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Au soleil ♪ [pvBartel - Suspendu]

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MessageSujet: Au soleil ♪ [pvBartel - Suspendu]   Jeu 1 Aoû - 4:34


_Constance : Chapitre premier

-— Ça fait mal ? demanda le garçon dans un murmure presque incompréhensible.

Les enfants lui parlaient presque toujours ainsi, d'un ton intimidé et hésitant, à croire qu'ils avaient peur d'elle. Mais il était plus juste d'affirmer qu'ils se respectaient énormément mutuellement. Petits voleurs, mendiants ou simples gamins turbulents l'admiraient de loin et semblaient vouloir lui offrir une sorte de protection minime. Car qui à part elle les accueillait à bras ouverts, sans un regard emplit de mépris, pitié ou condescendance ? La question ne se posait même pas.

Constance ne réagit pas directement à la question du petit qui avait baissé les yeux, n'osant pas regarder plus longtemps la raison de son interrogation. La jeune femme effleurait de ses paumes illuminées d'une étrange lueur bleuâtre la profonde coupure qui s'étendait sur plusieurs centimètre au niveau du flanc du garçon. Cela faisait déjà près de dix longues minutes qu'elle tentait de refermer cette plaie. La fatigue commençait à la gagner, elle avait déjà soigné un nombre incalculable de personnes avant lui. Ses cheveux totalement blancs témoignaient de son dur labeur et allaient sûrement s'en vanter pour elle pendant plusieurs jours. L'enfant  serait certainement son dernier patient de la journée, elle arrivait à peine à guérir sa blessure qui était pourtant loin d'être grave. La peau de son flanc, elle, était déjà maculée de son sang alors que la blessure du garçon y faisait à peine son apparition. Sa longue robe s'était progressivement tachée et sa légère transparence ne cachait en rien l'immonde déchirure qui se dessinait lentement sur son corps.

-— Non, répondit-elle sur un ton indifférent, sans même le regarder.

Le garçon sursauta légèrement au son de sa voix, ne s'attendant visiblement pas à la voir réagir à sa question. Sa curiosité était loin d'être satisfaite mais il n'osait pas lui demander de développer sa réponse. Il savait qu'elle n'était pas du genre bavarde et se força donc à balayer les mille et une questions qu'il avait envie de poser de son esprit. La plupart des autres enfants avaient abandonnés depuis longtemps leur "essai de dialogue" avec la jeune femme. Et de toute façon, un adulte, aussi respecté soit-il, ne pouvait comprendre d'aussi jeunes âmes. Du moins, c'était ce que ces dernières pensaient.

Le traitement trop lent commença à agiter le garçon qui n'avait plus si mal que ça. Assis sur un tabouret de bois, il tapotait désormais le sol de ses talons pleins de terre dans un rythme particulier. Rien de spécial ne l'attendait dehors mais il commençait à s'ennuyer. Ses visites trop régulières l'avait rendu impatient, l'envie de retrouver ses petits camarades l'avait pris d'un coup pour ne plus le quitter. Constance posa une main sur son genou pour stopper ses mouvements nerveux. Elle lui offrit un sourire plein de gentillesse malgré l'éternelle froideur que dégageait son regard de glace.

-— Je vais finir ça rapidement si tu le souhaites,  le risque d'infection est désormais minime.

À ces mots, elle se leva pour se diriger vers sa sacoche en cuir en réprimant un soupir de soulagement. La jeune femme était morte de fatigue, soigner toute la journée n'était plus vraiment dans ses habitudes. Son rôle de guide lui prenait désormais une grande partie de son temps mais ses talents de guérisseuse étaient particulièrement appréciés et utiles à Inferna. Pour ceux qui n'avaient pas l'argent nécessaire afin de se payer les services d'un médecin ou pour les autres qui ne croyaient tout simplement qu'en la magie qu'était la sienne.  Elle saisit distraitement un petit pot en terre cuite dans son sac et des bandages dont elle ne se séparait que rarement. Ce genre de petites choses étaient utiles lorsqu'elle était épuisée et donc incapable de soigner.

Posant le peu de matériel qu'elle possédait à côté du garçon, Constance se remit à genoux devant lui. La jeune femme ouvrit le pot pour y plonger sa main d'un air un peu ailleurs. Elle préparait elle-même des onguents au cas où. Au palais, on lui fournissait ce dont elle avait besoin pour le faire. La guérisseuse ne possédait pas que ses dons mais aussi certaines connaissances sur les plantes médicinales. Les doigts recouverts de la mixture odorante, elle étala de manière assez grossière l'onguent sur la blessure à peine refermée du garçon qui regardait la chose d'un oeil méfiant. Les traits détendus, dégageants une froideur qui semblait lui coller à la peau, elle commença à panser la blessure à l'aide de ses bandages. Peu douée et assez maladroite pour ce genre de choses, la jeune femme n'était pas du genre à grimacer d'agacement même si un léger froncement de sourcils se dessinait sur son visage d'ordinaire inexpressif. La fatigue qui se faisait de plus en plus pesante lui faisait presque perdre son sang froid, il était tellement rare de la voir réagir à quelque chose que c'est ce qu'on aurait pu penser. "Était-elle en train de craquer ?" C'était ce que se demandait le garçon qui la regardait avec des yeux ronds. Constance l'avait toujours intimidé mais le fait que son masque fonde ne serait-ce qu'un tout petit peu était presque effrayant. Inspirant profondément afin de reprendre son "calme", la jeune femme termina finalement l'espèce de pansement maison.

-— C'est fait. File maintenant.

Son expression s'était adoucie à ces mots alors que l'enfant se relevait d'un bond pour se précipiter vers la sortie qui n'était autre qu'une bâche.

-— Attends ! Tu as oublié ceci...

Un sourire aux lèvres et les yeux rieurs, elle lui lança sa chemise crasseuse qu'il saisit au vol avant de la fixer d'un air pensif. Ses joues s'empourprèrent lorsqu'il se rendit compte de son regard insistant et il se décida finalement à hocher la tête en signe de remerciement. Reprenant son masque inexpressif même si ses yeux restaient brillants, Constance lui rendit son signe par un bref geste de la main. Le garçon qui y voyait là la permission de disposer ne se fit pas prier pour détaler comme un lapin.

-— Et n'oublie pas de revenir me voir demain !

Un fin sourire s'étira sur son visage alors qu'elle se disait qu'il ne reviendrait sûrement pas. L'avait-il seulement entendue ? Cela ne lui importait que très peu, de toute façon si il avait besoin d'elle, il se montrerait. C'était aussi simple que ça... La jeune femme ne s'inquiétait pas pour lui, un brave gamin assez débrouillard, voilà ce qu'il était. Comme à peu près tous les gosses qui trainaient dans les bas quartiers d'Inferna d'ailleurs. Constance en attendait justement un. Elle ne connaissait pas son nom, dont elle se fichait pas mal même si l'apprendre ne l'aurait pas déplu. Les jours où elle travaillait en tant que guérisseuse, il se montrait tôt le matin devant le palais et juste après son dernier patient pour l'aider à porter, monter et démonter la tente qui lui servait en quelque sorte d'infirmerie. Bien sûr, il ne faisait pas cela simplement pour rendre service. Un bout de pain, un fruit ou une piécette de cuivre était toujours la bienvenue et Constance n'avait aucun mal à lui donner ce genre de petites choses qui n'avaient pas la même valeur à ses yeux qu'à ceux du petit.

En attendant sa venue, elle avait pas mal de choses à faire. Plongeant ses mains dans une bassine d'eau en fer, elle entreprit de se les laver le mieux possible. Enlever le reste de l'onguent qui s'était coincé sous ses ongles n'était pas une mince affaire mais elle avait désormais l'habitude. C'était un petit rituel tout de même nécessaire, si il ne tuait pas vraiment les bactéries qui se baladaient sur ses mains il lui donnait au moins l'impression d'être un tant soit peu "propre". Après tout, l'hygiène était de rigueur chez la jeune femme qui se lavait ses petites menottes pas moins de dix fois par jour. Cela lui procurait tout simplement une sensation de bien-être qui était toujours la bienvenue.

Constance s'essuya les mains sur sa longue robe en lin particulièrement fine. C'était qu'il faisait terriblement chaud à Inferna, la jeune femme commençait à peine à s'habituer à cette épouvantable canicule qui y semblait perpétuelle. Sa tenue était tellement légère qu'on y voyait presque à travers ce qui lui déplaisait fortement mais elle n'avait pas l'impression de pouvoir se vêtir autrement vu la constante chaleur. La robe était terriblement simple, le dos nu, couleur crème mais tachée de son sang au niveau du flanc, elle lui arrivait jusqu'aux chevilles pour laisser ses petits pieds chaussés de sandales de cuir à découvert. Le genre de tenue qu'affectionnaient généralement les femmes en manque d'argent. Cela importait peu à Constance qui ne recherchait que le confort que lui apportait une robe assez légère que pour lui faire supporter la chaleur.

Elle entreprit de retirer la grande bâche qui servait un peu de porte d'entrée. Les noeuds maladroit qu'étaient son oeuvre n'étaient guère difficiles à défaire. C'est en retirant le grand morceau de tissu pour commencer à le plier que le brouhaha se fit vraiment entendre. Oh, il avait bien évidemment régné toute la journée mais le fait de regarder ce petit monde courir partout, discutant, riant ou criant parfois rendait cela plus réel. Le marché n'était qu'à quelques mètres de son petit emplacement et l'heure tardive qui annonçait la fermeture des stands rendait les acheteurs de dernière minute assez nerveux. Constance parcouru un instant la scène de son regard pour savourer ce moment passé à Inferna qui était pour elle une sorte de "terre promise" après Aérials. Des gamins crasseux couraient derrière un chien en criants des sortes de mots totalement incompréhensibles, une petite fille pleurait en tirant sur la robe de celle qui parlait tranquillement à une vieille dame qui lisait les lignes de la main, quelques hommes qui se prétendaient acteur jouaient une sorte de pièce de théâtre de rue comique entouré d'un publique riant aux éclats, des vendeurs criaient la liste de leur inventaire en espérant des ventes concluantes en cette fin d'après-midi, d'autres petites gens discutaient simplement entre eux.

On pouvait admirer ce petit spectacle à peu près tous les jours, vu l'heure tardive à laquelle le marché "fermait" la foule était toujours présente. Les odeurs se mélangeaient mais celle de la sueur primait avant toute autre même si celle des épices se faisait entêtante. Le soleil brillait continuellement de mille feu, sans un nuage pour l'entraver dans son envie d'éblouir. La chaleur était telle qu'on y voyait trouble à quelques mètres, elle se faisait même odorante. L'odeur du soleil... Constance n'aurait su expliquer clairement ce qu'elle entendait par là. Les gens qui passaient lui adressaient parfois un "Bonjour." poli ou des sourires auxquels elle répondait par un bref hochement de tête. Tout le monde la connaissait par ici, elle avait soigné tellement de citoyens... Et puis, elle était avant tout une des guides d'Inferna.

-— Tu sais ce que Bartel fait là ?

Constance qui était distraitement en train de plier la bâche sursauta en entendant la question et laissa le bout de tissu tomber à terre. Elle releva son visage baissé une seconde auparavant vers ce qu'elle venait de faire tomber pour dévisager la femme qui lui avait adressé la parole. Une servante au palais avec qui elle entretenait une relation plutôt amicale... Un vrai pot de colle un peu trop bavard. Elle s'appelait Irina et était une vraie croqueuse d'homme, tout le monde avait au moins entendu quelques petites choses à propos de la jeune femme qui aimait faire parler d'elle. Cette dernière gloussa comme l'idiote qu'elle était pour lancer un regard désolé à Constance.

-— Excuse-moi Stanzy, je ne voulais pas te faire peur. Donc, tu sais pour Bartel ?

Elle détourna son regard pour fixer l'homme en question qui parlait avec ce qui semblait être un marchand. Un drôle de sourire s'étira sur son visage alors que ses yeux brillaient d'un air captivé. Constance laissa son regard glissé sur Bartel pour ramasser la bâche par la suite. Elle haussa les épaules d'un air indifférent avant de répondre à la grande brune qu'était Irina.

-— Je n'en sais pas plus que toi. Vois-tu, ça ne m'intéresse pas vraiment.

L'autre ria avant de lui arracher la bâche des mains pour la plier rapidement et la poser au sol par la suite. Constance faillit soupirer, la servante avait vraiment envie de discuter avec elle ce qui n'était pas vraiment pour lui plaire. Irina ne faisait pas partie de ceux qui arrivaient à capter l'attention de la guide par de simples mots, sa conversation était d'ailleurs assez stérile.

-— Ah ? Pourtant Bartel est plutôt bel homme je trouve... Et puis, beaucoup de femmes parlent de lui comme si elles ne s'étaient jamais remises de lui avoir appartenu pendant quelques heures. Je me demande d'ailleurs pourquoi il ne s'est pas encore intéressé à moi... C'est vexant tu sais ! Tu as de la chance toi, tu as sûrement l'occasion de régulièrement discuter avec lui. Oh, qu'est-ce que j'aimerai être guide rien que pour pouvoir l'aborder de manière naturelle !

Elle faillit faire rire Constance qui trouvait son flot de paroles totalement stupide. Mais bon, elle n'en avait que faire de la grande brune et rire à ses dires n'aurait que prolongé la conversation qui ne lui était pas spécialement agréable. D'une certaine manière, elle appréciait Irina qui s'adressait à elle comme à une véritable amie mais la servante était tellement agaçante qu'elle en arrivait presque à mal se faire voir par Constance qui n'avait pourtant généralement aucun avis négatif sur quelqu'un. Mais sa manie de bavarder sans jamais en finir était... exaspérante.

-— Bah, je ne pense pas que tu doives te retenir. Ton initiative le ferait même plaisir si ça se trouve. dit-elle d'un ton faussement intéressé.

Irina n'était pas dupe mais elle avait l'habitude et n'y voyait pas là un manque de respect. Elle sourit même à ses dires et entreprit d'aider la jeune femme qui commençait à rassembler le peu d'affaire qu'elle possédait.

-— Tu crois ? C'est que je suis semblable à tellement d'autres filles qu'il risque de refuser de peur de s'ennuyer avec moi... Tu ne pourrais pas... Enfin tu sais quoi, me le présenter ?

La guérisseuse se figea en entendant la demande pour froncer les sourcils. Ses traits se détendirent par la suite alors qu'elle se retenait d'émettre un profond soupire. Qu'est-ce qu'elle pouvait être fatigante ! Irina la mettait dans l'embarras, elle savait très bien que Constance avait du mal à refuser les demandes de petit service faciles à remplir. La guide se sentait piégée et il n'y avait rien de plus désagréable que cela. Ce n'était pas qu'elle voulait se faire bien voir mais plutôt qu'elle voulait se montrer la plus agréable possible avec les autres dont elle ne pensait que véritablement rarement du mal. Elle se dirigea vers "l'extérieur" pour vider la bassine pleine d'eau sur le côté de la tente. Elle revint la ranger dans sa sacoche avant de poser les yeux sur une Irina aux airs suppliants.

-— Hmm... Si il vient m'aborder et que tu es là, il te saluera peut-être. Tu pourras alors facilement converser avec lui, je suppose...

La grande brune lui sourit en signe de remerciement avant de poser son regard sur Bartel qui avait justement tourné le sien vers la petite tente. Constance se retint d'afficher une moue de mécontentement, il allait peut-être vraiment venir l'aborder. Mais vu le tempérament d'Irina, cette dernière pourrait rapidement monopoliser la conversation et donc épargner à Constance la tâche qu'était discuter. Il se pourrait même que la servante plaise à Bartel. Assez grande et fine mais aux formes pulpeuses, la peau dorée par le soleil,  de longs cheveux d'un brun assez sombre qui lui arrivait jusqu'au bas du dos, un visage rond et expressif qui affichait pratiquement toujours un sourire franc et des yeux noirs en amande qui étaient beaux mais manquaient peut-être d'un éclat d'intelligence, la jeune femme n'en était pas moins splendide et avait du succès auprès des hommes.

Irina s'assit lourdement sur le petit tabouret de bois réservé aux patients pour fixer Bartel avec insistance, comme si son regard aurait pu l'attirer tout contre elle. Constance, elle, ferma son sac pour le poser à côté de la grande brune. La guide n'attendait plus que le petit garçon qui devait l'aider à démonter la tente, il était rare qu'il ne se montre pas mais cela arrivait parfois et c'était ce qu'elle craignait aujourd'hui. En effet, cela la mettait dans une assez mauvaise position. Petite, maigrichonne, le corps clairement faible et fragile, elle était incapable de démonter la tente et de porter les bâches qui la constituaient jusqu'au palais. Les jours où le garçon ne se montrait pas, des hommes plutôt galants qui "passaient justement par là" lui proposaient leur aide. Mais ce n'était pas vraiment plaisant. D'un naturel méfiant, Constance n'appréciait pas l'intérêt qu'avaient des inconnus à son égard. Elle passa sa main sous sa longue et fine chevelure blanchie par son "passe temps" de guérisseuse pour aérer sa nuque quelques secondes. La chaleur se faisait un peu moins forte à cette heure-ci mais la jeune femme avait hâte de rentrer au palais. Elle aurait bien voulu dire à Irina "Encore cinq minutes et je rentre." mais ce n'était pas vraiment possible vu qu'elle avait besoin de bras, même ceux d'un enfant (qui possédait plus de force qu'elle oui oui) pour l'aider avec la tente. Elle se sentait plutôt piégée. Tout ce qu'elle espérait était que si il l"abordait, Bartel saurait lui être agréable...


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Dernière édition par Constance Tully le Lun 30 Déc - 17:13, édité 2 fois
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Chasseur d'horizons - Ombre sauvage
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Dans un coin de carnet
Surnoms honteux: Trop pour les citer ; on le dit volage, sauvage, presque fou peut-être. Amusez-vous avec ce matériel.
Ton monde (Guide, Prisonnier ou Architecte):
MessageSujet: Re: Au soleil ♪ [pvBartel - Suspendu]   Mar 6 Aoû - 23:34

Titanesque, la mer. Sans embruns et sans sel, forte d’une absence liquide qui dévoilait ses fonds habituellement couvert par pudeur regrettable. La mer, mais sans eau. La mer, mais sans mer. Une parcelle rutilante de sécheresse.
Le sable crissant, des éclats de lumière contre sa peau dorée. Les dunes figées qui s'enroulaient doucement sur la poussière de leurs sœurs défaites, languissantes dans le vent brûlant du soir qui rafraîchirait pour quelques heures leur face exposée. Cuivrées, couleur métallisée de zinc, de souffre et de poussière solaire ; l’ardeur cristallisée en vagues sèches qui dévoraient la peau. Une désolation de courbes chaudes et moelleuses qui dessinaient les contours de mille corps enlacés tous ensemble, étalés en lieu et place du paysage, immobilisés en communion sensuelle. Ils se palpaient dans le creux des dunes, à l’ombre des grandeurs atones, exhibaient leur silhouette changeante sur les monts de poussière. S’éveillant sur les pentes brillantes, glissant jusqu’au tapis de crépuscule desséché offert en contrebas aux spectres de fraîcheur trop éreintés pour trouver d’autres lits… Sur la pointe d’une rondeur croquante, au loin parfois l’illusion que l’air ondulait, comme inspiré par tous ces corps esquissés en pâmoison doré. Scintillance craquée en fragments d’astres, dévoration d’étoiles happées entre les lèvres enluminées du sable.
Lumière miroitante, ombres créatrices. Glissement solaire ; le ciel est une pente azurée sur laquelle les rayons du tyran des hauteurs éthérées s’amusent dans une luge. Ente les mains du vent alourdis de poussière, leurs rires muets- sur les joues et le front, en fièvre brûlante. Phosphorescence sanguine éclatée sous la peau. Les gens pèlent comme des oranges au jus bouillant. Ébullition dans les veines, cœur fatigué de battre. La bouche sèche, le derme rugueux, les cheveux encrassés d’un sable affamé de carne tendre. Un dieu sur les dents rôdait ici. Il cherchait sa pitance de pulpe et de sang avec les bouches multipliées que portait l’exhalaison ardente du ciel ; et la trouvait, toujours.
Les plaisirs mystifiés du désert d’Inferna. Aux yeux brûlants du voyageur qui s'écrasait au pied d'une dune, tableau sauvage d'une beauté qu'on ne nommait que trop peu- car ici, la mort. Et la mort était laide, n'est-ce pas ? Forcément, par nature. La mort est dénuée de charmes. La mort a des parfums que n'enchantent pas les sens, elle n'est que puanteur et frissons sur la peau. Dégoût. Par principe, on craint la mort, on ne la contemple pas.
Mais dans le cœur de cet homme ébouriffé, qui sur le sable chaud se laisse rouler, peau griffée, toison sèche, un goût de poussière dans la bouche, pas de murs qui empêche un battement exalté pour la beauté macabre. Oui, ce désert est emprunt de mort. Mais quelle puissante beauté, dans ses courbes lascives... Qu'il parcourt sur le flanc, sur le nez et le dos. Au visage, paupière fermées, sensation de la route tracé à travers les dunes. Glissement contre ses côtes, griffures du sable sur sa poitrine. Battements effrénés entre ses tripes remuées, hurlement de vie qui pulse à la chamade. Il est couché dans  le creux d'une dune, adhalant contre la peau dorée du désert. Ses doigts ont plongé dans la poussière, ils se crispent sous la rivière chaude des grains vibrants de lumière. Échevelé, abattu par la gravité, l'homme se tourne sur le dos d'une torsion leste. Dans ses vêtements froissés, il fait face au bleu intense du ciel. Azur violent, sauvage- dur. Il n'a pas vu tant d'étoffe céleste depuis plusieurs jours déjà, et ses yeux brûlent, pleurent, mais ses lèvres se tordent ; elles se tendent en sourire dans sa barbe, face aux rouleaux débordés des cimes éoliennes. Un sourire bestiale. Pour les cieux aplatis qui s'élancent au delà des dunes ambrés, les dunes mirabelles, les dunes rousses et blondes qui font des chevelures infinies aux yeux de l'homme couché. Il se vautre sur le sable, respire l'odeur du désert en laissant tomber une joue sur le sol pulvérulent ; une odeur matérielle, irritante et douloureuse. Ses lèvres esquissent une grimace plus sauvage encore, d'un petit rien étiré. Il se tord le cou pour retrouver l'immensité du ciel.
Et reste là, sur le dos, à transpirer dans ses frusques éteintes, délavées. Les derniers jours ont été durs pour lui.
A errer dans la jungle étouffante du pays des enfances fracassées, cet Eden candide qu'un homme seul a sut souiller, il a trouvé et des crocs et des griffes pour lui claquer dans le dos. Étonnante faune tropicale... Qui laisse des traces. Brûlantes, suintantes. La balafre, croûteuse, fait encore relief en travers d'un omoplate. Elle lancine un peu, un geste brusque pourrait la fendre- mais il n'a pu s'empêcher, pourtant, de dévaler cette pente moirée au risque d'une douleur. Comme un gamin, sur le sable chaud, il a roulé de tout son soul ; et le voilà étalé face au ciel dégoulinant d'azure, comptant les nuages trop rares qui parsèment la plaine sèche des étoiles. Pourquoi n'est-il pas revenu plus tôt ici ? Le voyageur se pose la question, en humant l'étrange fumet. Il se sent comme chez lui dans ce monde martelé de soleil. Plus que n'importe où d'autre. C'est étrange, irritant ; jamais ne demeure cet homme, jamais de repos à ses jambes. Il est presque gêné par cette aise ressentit dans les rues gorgées de chair et de bruit de la ville.
Il s'ébroue, se redresse. Un éclair dans son dos fait un bond, tirant les chairs. Broutille à celui qui a quitté la ville depuis une décennie. La vie est pleine de douleurs, grandes ou petites. Il n'est question que de les accepter comme une donnée de plus- telle la faim, la soif, l'inconfort... La nature n'a  ses enfants ni couches douillettes ni frigidaires. Bien lui en prend. Y survive n'en est que plus exaltant.
Un peu fourbu, chauffé de paire par le sable et le soleil, le voyageur s'avance entre les dunes. Il a choisit son chemin. Cette vie et ses dangers... Ce périple, dans le désert évanouis qui lui tend ses rondeurs blondes et cuivrées.
Apparaître dans la ville ? Trop simple au goût du chasseur d'horizon. Donnez lui un sentier tortueux, il lui préférera ses lacets scabreux à la droiture rassurante d'une route. Dans les virages cachés du premier, il trouvera son bonheur. Sur le rigide étalage de l'autre, un ennuie mortifiant.
Bartel, en son âme et conscience, n'est pas un fou pourtant : toute proche, à quelques kilomètres de collines sableuses, la ville qui s'élève, au dessus du désert ; drôle en ses hauteurs, quand l'on pense à son nom. << Ville basse >>, disent les nobles à l'ombre du palais.
Mais d'ici, dans le creux chaud des dunes, elle s'élève en joyaux, craquante d'ocre et de blancheur ; frémissante de vie, sur l'horizon matraqué d'azur inextinguible.



*****


Les rues bouillonnent, expulsant des flots de voix et d'odeurs de leurs cent mille bouches ouvertes, béantes, entre les maisons écroulées les unes sur les autres. Assis dans un coin, contre l'angle jaunis d'un mur brûlant, il hume la ville infestée de chair pulsante. Elle bouge, hurle, exhale. C'est un monstre cette ville, une créature gigantesque qui jamais ne s'endort- elle souffle jour et nuit, ardente, elle tambourine aux sens. Il peut la sentir les yeux fermés, qui grouille et qui vibre, appesantie de farandoles d'émotions qui se prennent et tournent ensemble tout autour de lui, traînant dans l'ombre des cœurs qui les accouchent à chaque battement. Ici, pas de vide, jamais, pas de temps mort. Entre les murailles, le silence est mort quand une première pierre a trouvé où demeurer sur le sable d'Inferna.
Le voyageur écoute, attentif à ce que raconte l'humanité suante de ce jour bouillant. Ils parlent sans le savoir, agacés d'un prix trop élevé- heureux d'avoir roulé un client... Rechignant à avancer, riant avec un paire. Les mélodies entêtantes de leurs sentiments fusent, plantés à chaud dans sa compréhension. C'est trop. Ce n'est jamais assez. Être assaillis ne le dérange pas ; il n'y qu'ici qu'il peut supporter cette foule et sa musique endiablée. Jusqu'aux odeurs qui portent leurs propres messages.
Souvent, il cesse sa marche pour entendre et sentir, retranché derrière ses paupières, ouvert au flot grouillant des vies qui se croisent. Un sourire se plisse à l'ombre de sa moustache.
Toute proche, la peur. L'excitation. Tension dans l'air. Elle s'approche, lentement, dirigée vers lui, elle tremble à quelques centimètres de son corps... Pointée sur sa personne. On lui chuchote des mises-en-garde.
"J'approche de toi. Je te veux du mal."
Bartel ouvre les yeux, saisit une main trop intime à sa poche. Un hoquet, sursaut de peur ; le sang fouetté d’adrénaline de l'intrus envoie une gifle aux sens du voyageur. Son corps répond en diapason, il réagit parallèlement, et sa poigne se ressert, son corps se prépare. Un petit piaulement accompagne sa propre réaction ; on se tortille en face, on cherche à s'échapper. Bartel sourit. Se baisse pour planter ses yeux dilué d'absinthe dans ceux du petit voleur qui s'est approché de lui.
Un gosse, aussi cuivré et encrassé que tous les autres. Des mèches jayet ébouriffées, de grands yeux huileux de bête traquée. Son visage échauffé de poussière jaune se plisse. L’Égaré lui montre les dents dans un rictus lupin. 

-Alors comme ça on cherche des piécettes petit ? On a faim ? Voilà bien quelque chose de navrant.
Il se tortille, le bestion, se débat, tente d'échapper d'un coup de pied bien placé ; intercepté par une deuxième main, qui retient sa jambe en l'air.
On se calme gamin. Tu sais qui je suis ?

-Un connard ! Lâche moi !

L'homme s'esclaffe, fouetté par l'agressivité vigoureuse du petit diable qui projette de lui planter quelques dents pas assez acérées dans le cuir du poignet. Il lâche la jambe tendue d'un coup, la repoussant vers son propriétaire ; qui retombe sur les fesses, dans le sable rémanent des rues. Quelques personnes s'écartent, il y en a même pour rire. Humiliation et colère se dardent vers Bartel.

-Un connard généreux alors, putain de bestiole ! Va t'acheter une miche de quelque chose et laisse les poches des gens en paix, clame t'il en faisant sauter tout son argent dans l'air. Et rejoins ta marmaille pouilleuse pour partager.
On le dévisage un instant. Mais vite fait, le garnement se reprend et fauche les pièces sur le sol ; quelques gamins cachés dans la foule, ses camarades sûrement, joignent leur paire de doigts usés trop tôt à la sienne. Des yeux intrigués, d'autres méfiants... Le voleur lui jette un regard foudroyant. Un sourcil se hausse.
Quoi ? Besoin qu'on te tienne par la main pour t'amener chercher pitance ? Tu as peur de te perdre dans les rues ? On dit que c'est plein de petits monstres après tout...
Il fait mouche. Nouvelle flaveur d'humiliation hargneuse qui jaillit du gosse ; mais cette fois, il détale, ravalant sa fierté de souriceau chapardeur. Les gamins sauvages n'aiment pas compter sur leurs aînés. Les adultes leur sont des créatures hostiles... Pour la plupart. Bartel les connait bien- quelques uns, d'où la question assénée. Il discute avec eux, les occupe parfois.
Ce n'est pas vraiment lui qui les assagira, ces gosses tumultueux, il le sait bien. Vraiment pas. Du tout. Mais qu'importe ? Ils n'ont pas besoin d'être sages.
Le petit voleur l'a au moins sortit de sa tranquille flânerie. Dérangé dans son observation, l’Égaré s'ébroue et reprend son chemin. Il a faim. Faim d'une manière qu'on redoute et attend- cette semaine à Neverland, dans la jungle et plus loin, sur les terres arides des Indiens qu'il indispose si bien -car qui sont-ils pour lui interdire de marcher ici, ou là, le poursuivre si lui prend l'envie de visiter un lieu investit par leur peuple ?- l'a vu lointain aux corps qu'il aime tant à toucher. Un appétit charnel bourdonne au creux de ses reins, l'envie d'une peau à vêtir de caresses, de formes à palper, et la moiteur légère d'un creux, la profondeur offerte qui ne demande que d'être comble... Le jeu des langues et des mains, danse des ventres qui se touchent, des aines frottées.
Qui trouvera t'il aujourd'hui, et où ? Dans les rues, au palais ? Pas d'inquiétude à laquelle se soumettre. Toujours ici, dans cette ville torride, il a trouvé amante où nicher pour une nuit ou plusieurs... Ou amant, peu importe. Certains se plaisent même à le revoir au pas de la porte.
D'autres pas.
Il se fond dans la foule, tend l'oreille aux bruits, l'Empathie au reste. Que d'odeurs ici. Le marché en regorge. Il pourrait ne se définir que par elles tant tout y est dit, sans cacophonie excessive. Aux pensées du chasseur qui cherche où faire ses crocs, il est comme une jeune vierge habillée de parfums...
Ses pas le portent jusque loin dans la ville. Avant de trouver un lit où passer sa nuit, quelques marchandages s'imposent. Si l'argent n'est pas dans ses priorités, le bohème n'en peut pas moins s'en délester sans conséquences certaines. Au gamin il a donné sa fortune dérisoire, pièces de bronze martelé tombées par minimes dizaines, mais dans ses poches dorment d'autres richesses moins évidentes à déceler d'aspect. Quelques fleurs, des pistils, un rien de plantes rares, voir de jolis galets polis côtoyant coquillages et cailloux brillants à vendre pour en faire des bijoux. Contrebande ? Que nenni ! Commerce inter-monde, rien de moins... Certes officieuse, mais nullement frauduleuse. A t'on jamais interdit d'apporter aux uns ce que n'ont pas les autres ? Allons ! Qu'elles pouvaient être heureuses, les dames nobles, face aux marchandises exotiques qu'on rapportait d'un monde au delà du regard...
Bartel a de ces contacts pas si regardants que ça, qui prennent sans rechigner -et à prix bien moindre, face au piètre marchand qu'est un homme non vénale-  ses babioles singulières. Il a vite fait de trouver son homme et de lui sourire largement ; aussi tôt fait encore, de lui serrer la main, de le serrer brièvement ; un ancien amant de plus qui ne dirait pas non à une visite ce soir. Mais en l'instant, seules comptent les affaires. L’Égaré, en bon oiseau migrateur, se laisse escroquer sans trop d'intérêt, une lueur narquoise au fond de l’œil pour son vis-à-vis qui se pense si malin. Rapidement délesté de coquillages colorés et variés, des pétales odorants, de racines, feuilles, autres bibus végétales et de cailloux tape-à-l’œil, le voilà avec pour nouvelle fortune deux pièces d'argent qui suffiront à son séjour.
Il remercie le bougre, le regard traînant et le sourire félin ; humant avec plaisir un relent de désir qui lui promet à coup sûr un lit pour la soirée. A moins de trouver mieux... Après tout, pourquoi se reposer sur ses lauriers ? Il reste tant de monde anonyme aux sens endormis... A lui d'aller les trouver, pour éveiller les pauvres lésés.
Sa maigre richesse enfournée, il tourne le regard vers les hauteurs plus propres de la ville. Le palais et ses haut murs, tout proche, à portée de regard comme de jambes. On le laissera entrer. Peut être même y passer la nuit, pour peur qu'il trouve seul une chambre où loger... Mais sans doute une porte lui sera t'elle ouverte. On le connait bien ici. On l'apprécie, même, chose rare. Les petites gens, les marchands, les nobles... Ils sont peu nombreux à trouver à redire, à critiquer ses manières. Naturel, franchise et sensualité sont ses atouts en ce monde, là où autre part ils deviendraient une gêne certaine.
En laissant errer son regard sur la ville qui s'empourpre, le voyageur trouve même sujet à sourire. A quelques mètres de là, deux visages connus, une seconde tournés vers sa propre personne. Un regard fixé sur lui, un autre qui l'évite ; fumets d'envie féroce qui hérisse ses sens et avive sa faim de chair, d'agacement léger, de suspicion... Que de riches parfums l'invitant à enter dans la danse.
Approchant, Bartel laisse courir ses yeux sur les deux femmes qu'ont trahis leur intérêt fugace. L'une, singulièrement chenue, lui est plus que familière- une guide récente, peu bavarde, parfois retranchée dans son angle de pièce à la cour de Berith. Plus que son appréciation propre, c'est celle de gamins murmurant son nom qui affûte ses souvenirs. L'autre, plus à même d'émoustiller l'homme affamé qu'il est, étrangement connu pareillement de son regard que son illustre compagne. Son nom pulse brusquement au fond de sa mémoire ; il la connait en effet. Tant de paroles flatteuses pour désigner la belle brune et ses charmes offerts... Et la voilà qui l'observe, sans qu'il ait même eu besoin d'aller vers elle chercher à mettre une vérité sur les histoires plaisantes contées sur sa beauté.
Le marchand dormira seul ce soir. Pas cette femme.
Une faim de loup a saisit l’Égaré. Elle le sent et se redresse, sur la longue torsade cuivrée de ses jambes. Sensualité ici aussi, en diapason de la sienne propre qu'il déploie déjà. Voilà une proie à sa hauteur. Il carbonise d'un regard son cœur ouvert, l’œil brillant et ardent, un sourire de loup en travers de la barbe. On l'invite, n'est-ce pas ? Mais elles sont deux face à lui. Il n'arrache donc son regard à celui de la brune enflammée, souffle court et troublé d'avoir attiré à elle le sujet de son envie, violemment désirable de toute sa pulpe appétissante, que pour coulisser poliment vers la Guide effacée qui ne tente rien pour signaler sa présence.
Quelle bonne nouvelle. Il sent son ennuie flotter entre eux, le désir de partir pour lui échapper. A lui, vraiment ? Quelle triste accueil ! Mais Bartel a pour lui l'ineffable chaleur- Inferna ne lui correspond pas tant par ses mœurs qu'en sa nature même. Face au froid hésitant, un sourire

Bien le bonsoir. Constance ? Et Irina, si je ne m'abuse, ajoute t'il avec une œillade foudroyante. Intéressant hasard de vous croiser ici... Je pensais justement à me rendre au palais. Je suppose que vous y rentrer.
Ce n'est pas une question. Rapide observation de la tente béante.
Laisse moi t'aider, guérisseuse. Je me porte garant de tout ce que te doivent ces gamins ingrats que tu soignes et qui jasent tant sur ton compte !
Il n'attend pas de réponse, s'insérant lestement dans le duo féminin. L'évidence même saute aux yeux : elle ne pourra rien faire seule. Alors, sous le regard de braise de sa future amante et celui impassible d'une guide par trop connue pour sa froideur, il entreprend de démonter la tente, rapide à la tâche, sans commentaire superflus. En s'activant cependant, quelques questions lui viennent aux lèvres ; et ce silence laissé trop vaste déjà au goût du voyageur se rompt comme une bûche qui craque dans l'âtre chaud.
Cette tente ne se monte pas de tes mains. Qui vient t'aider chaque matin ? Une amie peut-être, lâche t'il à l'attention de la célèbre servante, ou la bigaille du palais ? Et le soir, on en revient aux mêmes... Enfin, pas cette fois.
Sourire jeté en étoile filante. La toile s'affaisse dans la poussière, et les piques sous le bras, se penchant pour saisir la peau rugueuse de l'abris, Bartel se fige soudain. On tiraille quelque part dans son muscle. L'homme se relève finalement. Froncement de sourcils à l'attention de Constance. 
Serais-tu contre une dernière consultation pour ce jour ? Je crois que mon dos réclame tes soins.
Frémissement de moustache qui se fait passer pour l'ombre d'un sourire. Un éclat juste un peu rieur dans les yeux. Tout son charme décliné en nuance ; c'est la chaleur qui se dégage de lui, la brûlure de sa présence. La matérialité puissante de son corps- en odeurs, en vision, en son. Il est là. Il habite le monde. C'est une présence, une aura. Sensuelle. Dans son dos, une femme au moins y est entièrement réceptive. Il le sent de tout son soul. Frémissement de désir. Elle le veut. Qu'en est-il de Constance ? Que se cache t'il derrière ce regard givrant ? Il peine à transpercer la glace. Beau défis qu'on lui lance.
Et je demande à voir ce que me décrivent tes patients.
Et il demande à voir, mais en silence, ce que personne n'a vu.

_________________
Kairec <3
Spoiler:
 


Dernière édition par Bartel Pan le Mer 7 Aoû - 10:48, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au soleil ♪ [pvBartel - Suspendu]   Mer 7 Aoû - 7:09




Écrit alors que j'étais plutôt sur les nerfs, sur cette musique. En espérant que ça ne se sente pas trop.
Il s'approcha lentement, presque assez pour qu'elle puisse se préparer à le subir. Triste était la manière qu'avait Constance de voir les choses, clairement. Mais ce qu'elle avait vécu auparavant ne lui permettait pas de penser autrement. Ce sourire carnassier qu'il affichait sur le visage était terriblement déplaisant, un peu trop familier à son goût. Quel ennui. Finalement, Irina allait se révéler utile, à satisfaire l'homme qui ne semblaient pouvoir réfréner ses envies dont la guide ne voulait rien savoir. Rien en lui ne l'intéressait, il dégageait de soi-disant couleurs, parfums enivrants et douceâtres élans de sauvagerie. Mais qu'était-il à part une aura ? aura insaisissable et passagère, qui ne pouvait dégager qu'un charisme illusoire ? Ce qu'elle ne pouvait toucher du bout des doigts ne lui plaisait pas sans lui déplaire pour autant, Constance n'arrivait pas à le comprendre. Qu'était-il ? l'ombre de sa vie passée ? Il n'y avait rien de plus méprisable que cela. Mais elle se savait privée de la liberté qu'était "juger". Rien en sa personne ne lui permettait de prendre les autres de haut, malheureusement. La jeune femme avait alors décidé de ne rien penser de lui, il n'était rien d'autre que Bartel. Un nom porté par un homme qui ne l'atteindrait certainement d'aucunes manières. Pour cela, il ne pouvait être autre que juste "Bartel". Les noms avaient tellement peu de valeurs à ses yeux que ça aurait presque pu paraitre dénigrant. Mais les pensées emplies de venin lui étaient presque étrangères alors finalement l'indifférence prenait le dessus. Était-ce pire que le mépris ? Chacun avait son propre avis sur le sujet...

En tout cas, l'égaré faisait preuve d'un semblant de politesse, choisissant ses mots avec grand soin. Comme les dialogues d'une pièce de théâtre répétés un peu trop souvent, les mots qui sonnaient généralement faux ou trop soutenus à l'oreille de Constance n'étaient rien d'autre que naturels alors qu'ils étaient prononcés par Bartel. Comme si leur sélection allait de soi, comme si il avait finalement réussi à trouver l'équilibre parfait entre un langage se voulant élaboré, exquis, et son faciès affichant des expressions sans gênes, sans faux-semblants. Étrange mélange qui ne pouvait que rendre bien, séduisant un peu plus Irina qui lui appartenait déjà. À croire qu'il s'était longtemps entrainé... à saluer de la manière la plus charmante possible. Saluer de manière à camoufler de façon élégante un jet de regard avec la grande brune qui signifiait tellement mais bien trop peu aux yeux de Constance qui ne pouvait comprendre ce genre de jeux de séduction qui lui était étranger. Mais les deux autres, eux, savaient déjà. Avaient tout planifier, secrètement mais à sa vue, rendant la chose plus excitante encore. Un bref coup d'oeil avait suffit à rendre l'atmosphère plus lourde, plus "intime". Parler n'aurait servi à rien. Du moins, c'était ce que devait ressentir la grande brune, Constance n'étant en aucun cas atteinte par la chose.

Il proposa si gentiment son aide et s'exécuta sans se soucier de son avis. Après tout, elle n'avait pas vraiment le droit de faire la fine bouche, inutile de risquer de poireauter là trop longtemps. Finalement, sa présence se révélait ne pas être superflue. Il lui offrait tout de même le soulagement, joli présent qu'elle acceptait avec joie. Car même si Bartel n'était pas la meilleure rencontre qu'elle aurait pu faire, pire il y avait, c'était certain. Et puis, son attention totalement fixée sur Irina était plutôt rassurante. La guide n'aurait pas voulu subir cela, quelque chose d'aussi lourd et désagréable. Ses gestes étaient rapides, il ne parlait pas, laissant le silence les envelopper de sa douce chaleur si familière et appréciée de Constance. Le brouhaha infernal ne s'était pas arrêté une seule seconde mais on pouvait aisément s'en détacher pour se créer une atmosphère plus reposante. Mais celle-ci ne l'était que trop peu, l'attente flottait dans l'air. La jeune femme à la chevelure d'argent se sentait particulièrement inutile et agir l'abaisserait sans doute à l'état de poids. Alors attendre était la seule solution, regarder les gestes précis de l'homme sa seule occupation. Raidie comme toujours par sa présence, elle se tenait bien droit, la tête haute et ses traits figés en un masque de sérieux lui donnait un air particulièrement antipathique. Le soulagement qui l'avait envahie lorsque Bartel s'était décidé à l'aider ne se reflétait aucunement dans ses yeux et avait fondu à ses questions.

-— La personne qui m'aide t'est inconnue. Certes, tu es là alors qu'importe ?

Le manque de gentillesse dans son ton lui fit presque regretter d'avoir pris la parole. Elle ne se rendait que rarement compte de la froideur dont elle faisait preuve mais cette fois-ci, elle ne pu l'ignorer. Le tranchant de sa voix, qui semblait naturel chez elle n'avait rien d'agréable. La jeune femme faillit se mordre la lèvre en signe de gêne. Il n'empêche que cela ne regardait aucunement l'homme qui était un peu trop curieux à son goût. De nature blasée, totalement détachée, Constance avait du mal à comprendre ceux qui voulaient savoir des choses sans intérêt comme celles-ci. Des choses inutiles qui n'avançaient à rien, qui ne satisfaisaient qu'une part sombre et toujours en quête "d'encore" de nous-même, dégoûtante. La guérisseuse n'avait d'ailleurs que trop de mal à répondre quelque chose d'intéressant, se contentant du minimum. Elle se souvint, à cet instant de moments semblables. Les membres de sa famille, eux, se contentaient de lui demander de poursuivre : << Développe. >> disaient-ils sur un ton fatigué, habitués de devoir insister afin d'obtenir une réponse satisfaisante. L'autre par contre se mettait en colère, laissant Constance savourer un instant de victoire qui n'allait sûrement pas durer. Elle se retenait de sourire alors qu'il lui hurlait dessus, lui ordonnant de répondre comme il se devait. C'en était presque devenu un jeu ; comment l'énerver le plus vite possible ? jeune fille en ce temps là, elle était passée maître dans l'art d'exaspérer cet homme colérique.

Constance se figea alors en même temps que Bartel, pensive, elle l'avait presque oublié. Mais il était bien là, se plaignant de son dos apparemment douloureux. Elle pencha un instant sa tête sur le côté pour le dévisager, son visage inexpressif en deviendrait presque effrayant sous cet angle là. Ils échangèrent un regard, rien. Constance n'y vit que ce qu'elle y vit. Des yeux exprimants un certain mal ? Peu importait, essayer de résoudre l'énigme qu'était l'égaré ne serait que temps pas véritablement précieux perdu. Elle ne cherchait pas à comprendre, ne cherchait pas à braver les formes et apparences trompeuses. À voir ce que cachaient les sous-entendus qui n'étaient rien d'autres que bêtise à ses yeux, elle n'essayerait pas de découvrir ce qui se cachait derrière son sourire, derrière la lueur de ses yeux. Jamais elle ne chercherait à savoir, le peu d'intérêt qu'elle éprouvait envers les autres était presque désespérant. Mais ne pas faire attention à ceux qui étaient dotés de pensées tout comme elle, à ceux qui refusaient de se contenter de ne voir que par leurs yeux étaient la plus grande protection qu'elle pouvait s'offrir. Alors à cet instant, elle ne vit rien d'autre que Bartel souffrant, Bartel demandant son aide. Occasion de lui rendre la pareille, ce qui l'arrangeait bien. Avoir des dettes ne lui plaisaient guère, quoi qu'en disent l'égaré, la jeune femme lui devrait toujours le service rendu.

Sans dire un mot, elle s'approcha lentement, se plaça derrière lui pour poser une de ses main sur son épaule. D'un geste alourdi par l'indifférence et l'habitude, elle passa son autre petite menotte sous l'ample chemise du barbu et effleura sa peau avec une lenteur presque exaspérante, les yeux fermés et un air concentré sur le visage. L'épuisement ne facilitait pas la tâche, la moiteur de sa main contre le filet de sueur sur le dos de Bartel non plus. La chaleur, l'humidité, les odeurs et la sensation du toucher la transpercèrent d'un coup. Elle n'aimait pas particulièrement cet "état" dans lequel elle entrait lorsqu'elle examinait un patient, sentant tout d'une manière plus sensible et envahissante. La jeune femme parcourait en cet instant ce qu'on pouvait appeler de manière presque amusante "l'intérieur" de l'égaré. Caressant chaque muscle, os, vaisseau sanguin, organe, d'un regard aveugle, cherchant le problème, la maladie, le mal d'un oeil froid et professionnel. Sa colonne vertébrale n'était plus que la ruine d'une tour à la forme improbable, qui se repliait sur elle-même, les étages s'écroulant progressivement les uns sur les autres.

-— Ce que te décrivent mes patients ? je ne vois pas ce que tu veux dire par là. Il n'y a rien à dire sur mon travail. Par contre -Ne bouge pas.- tu aurais dû venir me voir plus tôt. Ton dos est dans un bien mauvais état -Tiens toi droit.- on dirait presque celui d'une personne âgée. La douleur est si peu présente ? Je -Voilà, comme ça.- ... je vais essayer de soulager ta souffrance mais je ne pourrai que soigner cela de manière superficielle aujourd'hui. Tu devras donc revenir me voir par la suite -Ce n'est pas si terrible, si ?-, tu ne veux pas que ça empire, j'imagine. Et essaye de prendre un peu plus soin de toi, ton état général est assez mauvais.

Elle ouvrit les yeux, bleus myosotis, qui ne lui donnaient qu'un air plus froid encore. Irina observait sans bouger de son tabouret, dévorant littéralement Bartel du regard. À croire que peu importe la situation, elle ne pouvait pas s'en empêcher. Constance inspira profondément pour se donner du courage, elle était tellement fatiguée... Se régénérer n'était pas le plus difficile, c'était automatique, constant, mais prendre le mal du patient pour soi était assez épuisant. D'une main, elle se décida à commencer, illuminant sa paume d'une lueur bleuâtre par la force de sa conviction. Lentement, elle sentit sa colonne vertébrale se tordre et se détériorer, il n'y avait rien de plus désagréable. Elle essayait de redonner leur forme d'origine aux petits coussinets entre chaque vertèbre qui étaient désormais presque inexistants. La sueur perlait à son front, l'épuisement lui voilait le regard. Lentement, la douleur qui était presque une étrangère se fit sentir. Cela arrivait tellement rarement... La jeune femme devait vraiment être au bout du rouleau pour la ressentir, son corps s'usait parfois après tant de soin, ne lui permettant alors plus d'ignorer la douleur. Cette dernière terrifiait Constance. Il n'y avait rien de plus horrible, de plus apeurant que de la sentir l'envahir, lentement, pour la bruler et lui arracher tout son bien être. Elle ne pouvait la supporter, lorsqu'elle était là elle avait tout simplement l'impression de mourir. Mourir à petit feu dans d'atroces souffrances, car elle ressentait la douleur d'une manière totalement différente, d'une manière que les autres ne pouvaient comprendre. L'horreur la saisit alors que la souffrance l'envahie, elle se recula lentement pour prendre son visage dans ses mains, tremblant de tous ses membres. Irina entrouvrit légèrement les lèvres en signe d'incompréhension alors qu'elle observait la scène. Ne sentant plus la main dans son dos, Bartel se retourna lentement pour faire face à la jeune femme qui reprit presque directement ses esprits. Ses moments de faiblesse ne lui appartenaient qu'à elle... Qu'ils puissent ne serait-ce qu'entrapercevoir sa souffrance était terriblement humiliant.

-— Tu devrais aller beaucoup mieux maintenant... Allons-y.

De sa voix brisée, elle essaya de ne dire que le minimum. La jeune guide saisit sa sacoche et la bâche au sol que Bartel n'avait toujours par ramassée pour tourner les talons et lentement s'éloigner en essuyant ses yeux à peine larmoyants. La douleur ne l'avait pas quittée, elle allait sûrement l'envahir de sa redoutable présence pendant un certain temps. Constance se sentait terriblement meurtrie, à peine blessée physiquement, la douleur la rongeait de manière indescriptible. Son corps qui semblait invulnérable était particulièrement fragile et son esprit trop atteint par la souffrance qui l'avait véritablement traumatisée autrefois. C'était une des seules choses dont elle avait peur, avoir mal, mal physiquement. Vous pouviez torturer son esprit, oh oui vous pouviz y aller ! Mais son corps, le laissez en paix... c'était son unique souhait. L'atteindre de cette manière n'était que trop terrible, que trop horrible. Ses yeux n'avaient plus de couleur, simplement rougis par le mal-être qu'elle ne supportait que trop peu, ils lui donnaient l'air d'une albinos. Son masque n'avait pas vraiment fondu, il était juste légèrement changé, presque douloureux à regarder. On ne pouvait lire qu'une souffrance en vain réprimée sur ce visage de porcelaine. Elle s'était éloignée sans regarder derrière elle, sans faire attention aux autres. Elle avait assez donné comme ça.


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MessageSujet: Re: Au soleil ♪ [pvBartel - Suspendu]   Ven 30 Aoû - 16:26

Quelle froideur ! Quelle distance ! Proprement remarquable de sécheresse, aussi brutale dans sa mise à l’écart qu’un coup de trique sur la nuque. Magistralement agressive sans même élever la voix, elle le jetait loin de son espace avec une hargne aveugle, de tout son saoul pourtant bien épuisé, et il sentait se heurter à lui toute la gêne mêlée de mécontentement que suscitait chez elle sa présence trop marquée. Il la dérangeait, l’importunait, l’obligeait à faire face à un visage qu’elle aurait volontiers griffé pour le faire reculer. En captant fugacement les odeurs légères de ses émotions, qui n’étaient que chichement ressentis par le cœur gelé de la jeune Guide, comme si elle avait tenu en bride chacune d’elles pour les empêcher de ruer et de troubler la paix morbide de son être, Bartel avait tout à lui le plaisir de percer son masque figé de froideur.
Elle ne l’aimait pas. Elle le voulait au loin, et son agressivité n’aurait pu être plus franchement subite si elle avait hurlé, feulé, précipiter ses poings et ses dents contre lui. Il la sentait, pire encore pour la jeune femme entourée de remparts, il voyait au travers de tous les murs qu’elle avait érigé en se croyant protégée d’intrusions malvenues. Quoi qu’elle puisse vouloir cacher, face à lui, elle était vulnérable, ouverte à tous ses sens. Elle ne pouvait pas camoufler ses émotions derrière une froideur viscérale, empêcher de ruer les sentiments qui tournoyaient dans son cœur gelé. Ils étaient fugaces, fragiles, aussi évanescent qu’un flocon de neige posé sur le bitume d’une avenue- mais il les captait. Les capterait toujours. Ils ne pourraient pas échapper à son attention exacerbée.
Au départ, il avait détesté ce don. Le monde entier l’envahissait, pénétrait son intimité. On ruait aux portes de sa conscience, on tambourinait aux murs de sa solitude. Sans le savoir, tous ceux qui l’entouraient s’introduisaient en lui, violaient son esprit de leurs propres sensations. Dans une foule, il avait mille corps et autant de cœurs battants. Il n’était plus Bartel, mais l’entité terrible que formaient tous ces inconnus jetés sur le monde comme une poignée de dés roulants qui changeaient de face chaque seconde passée. Et à lui de percevoir les chiffres dansants qui se succédaient sans trêve. A lui de les comprendre tous, intuitivement, de subir leur existence en plus de la sienne propre. Il avait beau se fermer, cela n’y changeait rien : il devait toujours camper sur ses gardes alors, et dès lors que flanchait sa faible résolution, tout retombait sur lui dans un fracas terrible. En plus de quoi aucun rempart ne pouvait le tenir réellement éloigné de la foule invisible qui tournait à l’orée de sa conscience… Retranché, il n’était pas à l’abri d’eux- plutôt comme réfugié dans une bicoque en paille. Les bruits et les odeurs lui parvenaient toujours. Assourdis mais présents, quoi qu’il fasse pour s’y soustraire. Il ne pouvait y échapper nonobstant tous ses efforts. L’accepter lui avait pris un certain temps. A vrai dire, s’il s’était d’abord exilé dans la nature sauvage, ce n’avait pas été pour en admirer les beautés, mais afin d’échapper aux foule qui accouchaient sans le savoir de rejetons impalpables. Il lui avait fallu un peu de temps pour comprendre qu’être seul avec lui-même n’était pas plus une solution. Il n’était pas fait pour cette vie. Il aimait le contact des autres, il aimait leur chaleur, leur rire. Sentir leur corps dans le vide, tout proche. Entendre leur voix, connaître leur présence intimement et pouvoir leur donner ce qu’il avait de meilleur, en gardant pour lui et ses regrets atrophiés le pire qu’il ne pouvait leur jeter en pâture. Ses douleurs, ses doutes. Les autres lui faisaient profiter des leurs ; ce ne serait pas son cas. Telle avait été sa première décision, premier pas vers cette vie qu’il aimait désormais.
Puisqu’il ne pouvait leur échapper, il foncerait vers les gens. Il se glisserait parmi eux, deviendrait aussi envahissant que l’étaient leurs ressentis agressivement jetés dans l’air. Il s’ouvrirait à leurs sentiments et les laisseraient glisser sur lui ; ne gardant que ce qui lui importait, captant tout mais ne retenant que l’intéressant. Il aurait leur joie, leur bien-être... Et il regarderait passer leurs peines et leur colère. Plutôt que la gâcher, son don transfigurait cette nouvelle existence.
Il l’aiderait à grandir. Ne s’enrichissait-on pas au contact des autres ? Et bien, il était en constante communication avec tous ceux qui l’entouraient. On lui parlait par sons, par odeurs, par couleurs. Les sentiments portaient des noms et des apparences ; ils avaient un goût changeant d’une personne à l’autre, une variété sidérante de voix et de flaveurs. Plutôt que de les subir, il les goutait. Le monde entier était un grand festin à ses sens déployés. Qu’à cela ne tienne, il en jouirait chaque instant, profiterait de cette sensibilité particulière aux autres qu’on lui avait légué en échange de son Essence peu étoffée.
Depuis, il avait fait du chemin. S’était ouvert complètement à ceux qui ne pouvaient rien lui cacher ; son seul secret étant qu’il pouvait les voir, les sentir et les goûter d’une manière qu’ils ne pouvaient saisir mais les effrayer à coup sûr. Ils étaient presque sur un pied d’égalité… Bartel ne faisait pas de secret sur ce qu’il était. Pour peu qu’on lui pose une question, il y répondait franchement. Pour peu qu’on lui demande d’agir, il le faisait. Il était la brusquerie fait homme, et nul ne pouvait lui reprocher d’inhibition toxique : à ceux qui osaient se monter aussi francs qu’il était, Bartel dévoilait tout. Son passé, ses regrets flétris, même ses doutes tremblotants.
Mais personne n’osait. Tout le monde n’avait pas sa violente honnêteté. Et cependant, qu’avait-il face à lui ? Une hostilité déclarée, franche et intense. Constance s’en drapait comme d’une cotte en bronze  Elle étincelait de froideur, joyaux brut élevé la lumière d’Inferna. C’était un saphir glaçant l’azur et l’ocre blanchis de la ville.
De toute beauté. Elle était sublime. Et elle ne voulait pas de sa présence. Il eut dans sa barbe un sourire moqueur à l’encontre de la situation, alors que la jeune femme se penchait sur son dos. Il capta une pique de jalousie d’Irina et s’en trouva flatté. Il n’était pas peu désiré par cette femme-là tout du moins ! Impossible de laisser passer une occasion pareille. Sa propre envie de lui donnait un appétit féroce d’elle. La servante nourrissait le désir de l’homme qu’elle convoitait en lui faisant sentir sa faim ; même s’il n’avait pas été intéressé, la chaleur montante qui se dégageait d’Irina, accompagnée d’odeurs toutes aussi engageantes, l’auraient mis sur les crocs. Si Constance n’avait pas été là, il aurait conduit la séduisante Irina vers son propre lit et lui aurait fait sauvagement l’amour sans plus de cérémonie. Elle en avait envie. Le savoir lui instillait un désir semblable.
D’autant plus que son Don lui permettait d’être à l’écoute de ceux qui succombaient à ses avances. Il n’était pas célèbre qu’en raison de ses frasques ; pour peu qu’il réponde à ce qui lui disaient les sens émoustillés, il pouvait devenir un amant formidable sur le plan charnelle…
A cette pensée, son sourire se fit égrillard. Irina dû percevoir son regard étincelant, car il capta soudain de sa part une brusque montée d’excitation. A l’inverse, dans son dos, Constance aurait voulu qu’il soit loin, agacée d’avoir à la toucher, gênée par son contact. Si elle avait su sa propre envie d’être déjà seul à seul avec Irina ! Il vibrait de désir désormais, ses sens frémissaient trop fort.
A grande peine, il resta silencieux et immobile tandis qu’une main froide glissait lentement sur son dos. A sa propre surprise, il se sentit brusquement gêné. Son excitation retomba aussi vite qu’elle était montée. Toucher Constance le fit plonger dans sa sérénité, dans sa fatigue. Son éreintement le frappa de plein fouet, calmant ses pulsions. Et il se retrouva soudain figé contre la paume de la jeune guérisseuse, tout entier dirigé sur les errances de ses doigts froids contre sa peau suante. Le chemin qu’elle parcourait laissait du givre sur sa peau. Ce n’était pas appréciable… Ni désagréable pourtant. La caresse n’avait rien de sensuelle, mais elle parlait à son corps autrement. Elle était comme un baume.
Lentement, il sentit que Constance s’insinuait dans son corps. Il en ressentit d’abord un malaise certain qui lui donna envie de se contracter tout entier pour l’expulser, puis son sang-froid pris le dessus, et il empêcha l’éviction. En suivant le parcours laborieux de la jeune femme, il songea que seule sa sensibilité exacerbée lui permettait de percevoir cette intrusion. Aux autres, elle ne devait pas être perceptible.
Singulièrement calmé par le contact, il resta sagement dressé et immobile tandis qu’elle parcourait son dos, intrinsèquement comme de l’extérieur. Il fut surpris qu’elle ne s’attarde pas sur sa plaie encroûtée ; il pensait la voir guérir cette dernière, qui tirait sur sa chair quand il faisait des mouvements trop amples. Pourtant, considérant peut-être qu’une plaie en train de cicatriser ne requérait pas de soins attentifs, elle s’intéressa plutôt à tout autre chose.


-— Ce que te décrivent mes patients ? Je ne vois pas ce que tu veux dire par là. Il n'y a rien à dire sur mon travail
Il haussa les épaules.
Par contre -Ne bouge pas.- tu aurais dû venir me voir p.lus tôt. Ton dos est dans un bien mauvais état -Tiens-toi droit.-
Il grimaça à ses paroles. Son dos ? En mauvais état ? Il se redressa, gêné de s’être progressivement courbé sous le poids de son malaise premier. C’était une réaction d’animal apeuré que de vouloir se rouler en boule. Pas le meilleur moyen d’avoir l’air d’un hardi voyageur donc.
On dirait presque celui d'une personne âgée. La douleur est si peu présente ? Je -Voilà, comme ça.- ... je vais essayer de soulager ta souffrance mais je ne pourrai que soigner cela de manière superficielle aujourd'hui. Tu devras donc revenir me voir par la suite -Ce n'est pas si terrible, si ?-
Il sourit de cet humour dont elle usait sans émotion particulière. Quelle jeune femme amusante… Étrangement.
Tu ne veux pas que ça empire, j'imagine. Et essaye de prendre un peu plus soin de toi, ton état général est assez mauvais.
Il ne répondit pas et la laissa poursuivre son examen. Il la sentit tourner autour de sa colonne vertébrale, puis après quelques instants de vide, une vague sensation de plaisir s’insinua en lui. Ce n’était pas très fort, à peine un picotement, mais il prit conscience qu’on travaillait sur ses os. Par miracle, l’opération ne lui causait pas le moindre mal. Il avait plutôt l’agréable impression qu’on le réparait, comme s’il eût été un pauvre objet brisé entre les mains d’un apothicaire studieux. Il s’étonna de sentir ces changements- il n’avait pas conscience que quelque chose clochait avec son dos avant que Constance ne lui dise. Il s’était habitué à la douleur sans trop rechigner ; il aimait la vie, et rejeter celle-ci aurait été hypocrite. On ne pouvait pas exister sans souffrir, c’était impossible. Alors, il avait finis par accepter les maux physiques comme allant de soi. De simples données de plus à connaître, à prendre en compte ou pas ; ou pas dans son cas. Il avait choisi de l’ignorer et s’en portait très bien… Du moins l’avait-il cru.
Sentir le pilier de son corps retrouver une forme convenable lui fit une impression bizarre. Comment avait-il pu se désintéresser de cet aspect de sa personne ? Oublier comment devaient être les choses ? Sa faculté d’adaptation lui avait joué un mauvais tour cette-fois-ci.
Et alors qu’il en était à se surprendre de pareille négligence, la douleur de Constance se superposa à son bien-être. Une seconde, il ne réussit plus à faire la différence entre eux deux ; était-il satisfait de sentir son corps retrouver sa forme originel ou bien effrayé par la souffrance physique qui le tordait ? Une peur primaire et enfantine couru dans ses veines. Elle était rouge et brûlante, comme le dessin d’une flamme. C’était là une crainte singulièrement puérile. Celle de se faire mal, l’envie de protéger son corps de l’extérieur quand on comprenait être un élément unique et solitaire du monde… Constance dégageait une aura enfantine en cet instant, une impression de jeunesse qui le gêna. Il prit conscience de l’avoir vu comme une adulte mature alors qu’elle ne faisait guère que sortir de ses plus jeunes années. Il était son aîné. Bizarre constations.
Quand il sentit la présence se retirer de son dos en mêle temps que la main désormais moite de la jeune Guide, Bartel se retourna avec une expression inquiète. La surprise teintée de malaise d’Irina le talonna, fumée piquante sur la langue, et il comprit que le déchirement fugace qu’il entraperçu à peine sur les trais de Constance n’était pas aussi passager qu’elle cherchait à lui faire croire. Elle le fixa une seconde avant de détourner ses yeux brillants, l’air d’un petit animal terrifié
Elle ne voulait pas qu’il voit sa douleur. Elle ne voulait pas lui montrer sa faiblesse. Il la dévisagea en retour, au contraire de ce à quoi elle tenait, incapable de réprimer sa curiosité.


-— Tu devrais aller beaucoup mieux maintenant... Allons-y.
Il la suivit des yeux quand elle saisit la bâche et pris lentement de l’avance, sourcils froncés. Son fardeau sous le bras et sur l’épaule, il la suivit en jetant un coup d’œil à Irina qui mit quelques secondes à se ressaisir. Elle leur emboîta le pas précipitamment, et il lui fit un sourire mis-figue-mis-raisin, en attendant qu’elle les rattrape. Puis, à larges foulées, se mit à la hauteur de Constance pour lui prendre la bâche des mains sans rien lui demander, avec désinvolture.

-Merci pour tes soins. C’est un don formidable que tu as là, mais… Je m’abstiendrais de te rendre visite à l’avenir, déclara t’il d’un ton d’excuse. Pardonne moi, je ne pensais pas qu’utiliser ton don pouvait t’exposer à la douleur. Les gamins ne m’ont jamais parlé de cet aspect de tes incroyables pouvoirs de guérison. Ils tentent plutôt de se mettre d’accord pour savoir si ton changement physique est effrayant ou pas.
Il eut un sourire amusé.
Et ce genre de broutilles.
Subitement, l’Egaré posa une main sur l’épaule de Constance qui accélérait le pas comme pour échapper à ses paroles. Elle s’arrêta sèchement et se tourna vers lui d’un air impassible qui lui était familier ; mais elle le portait avec moins d’aisance qu’à l’accoutumé. Même sans son propre don, il aurait sentit frémir la colère et la peur derrière le masque gelé de Constance. Elle retenait une agressivité durement contenue. La fatigue la ramenait à la condition d’une bête effrayée et souffrante ; elle ne tenait qu’à lécher ses plaies, seule.
Seule. Comme elle devait l’être en chaque instant de sa vie. Comme il l’avait été au départ, alors que les sentiments de tous et chacun agressaient ses sens ; qu’il se tenait à l’écart du monde, pensant qu’il cesserait de l’importuner. Seule comme il l’avait été sans Brocéliandre, cette nuit-là, seule comme il l’était parfois le soir, songeant que la chaleur d’un autre corps que le sien aurait été la bienvenue.
Constance était seule elle aussi. Peu importait ses raisons ; elle vivait loin des autres, même quand ils étaient proches d’elle. La jeune femme ne les connaissait pas vraiment, ne s’intéressait pas à eux. De hauts murs l’entouraient qu’elle ne laissait jamais personne franchir. Sa vie devait être terriblement monotone.
Il la dévisagea. Et prit la décision soudaine que ce soir là, elle ne serait pas seule.

Allons boire avant de rentrer au palais, proposa t’il tout à trac. Une boisson chaude et un peu de repos sur une chaise te fera du bien, guérisseuse. Je pourrais te masser si la proposition ne te gêne pas trop, également. Je comprends que tu as pris ma douleur sur toi ; je l’ignorais depuis longtemps. Toi, tu n‘as étrangement pas l’air très habitué à la subir.
Il se tourna vers Irina, sans attendre de réponse et lui fit un sourire engageant.
C’est une occasion d’apprendre à mieux se connaître, ajouta t’il à son attention en sentant son impatience de l’amener au palais et sa pointe d’envie à l’idée qu’il se montra si plein de sollicitude à l’égard de Constance.
Puis, tout le matériel de la jeune femme pris en otage sur son épaule, il se dirigea vers un établissement qu’il connaissait bien, peu éloigné du palais et même sur la route de celui-ci, pour tuer dans l’œuf les probables protestations de Constance.
Il était temps pour elle de découvrir le monde… De s’aventurer au-delà des murs qu’elle avait dressés entre son cœur et les autres, d’entrer enfin en contact avec l’extérieur dans lequel, quoiqu’elle puisse désirer, elle évoluait sans espoir d’en réchapper.

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MessageSujet: Re: Au soleil ♪ [pvBartel - Suspendu]   Sam 14 Sep - 22:11




À cet instant précis, j'avais envie de lui cracher au visage, de lui hurler de s'en aller, de ne pas me toucher. Comment osait-il ... ? me retenir de la sorte, agrippant mon épaule de sa main griffue, me forçant alors à lui faire face. N'avait-il donc pas compris ? était-il stupide ? je ne voulais pas de sa présence, je ne souhaitais pas avoir affaire à quelqu'un, ni à lui ni à personne. À croire qu'il était cruel... Bartel. Il savait... il savait que je ne souhaitais pas qu'il me regarde de la sorte, qu'il me parle comme si j'étais un être à part entière. Mais il m'obligeait à lui faire face, à durcir les traits de mon visage, à être détestable. L'égaré me poussait dans mes retranchements, cela semblait presque lui faire plaisir. Enfin, je n'arrivais pas à être objective, j'étais tellement fatiguée. Tout ce que je voulais c'était m'en aller, qu'il me laisse seule. Était-ce trop demander ? apparemment oui. J'avais dû faire énormément d'efforts pour ne rien dire, me retournant simplement en le toisant froidement, j'avais décidé de faire comme d'habitude et de ne pas m'énerver. Ne pas perdre le contrôle était certainement le plus important mais avec lui c'était différent... Quoi que je fasse cela semblait n'avoir aucune importance, pourquoi ? Je ne connaissais pas vraiment Bartel, lui pourtant avait l'air de lire en moi comme dans un livre ouvert. Rien que pour cela je n'avais pas envie de devoir le supporter, je ne souhaitais pas être vue par... par qui ? un étranger envahissant qui refusait de me laisser en paix.

Bartel... c'était le sable dans la bouche, celui qui reste collé au palais et dont on ne peut se débarrasser. La moiteur de la peau un jour d'été, cette poisseuse sensation, dérangeante et collante. La crasse sous les ongles tout simplement gênante et désagréable. Pouvait-il être autre chose ? un voile de paillettes sablées sur les paupières d'une jeune femme alors qu'il comble ses désirs ? était-il autre chose qu'une bête obscène et un dérangeant pot-de-colle ? Je me posais la question. Qui était-il, pourquoi avait-il choisit de devenir cette drôle de créature sans attaches mais envahissante ? Rares étaient les fois ou je laissais la curiosité m'envahir, elle était agaçante, plus que lui. Et puis, je ne pouvais répondre à ces interrogations, je ne suis pas comme l'égaré... je ne suis jamais arrivée à saisir la personnalité des autres. Cela n'avait aucune importance, tant qu'ils ne prenaient pas place dans ma vie. Personne n'y avait droit, plus personne ne pouvait m'approcher de la sorte, tentant de me décrypter... tentant de se rapprocher de moi, de ne pas me laisser de côté. J'avais envie de lui demander ‹‹ ... Pourquoi ? ››, mais qu'aurait-il répondu ? il n'aurait peut-être même pas saisi. Je ne voulais pas... je ne souhaitais pas qu'il essaye de s'introduire dans ma vie qui me semblait satisfaisante, elle était bien mieux que celle que j'avais eu avant de connaitre Berith.

Le premier discours de Bartel m'avait déjà pas mal secouée, qu'il me demande pardon était totalement stupide. Des excuses dites en l'air, irréfléchies, qui ne m'avaient vraiment pas donnée envie de répondre. Mais la seconde partie m'avait mortifiée un instant.

--— Allons boire avant de rentrer au palais. Une boisson chaude et un peu de repos sur une chaise te fera du bien, guérisseuse. Je pourrais te masser si la proposition ne te gêne pas trop, également.

À cet instant je n'arrivais à rien me demander d'autres que ‹‹ Mais qu'est-ce que c'est que ça ? ›› que me voulait-il à la fin ? Le fait qu'il m'appelle guérisseuse m'agaçait et ses propositions étaient toutes aussi sordides à mon avis. Oh, je n'étais certes pas du tout dévergondée... j'avais juste envie de m'en aller sur le champs mais je savais que je ne devais pas être naïve.

--Je comprends que tu as pris ma douleur sur toi ; je l’ignorais depuis longtemps. Toi, tu n‘as étrangement pas l’air très habitué à la subir.

Là ses paroles me glacèrent tout simplement le sang... comment osait-il ? comment arrivait-il à croire qu'il avait le droit de m'analyser de la sorte ? si c'était un remerciement c'était particulièrement mal tourné. Je serrais les dents pour ne pas lui en coller une, je m'étais retrouvée face à bien pire après tout... Je n'avais même pas compris ce qu'il avait dit à Irina avant de tourner les talons. Il me plantait là, seule comme une idiote, m'obligeant à la suivre. J'avais lentement serré les poings en espérant reprendre rapidement mon calme mais je me doutais que la journée allait être encore bien longue. Je ne pense pas l'avoir détesté une seule seconde, son attitude me déplaisait tout simplement. Sa manière de s'adresser à moi était peut-être un peu trop familière, il se permettait d'être franc, c'était cela le plus dérangeant. Je ne souhaitais pas savoir le fait qu'il se pose des questions sur moi, qu'il essaye de communiquer avec ma petite personne et de s'en rapprocher. Je me sentais de nouveau petite fille, n'ayant pas le choix, obligée de suivre un indésirable. Mes poings se serrèrent un peu plus à cette pensée, laissant mes ongles pénétrer la chair de la paume de mes mains. Je bouillonnais de colère, peur et peine, d'un infâme mélange qui me pourrissait de l'intérieur. Si c'était tout ce qu'arrivait à m'apporter l'égaré, il aurait mieux fait de me laisser seule avec moi-même...

Bartel semblait être assez sadique pour ne pas me laisser le choix. Peut-être ne se rendait-il pas compte de ma difficulté à supporter les autres ? peut-être voulait-il sympathiser avec moi ? j'aurai bien voulu en rire. Le pas trainant, je me décidais à les suivre, lui et Irina. Les mains moites et la gorge sèche, j'appréhendais le moment que je devrais passer avec eux et qui allait certainement me sembler interminable. Je ne connaissais pas l'établissement auquel Bartel nous avait amenées, ce n'était pas le genre de lieu que j'avais l'habitude de fréquenter. À vrai dire, je n'allais pratiquement nulle part, cela ne m'intéressait pas vraiment alors à quoi bon ? Non, je ne le regrettais pas, cet endroit que l'égaré semblait bien connaitre me déplaisait vraiment. Bruyant, bondé, puant... le tournis avait même commencé à me gagner. Je m'étais lourdement assise à la table où Bartel et Irina était déjà installés. Cette dernière m'avait jeté un drôle de regard insistant qui m'arracha presque une grimace. J'avais presque oublié l'espèce de promesse que je lui avais faite. En me redressant légèrement j'avais donc pris la peine de faire les présentations de manière plutôt... simpliste.

--— Irina, Bartel. Bartel, Irina.

J'avais dis cela en les montrant successivement l'un à l'autre de la main que j'avais mollement laissée retomber sur la table par la suite. Irina m'avait fais une sorte de petit sourire en guise de remerciement avant d'engager une conversation assez animée avec l'égaré. Je m'étais lentement déconnectée, ce qu'ils se disaient ne pouvait qu'être inintéressant, Irina n'avait jamais réussi à capter ma curiosité avec une seule de ses innombrables paroles. On m'avait gentiment proposé à boire, proposition refusée d'un signe de la main agacé et qui n'avait pu que refroidir les autres. Je ne voulais pas jouer le jeu, ne souhaitais pas me résigner à passer une bonne soirée en compagnie de ces deux rigolos. Non, j'avais envie de me tenir le plus à l'écart possible rien que pour ennuyer Bartel qui m'obligeait à subir cela. Irina en était sûrement contente, grand bien lui fasse, rien n'était de sa faute. Mais l'égaré avait osé me forcer la main et je ne souhaitais lui accorder qu'une demie victoire.

Les sons de leur discussions qui ne pouvait être passionnante finir par se fondre totalement dans le brouhaha infernal. Mon dos se faisait un peu moins douloureux, la fatigue arrivait presque à faire disparaitre. Mon corps était terriblement lourd, j'avais chaud, l'épuisement me pesait terriblement. Sans m'en rendre compte je m'étais lentement endormie, laissant mon corps quelque peu glisser de la chaise pour trouver une position plus confortable et ma tête, légèrement baissée, reposer sur une de mes épaules. Je m'étais rapidement profondément endormie, le bruit et la lumière n'auraient su me réveiller facilement. Je ne me souviens pas avoir rêvé, seulement, la quiétude m'envahit toujours en même temps que le sommeil. Peut-être parce que c'est le seul moment pendant lequel je semble pouvoir arrêter de penser, de défier le monde entier ? Je me suis toujours demandé si cela pouvait se lire sur mon visage lorsque je dormais, seuls les autres auraient pu répondre à cette question. Habituellement, j'évitais de me reposer devant eux, n'était-ce pas me mettre en position de faiblesse que de le faire ? Moi qui étais toujours sur mes gardes, je ne pouvais que laisser mon corps et mon esprit se détendre pendant mon sommeil. Il m'avait en quelque sorte pris en traitre sur ce coup là.

Je m'étais réveillée en sursaut, sans vraiment savoir pourquoi, m'avait-on adressé la parole ? Les odeurs, le bruit, les couleurs m'avait d'abord prise au dépourvu, me donnant presque la nausée. J'avais du mal à comprendre ce qui se passait, je ne m'étais même pas rendue compte m'être endormie. Le froid m'avait alors transpercée, quelle heure était-il ? peut-être la nuit était-elle déjà tombée ? je n'en savais rien, la panique m'avait totalement envahie. Les deux autres me regardaient bizarrement, je n'aurais su dire si c'étaient eux qui avaient essayé de me réveiller. J'avais lentement croisé les bras comme pour essayer de me réchauffer en reprenant mon calme. La fatigue me regagna progressivement, me pesant de manière particulièrement désagréable. Je n'avais aucune idée de l'heure, de ce qu'avait bien pu faire ou dire Irina  et Bartel pendant que je dormais, je m'en fichais royalement aussi. Je me rendais juste compte que j'étais toujours coincé dans cet endroit sordide où je n'avais nullement envie de rester plus longtemps. On aurait dû rentrer au palais depuis longtemps, je m'en voulais presque de m'être laissée emmener à cet établissement. Je commençais à en avoir sérieusement assez de tout cela, de la fatigue, de devoir supporter, subir, chaque chose qui m'entourait à cet instant précis. Je m'étais alors levée d'un bon, posant mes mains sur la table d'un air décidé, mes yeux fixants l'égaré sous mes sourcils froncés.

--— Peux-tu mettre fin à cette mascarade ? je commence à en avoir légèrement ras-le-bol ! Si tu ne veux pas m'aider tu peux tout simplement me le dire et je chercherai quelqu'un d'autre pour faire ce qui t'es apparemment impossible sans un minimum de divertissements ! Je ne souhaite pas entrer dans ton jeu, tout ce dont j'ai envie c'est simplement pouvoir en finir avec cette journée ! Je ne sais pas ce que tu veux mais, toi, sache qu'il ne sert à rien de vouloir "sympathiser", tu perds ton temps ! Alors profite bien de ta soirée avec Irina, moi je vais chercher quelqu'un pour m'aider.

J'avais finalement craqué. Ça n'arrivait pas souvent mais l'égaré m'avait clairement poussé à bout sans même s'en rendre compte. Il faisait d'ailleurs une drôle de tête, l'air plutôt abasourdi devant ma soudaine crise de colère. Je n'essayais pas vraiment non plus de déchiffrer son expression. Il m'avait fais perdre jusqu'à ma dernière part de dignité, je lui en voulais terriblement d'avoir abusé de ma patience. J'avais retiré mes mains de la table pour me retourner vers la sortie, je n'avais aucune envie de rester une seconde de plus.


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Au soleil ♪ [pvBartel - Suspendu]

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