment, puis avait pris l’habitude de ramper comme une sorte de chenille, de passer des heures allongé sur le dos à s’agiter lentement en observant le plafond, la bouche grande ouverte. Il avait bien fallut le nourrir. Lewis ne le savait que trop bien.

Le jour où il apporta deux seaux débordant de viande fraiche dans les sous-sols, Jarred se risqua à poser la question quant à la provenance de la viande. « Nous agissons pour la science mon ami, nous sommes des scientifiques. » était tout ce que le docteur trouva à lui répondre. Fort heureusement, le plus jeune ignorait que la créature n’ingurgitait que de la viande humaine. Il était d’ailleurs chargé d’aller lui apporter, glissant le contenu des seaux par une petite trappe dans la porte, trop petite pour que la chose puisse s’y faufiler et qui se refermait de toute façon systématiquement après utilisation. Lewis était bien le seul à supporter de regarder manger son sujet, l’observant dévorer la chaire sans même utiliser ses mains, vautré dans le sang. Il avait également pris l’habitude de s’emmêler maladroitement dans ses cheveux qui poussaient de plus en plus vite, et de les mâchonner pendant des heures et des heures. Le médecin jugea meilleur pour l’hygiène de son patient de raser sa chevelure, ce qui ne se fut pas sans l’aide une fois encore de médicament maintenant l’enfant dans un demi-sommeil apaisant. Il ne parlait même plus. Il ne criait plus et ne faisait que grogner et émettre des sons répugnant de temps à autre. Jarred était chargé de noter chaque jour un rapport dans un petit carnet demeurant secret en se fiant à ses observations via les caméras. Le cahier qui s’était vite remplie les premier mois se fit de plus en plus évasif à mesure du temps. Plongé dans un état totalement catatonique, l’adolescent ne se déplaçait que pour manger de temps à autre et passait le reste du temps blottit dans l’angle d’un des murs, le regard ouvert sur le vide. Il était probablement en train de mourir de l’intérieur.

Pourtant, Silver était on ne peut plus vivant. Son corps avait cessé de se battre mais son esprit fonctionnait à grande ampleur, ayant préféré se réfugier dans un monde imaginaire de son invention. Un monde rose, un monde vide et meilleur, où il pouvait vire loin de cette réalité pour éluder le temps. Il y pensait chaque jour, laissant son esprit y vagabonder joyeusement. Il y croyait. Réellement. Il en était si fortement persuadé que les conséquences le dépassèrent. Dans sa petite cellule, replié sur lui-même, Silver se révéla finalement. Ni un simple humain, ni même un Guide. Mais un être capable de créer un univers par sa simple imagination, un être dont la conviction intime était si forte qu’il finit par incarner véritablement ce monde, sans même le savoir. La misérable chose des bas-fonds de Tenebris, devenue esclave, réduit à l’état de rat de laboratoire, cette créature pitoyable devint Architecte. Ironie du sort… Un créateur certes faible, certes incapable de sentir la puissance des Guides ou de ses paires, mais un Architecte tout de même et quoiqu’on en dise. Si Silver en était encore ignorant, les cinq autres avaient dû le sentir dans leurs tripes. HellishDale comptait à présent un sixième Architecte. La Démence.

Le Lapin Blanc l’avait senti lui aussi.

C’est d’ailleurs cet être inquiétant qui tira Silver de sa transe perpétuelle, apparu devant lui sans même annoncer sa présence. Il ne l’attaqua pas. Il comprit même très vite que l’homme lapin ne venait pas en ennemi, bien au contraire. Il ne lui parla pas. Pas un seul mot, ni le moindre geste. Un bref échange de regard. Jarred observait encore et toujours, inlassablement, cet écran grésillant et manqua de s’étouffer en apercevant l’humanoïde, plus encore à la vision des prunelles noires de Silver. Après presque un an de captivité et de mort intérieure, il venait enfin de se réveiller. Ils allaient mourir. Hellish avait déjà disparu lorsque la porte blindée vola dans un éclat assourdissant, satisfait d’avoir éveillé le feu de rage bouillonnant en ce nouvel Architecte, attendant son heure pour déverser ses trombes. Le chaos s’insinua entre les murs de l’hôpital, faisant trembler les fondations. Le second du docteur fut l’une des rares et premières victimes, la nuque craquée par la puissance dévastatrice de celui qu’il surveillait chaque jour. Ils avaient songé à immobiliser ses bras, ils auraient dû lui bander les yeux. Son chemin se poursuivit dans tout le bâtiment, créant l’agitation et la terreur parmi les patients incapables de comprendre ce qui était en train de se dérouler sous leurs yeux. Les meubles et les obstacles qui entravaient son chemin ne faisait pas long feu, tout comme le personnel qui tentait de le stopper dans sa soif vengeresse de liberté. Bientôt, l’édifice d’ordinaire si propre et arrangé devint un véritable enfer de ferraille renversée et d’instruments étalés sur le sol, parsemé de tâche de sang sans qu’aucuns patients n’aient été touchés. Un peu de lucidité dans cette folie, sans doute. Lorsqu’il atteignit la sortie pour s’engager sur le terrain vague alentour, ce fut pour être stoppé par Lewis qui criait des mots ne pouvant atteindre son esprit inconscient de l’extérieur, aveuglé par la haine.

Il se retrouva bien vite jeté à terre par la force de l’esprit de l’adolescent qu’il avait « choyé » à sa manière, le petit être se faisant de plus en plus proche et de plus en plus menaçant. Sa jambe craqua, il hurla, cru bien qu’elle allait se déchirer, lui échapper. Mais Lewis, en plus de bénéficier d’une intelligence supérieure à la moyenne, semblait avoir hérité d’une chance hors du commun. Les irises sombres perdirent leur encre et il s’étrangla à demi avec le liquide poisseux et tout aussi noir qui s’échappait d’entre ses lèvres. Le améthystes écloses cherchèrent un instant leur chemin et c’est maladroitement, handicapé par sa camisole que l’être de fureur tituba un peu plus loin, avant de s’effondrer comme un château de carte. Ainsi cette capacité possédait ses limites… Le médecin était bien heureux d’avoir pu l’apprendre avant de perdre l’usage de sa jambe gauche. Il aurait pu récupérer son patient, avec de l’aide, mais le Lapin Blanc fut plus rapide en l’enjamba sans même un regard, avant de saisir entre ses bras le petit Architecte encore si fragile, glissant ses doigts gantés entres les mèches noires qui commençaient à lentement repousser. Lewis ne put que le regarder disparaitre.

Dans les méandres de brumes qui constituaient sa vision du monde, Silver sentit deux grandes mains le soulever et sa joue se lover contre un tissu satiné, les yeux papillonnant sous une fourrure blanche. Il n'entraperçu que la truffe de cette étrange apparition et le rouge de sa cravate, avant de se laisser aller dans ses bras. Pour la seconde fois, il était libre.

[....]

En ouvrant les paupières, Silver ne put que s’étonner des étoiles peintes sur le plafond. Elles tentaient de faire percer leur faible lueur à travers le peu de lumière de la pièce. Une veilleuse… ? Quelqu’un avait pensé à lui. Mais cet endroit… Cette chambre douillette digne de ses rêves. Cette chambre qu’il aurait exactement voulu avoir sans trop se l’avouer… Un petit nid qu’il avait toujours voulu posséder. Les teintures de soie blanche qui entouraient son lit étaient relevées sur la silhouette du Lapin Blanc, attendant patiemment près du petit bureau, l’observant se réveiller. La migraine persistait derrière les fondements fragiles de sa boîte crânienne, comme de vilaines petites griffes décidées à lui lacérer la matière grise. Il ne portait plus sa camisole, on l’avait changé. Ses cheveux avaient déjà pris le temps de repousser dans sa cellule après la coupe et chatouillaient à présent ses joues. Il s’habituerait à cette nouvelle légèreté. « Ils sont doux… Ne les coupe jamais. » C’était l’unique requête qu’avait un jour pu lui formuler October et l’un des rares détails dont il se souvenait de lui. Il n’avait pas été en mesure de tenir cette promesse et cela lui provoquait un léger pincement au cœur. Mais Hellish se tenait toujours là, à le dévisager de ses orbes rouges, attendant visiblement quelque chose de lui. S’il n’avait pas été convaincu qu’il était vivant, la sirène aurait pu songer à une énorme peluche. Mais comme cela n’était pas le cas, il jugea meilleur d’engager un semblant de conversation malgré l’étrangeté de l’interlocuteur.

« - C’est vous qui m’avez sauvé n’est-ce pas… ? » Il sortit à demi de sous les draps et s’assit sur le rebord du lit. Sa robe était bleu pâle. Il trouva la surprise agréable, bien plus que de voir l’animal lui répondre sans même entrouvrir la bouche.

« - Exactement. Je me suis déplacé parce que tu es précieux, Silver.

- Précieux… ? Je dois prendre ça comme un compliment… ? Où sommes-nous… ?
»

Il s’était déjà lever pour ouvrir la porte de la chambre, se figeant sans même entrer dans le couloir.

« - Cet endroit c’est…

- C’est ton monde. Ce lieu sort directement de ton inconscient

- Ça explique la sensation de déjà-vu… Alors ça veut dire que…

- Tu es un Architecte.

- Un vrai Architecte ? Comme les autres… ?

- Oui. »

La moue désapprobatrice de la jeune sirène se transforma aussitôt en un sourire montant presque jusqu’à ses oreilles. Enfin… Enfin il avait trouvé sa place dans cet univers et possédait un petit coin de paradis loin de l’horreur, loin des cauchemars fumants de son monde d’origine. Il avait créé Dementia et ne s’était que rarement sentit aussi fier. Il n’avait pas trouvé de réponses, il y avait laissé encore un peu de sa liberté mais à présent plus rien ne pourrait l’arrêter dans sa quête de vérité ! Personne ne se mettrait en travers de son chemin ! Excepté… Les cinq autres dont il ne connaissait l’existence que via les crises de colère du vieux maître. Excepté l’un d’entre eux en particulier qui se postait insolemment entre lui et son unique bonheur restant. Qu’importe… Obtenir ce qu’il désirait parcelle par parcelle n’était plus qu’une question de patience et de stratégie. Quelqu’un d’extérieur aurait pu à cet instant même comprendre que la mince corde qui raccrochait Silver aux racines de la raison venait de lâcher brutalement. Tout passait par son regard. Hellish en fut l’unique témoin et ne trouva rien à redire. Sa main se posa sur l’épaule de l’adolescent qui n’écoutait déjà presque plus.

« - Mais je ne peux pas encore te laisser te confronter à tes paires. Ton monde est un nouveau-né encore faible. Tu as besoin de-

- Trouver des Guides. Je sais comment fonctionne votre petit manège Monsieur Lapin. Le vieux parlait toujours à voix haute. Je trouverais des Guides, j’en fais mon affaire.

- Comment compte tu t’y prendre puisque – comme tu l’as remarqué – tu ne peux pas les sentir… ?

- Ils ne peuvent pas me sentir non plus, je ferais simplement preuve d’observation…

- Bien… Je reviendrais te chercher le moment venu dans ce cas. A très bientôt… »

Et l’esprit de la ville disparu avant même que le petit brun n’ai eu l’occasion de se retourner. Trouver des Guides… Il s’agissait là d’une mission un peu plus ardue que ce qu’il voulait bien laisser croire… Mais il s’y ferait. Tout comme il se ferait à cette idée de puissance. On allait enfin le reconnaître à sa juste valeur ! Du moins c’est ce qu’il osait espérer… Le nouvel Architecte de Tenebris n’était plus qu’un détail à expulser à présent…

Durant cinq ans, Silver fit des pieds et des mains, crapahutant partout et même hors d’HellishDale pour mettre la main sur ses trois Guides. Ses petits trésors.
La première fut Rosemary, une enfant si jeune à l’époque. Une petite fille d’à peine onze ans. Le besoin maternel rageait dans le cœur de la sirène et cette enfant était tout à fait à son goût. Il tenta bien de convaincre la mère lorsque la petite était à l’école. Elle ne voulut rien entendre. A bien y réfléchir, ce fut la première et dernière fois qu’il dévora une femme. Son goût était à peu de choses près identiques à celui d’un homme, peut-être un peu moins fort. Lorsque la petite réclama sa mère en rentrant, Silver l’attendait, adossé à la porte sans se départir de son sourire. « Ta mère est partie en voyage, non ne pleure pas, regarde ! Tu n’es pas toute seule, je vais m’occuper de toi en attendant, viens, je vais te montrer un endroit formidable qui te plaira, tu pourras faire autant de manège que tu veux, oui pour de vrai, aller, viens… » L’attirer dans son monde et en faire son Guide avait été aussi simple que ça. Plus qu’un passe pour les humains vers Dementia, elle devint sa fille, sa petite chérie. Mais être une mère n’était pas si simple qu’il l’imaginait et lorsqu’elle commença à grandir, à se rebeller en demandant encore et toujours sa véritable mère, la créature hurla, saccagea la pièce sans même s’apercevoir qu’il effrayait l’enfant. « Ta mère ne reviendras pas, elle t’a abandonné ! C’est moi ta mère, c’est moi qui t’ai élevé ! Tu es MA fille, à moi, à moi !! » La colère fut suivit d’une crise de larmes que la petite renommée Alcide tenta de calmer du mieux qu’elle put à contrecœur. Ce Monstre demeurait sa nouvelle mère, qu’elle le veuille ou non. Elle ne sut évidemment jamais ce qu’il était réellement advenu de sa mère biologique, et malgré son ressentiment persistant pour cet être tout en haine et en noirceur, elle y voyait une génitrice de substitution.

Le second fut Laury. Alcide avait déjà bien grandi et atteignait déjà ses quinze ans. Elle avait mis son premier pieds dans sa ruelle il y avait peu mais son Architecte de mère n’était en aucun cas rassuré. Il avait vu October travailler plusieurs fois, au début lorsqu’il demeurait caché dans un coin de la ruelle, trop effrayé pour en dépasser les limites. Pour le peu que ses souvenirs lui revenaient, même lorsqu’un Guide refusait de se prostituer, les humains pouvaient se montrer violents et trop entreprenants. S’il arrivait malheur à sa petite, il se promettait de faire un véritable carnage. Le blondinet tomba à point nommé. Il ne semblait pas très vif mais devait sûrement être capable de se défendre en cas de danger. Il protégerait la petite un temps, faute de mieux pour le moment. Les Guides ne courraient pas les rues. Cette nuit il pleura longuement dans les méandres de la ville, faisant volontairement couler son mascara. L’autre vint à sa rencontre, essaya de lui parler, le pris dans ses bras. Silver souriait dans son dos. Il l’attira dans son monde, en fit son deuxième Guide et le chargea de veiller sur la petite. Mine de rien, cette étreinte lui avait fait du bien au fond. Pleurer toute les larmes de son corps aussi.

Le troisième répondit au doux nom de David. Extasy sonnait mieux. Rien de bien glorieux pour cette rencontre. Il l’avait trouvé sur un banc, lui avait parlé longuement, il l’avait suivi. Silver ne le laissa jamais repartir et marqua ainsi son premier Guide forcé. Plus rien ne le retenait en ville et pourtant… Pourtant il le raillait, l’insultait par moment sans oser aller trop loin. Un rapport de force s’était installé entre eux deux mais il avait au moins le mérite de savoir s’occuper d’Alcide. Petite adolescente captive qui n’avait de cesse de se développer. Elle avait seize ans. Le même âge que lui lorsqu’il avait rencontré October. Le temps filé si vite. Déjà six ans maintenant. Six ans qu’il avait préféré quitter Tenebris pour tenter de réparer ce qui tombait à présent en morceaux…

Les souvenirs s’effaçaient un peu plus chaque jour et semblaient avoir atteint un point de non-retour. Il lui manquait d’importantes réminiscence, des détails capable de lever le voile sur son passé et le visage de personnes chères. Pourtant, il se souvenait de choses totalement inutiles et dignes d’être éludées de son cerveau. Il avait cessé de chercher à comprendre et attendit le retour d’Hellish patiemment. Lorsqu’il l’amena pour la première fois dans la salle de réunion des Architectes, il se heurta à Berith et à un ou deux autres avant de se terrer dans son fauteuil jusqu’à ce que le Lapin les fasse taire. Durant toute la première réunion, ses orbes améthyste ne lâchèrent pas l’Architecte de Tenebris. Ephialtès Graves. Saloperie de petit Roi. Mais il avait tout le temps de songer à comment lui faire comprendre sa haine. A comment retrouver son Guide. Oui. Si le visage du blondinet se rappelait à lui d’une façon désagréable et insidieuse,  celui d’October n’était plus qu’un mince sourire au milieu d’un visage flou. Une vague sensation en travers des joues et du corps. Il avait fouillé la ville autant que cela lui était possible, cherchant dans chaque recoin, allant se plonger à même l’immondice crasseuse des bas-fonds d’HellishDale. Son aîné aurait adoré fréquenter ce genre d’endroit, il en était presque sûr. Presque.

Il avait su s’y perdre, s’y trouver une place. Là, parmi la pourriture du monde, il avait apprivoisé la guitare électrique et avait accepté de travailler de temps à autre sur la scène de l’Underground. Son Lui adulte s’épanouissait dans ce milieu alors que son Enfant intérieur, son Monstre, se rappelait sans cesse à lui pour le réprimander. Qu’il le veuille ou non, Silver évoluait au sein de cette engeance, se nourrissant sauvagement des prédateurs trop entreprenants qu’il pouvait ramener. La Démence avait acquéri un petit nombre d’Essence non négligeable et s’était fait une place parmi les autre. Dire qu’il était heureux n’était qu’une question de point de vu. Il n’avait pas ce qu’il désirait, pas encore. Tout n’était qu’une question de temps.

Allongée dans sa baignoire, de l’eau jusqu’aux épaules, la Bestiole se para d’un sourire navrant de fausseté.


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Cadow
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Silver SilentCry - La Démence

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